La génération du désert qui crut aux médisances de ses Notables, les fameux Méraglim, paya très cher son attitude : l’entrée en Terre Promise, qui devait être l’apothéose de toutes leurs pérégrinations, lui fut irrévocablement refusée.
Pourtant ce qui s’est passé, à priori n’a pas l’air tellement plus grave que de se prosterner devant un veau en or, de fauter avec les filles de Midyan ou de comploter contre Moïse.
Même D.ieu, avec beaucoup d’égards, juste avant que les Hébreux ne décident de dépêcher leurs espions à Canaan, n'émet pas de réserve et les laisse faire comme bon leur semble. Il n’intervient pas, ni Moché d’ailleurs, qui les laisse libres de prendre leurs décisions. Aucune mise en garde du Très-Haut et de son fidèle serviteur ne sera prononcée pour éviter la dégringolade.
Alors pourquoi cette faute est-elle jusqu'à aujourd'hui considérée comme LA transgression par excellence, celle que l'on retrouve diluée dans toutes les catastrophes nationales du peuple juif ?
Suivons Rav Pollack, auteur israélien prolifique, inattendu et complètement attaché à nos sources, qui parvient à percer pourquoi cette faute fut si grave.
Tender is the Night
Il est beau, rayonnant dans son nouveau costume, il sourit, il salue, il embrasse, il s’est marié avec la femme qu’il aime, à la bonne heure ! Elle est superbe, radieuse, jeune, belle et de bonne famille.

Ils ont passé leur première année de vie commune dans une fusion totale. Il a tout fait pour elle, il est délicat, attentionné, prévoyant, n’oublie aucun détail, et s’occupe d’elle, avec dévouement, remplissant tous ses désirs, moralement et matériellement. Il a acheté un terrain dans un endroit frais et ombragé, dans une région verdoyante et ils doivent bientôt y emménager, car il y a fait construire une villa.
Il a choisi l’endroit avec mille précautions, pour qu’elle y soit bien. Il y a une source qui coule dans le jardin, des pièces spacieuses et ensoleillées, et des balcons fleuris, embaumant le soir, sous les jasmins. Lorsque la brise se lève, ils seront tous les deux ensemble, devant le coucher du soleil, une flûte de champagne en main, à contempler le décor…

Avant l’entrée dans leur nouvelle demeure, le marié organise un repas aux chandelles et revêt son costume de ‘Hatan.
La jeune femme s’assied en face de lui, un rien pensive, un peu absente. Elle sort une feuille pliée en quatre de sa manche, (un billet doux ?) et commence :
« Tu comprends, j’ai besoin de transparence dans les plans de ta nouvelle demeure, tout n’est pas clair à 100 % dans ce projet et je préfère vérifier moi-même, avec des architectes et des entrepreneurs que je connais, qui feront bien le travail et sur lesquels je peux compter ».
C’est l’effarement.
Le marié se tient là, penaud, dans son joli costume, son visage défait, sa jolie pochette choisie avec soin soudain fanée. Quelle honte, quelle déception : la jeune femme remet en cause ses compétences, sa bonne volonté, son dévouement, peut-être même son honnêteté. C’est en fait LUI qu’elle discrédite, derrière ses doutes.
Impardonnable
Knesset Israël, au seuil de son entrée dans la demeure conjugale, alors qu’elle n’avait posé aucune condition à ce mariage, disant « c’est pour la vie, je m’engage et je lirai le contrat après », soudain, se rétracte.
Le ‘Hatan a tout donné, tout prouvé, tout fait pour sa fiancée, même pardonné ses écarts, et la voilà qui se débine…
Devant cette volte-face, il aurait pu dire : « Ça suffit maintenant les caprices, on est marié et on rentre à la maison ». Mais notre Époux est trop fin, trop humble, trop distingué pour la convaincre de force.
Il pense : « Elle est jeune, inexpérimentée, la petite. Qu’elle les passe ses coups de fil, qu’elle les fasse ses vérifications, si elle en a besoin… Si ça peut la rassurer. »
Et la petite écervelée quitte la maison avant la fin du repas, elle court avec ses numéros de téléphone en main, pour contacter des ingénieurs et vérifier avec eux, ce qui se passe sur le terrain…
Notre ‘Hatan attendra, un mois et demi que madame prenne ses dispositions… Bon, patient, magnanime.
Et elle revient après 40 jours d’enquête minutieuse, très déprimée, très courroucée, en pleurs : « C’est qu’on m’a trompée » lui dit-elle, « Tu m’as caché des choses. Il y a des problèmes, tout n’est pas comme tu m’avais promis. Ça va être trop difficile. La demeure a des failles, les voisins sont de basse extraction, dangereux même, moi, dans ce lieu, je n’habite pas !! Point ! »
C’est la consternation.
Mais le ‘Hatan l’aime trop pour divorcer, pour la chasser. Elle est l’amour de sa jeunesse, de ses vingt ans. C’est l’amour fou, celui qui ne tarit jamais.
Alors il va falloir reprendre tout à zéro, pas pour la punir, mais parce que son comportement laisse transparaître qu’elle est encore immature et n’a pas intériorisé ce qu’exige cette « extra-ordinaire » union : à savoir fidélité et confiance absolue en Lui.
Ce qu'elle aurait pu obtenir si facilement, en lui donnant la main et en lui faisant confiance, elle devra, dans l'avenir, même s'Il cache Sa face, si elle ne comprend rien, si Il lui paraît cruel et que tout semble aller de travers, continuer à Lui prouver sa fidélité, pour "se faire pardonner" sa légèreté d'antan.
Élue, choyée, promise à une destinée hors du commun, elle a confondu amourette de roman-photos, avec une liaison unique, intemporelle et sublime, qu'on lui offrait.
Mais le 'Hatan attend, patiemment. Il croit en elle. Et Il a tout le temps pour Lui...




