Comment comprendre la question : « Comment reçoit-on la Torah » ? Car à priori celui qui accomplit les Mitsvot a déjà accepté la Torah. Que reste-t-il encore à recevoir ?
Rabbi Nathan répond : « Car il est connu [...] que l’essentiel de la réception de la Torah a lieu à Chavou’ot chaque année, bien qu’elle ait déjà été donnée au Sinaï. L’essentiel est de recevoir la révélation de l’intériorité de la Torah, et surtout de mériter à présent que se prolonge sur nous le rayonnement de la sainte Torah, de manière à mériter de l’accomplir ; que chacun mérite de se réveiller et de se lever de son sommeil, d’être attentif à ses actes, de réfléchir à sa finalité, de manière à mériter de sortir du mal vers le bien et de degré en degré » (Likouté Halakhot, Hechsher Kelim, halakha 4, §26).
Que signifie « la révélation de l’intériorité de la Torah » ?
Nos Sages disent que le don de la Torah est le jour de notre mariage avec le Saint béni soit-Il. Or, même dans un mariage humain, il existe une dimension d'extériorité et une d'intériorité. L'extériorité, ce sont les obligations que chacun a envers l’autre. L’intériorite, c’est l’amour et la volonté de l’homme et de la femme de vivre ensemble et de traverser toute la vie ensemble dans l’amour. Et c’est pour cela qu’ils sont prêts à se dévouer l’un pour l’autre et à assumer tous leurs engagements mutuels.
Et que se passe-t-il après de nombreuses années, avec les difficultés, les enfants, les crises ? Que se passe-t-il à chaque anniversaire de mariage ? S’ils gardent des visages rayonnants, s’il y a une redécouverte de l’amour qui a donné naissance à tout ce lien, alors toutes les difficultés s’effacent, et le lien devient de plus en plus profond : « fort comme la mort est l’amour ». Il en est de même avec le Saint béni soit-Il. La fête de Chavou’ot ne porte pas seulement ce nom en raison des sept semaines que nous avons comptées, mais aussi en raison de deux « serments » de fidélité — la fidélité de Hachem envers nous et la nôtre envers Lui. C’est cela que dit Rabbi Nathan : « …l’essentiel est de recevoir la révélation de l’intériorité de la Torah (c’est-à-dire le grand amour qui a donné naissance à ce “mariage”, que nous le ressentions à nouveau maintenant : combien Il nous aime et combien nous L’aimons), et de mériter que le rayonnement de la Torah se prolonge sur nous… afin que chacun se réveille… sorte du mal vers le bien et de degré en degré ». Accomplir la Torah à nouveau comme quelque chose qui me concerne personnellement, comme l’expression du lien le plus profond de notre vie. Et si nous méritons cette lumière, ce « sourire » de la Torah et de Celui qui l’a donnée, nous changerons. Nous passerons du mal au bien et même, nous nous élèverons de degré en degré, remplis d’une joie nouvelle que nous ne connaissions pas, dans notre relation avec Hachem, avec nous-même, avec notre conjoint, avec nos enfants, avec notre vie entière.
C’est cela, le sens de « recevoir la Torah » : recevoir un rayonnement d’amour venant de la Torah, s’émouvoir à nouveau du fait qu’il y a un Créateur, une finalité, et qu’on peut vivre une vie profonde et vibrante grâce à la Torah qu’Il nous a donnée.
Alors comment y parvenir ?
Rabbi Nathan répond : « Pour cela, il faut briser de nombreux empêchements ». Rabbi Na’hman nous révèle que sur le chemin de la sainteté, se dressent de nombreux obstacles : faiblesse du corps et de l’âme, soucis de subsistance, famille, enfants, des personnes s’opposant à tout ce qui a trait à la spiritualité qui troublent et perturbent, introduisent des doutes et des confusions : peut-être que tout cela n’a pas de sens ? Peut-être que ce que je fais n’a aucune valeur ? Je fais tant d’efforts et je n’y arrive pas. Mais le but de tout cela n’est pas de nous briser ni de nous éloigner, au contraire : de nous renforcer et de nous fortifier. Que nous continuions au moins à vouloir. Si seulement nous continuons à vouloir, sans abandonner, et à faire ce que nous pouvons, alors finalement nos bons désirs briseront tous les obstacles.
Le jour du don de la Torah, le roi David monta au ciel - lui dont sortira le rédempteur - et ce qu’il nous a laissé, c’est un livre de supplication et de cœur : les Téhilim, car on ne peut mériter la Torah que par la prière. C’est ce que Rabbi Nathan écrit à ce sujet : « L’essentiel est la prière, le cri et le soupir adressés au Saint béni soit-Il, car la prière constitue un aspect de position et de lieu, même dans les profondeurs de l’abîme où il n’existe aucun appui. En effet, la prière est appelée “’Amida” (position debout), comme l’ont dit nos Sages : “Il n’y a de ’Amida que la prière.” Car par la prière, on peut toujours se rapprocher du Saint béni soit-Il, même lorsque l’on est tel que l’on est. Car bien qu’une personne soit éloignée de toute spiritualité et de toute la Torah, et qu’elle ne parvienne à se redonner de force par aucun moyen, malgré tout, si elle lève ses yeux vers le ciel et prie le Saint béni soit-Il depuis l’endroit où elle se trouve, elle a encore de l’espoir. C’est pourquoi celui qui veut véritablement être un homme juif doit s’attacher aux deux : à la Torah et à la prière. Car toutes deux ensemble sont bonnes, puisque si l’une vient à tomber, à D.ieu ne plaise, l’autre la relèvera. »(Likouté Halakhot, lois de Onaa, Halakha 3, paragraphe 1).
« C’est-à-dire que lorsque l’homme est fort et ferme dans son esprit, au point de toujours prier le Saint béni soit-Il afin qu’Il le rapproche véritablement de Son service, quoi qu’il arrive, dans l’esprit du verset : “Et moi, j’espérerai toujours”, alors assurément le mauvais penchant ne pourra plus jamais le tromper ni l’égarer d’aucune manière. »[...]
Recevoir la Torah signifie que ce jour-là, je peux recevoir une lumière telle que, quoi qu’il m’arrive, je continuerai à vouloir. Et comment continuerai-je à vouloir ? En continuant à prier : Téhilim, bénédictions, ‘Amida avec attention, Likouté Téfilot, Hitbodedout, prière personnelle. Alors, il est certain que je tiendrai bon et que je recevrai tout le bien pour lequel j’ai été créé.[...] Nous avons reçu une nouvelle chance, non seulement de tout réparer, mais de tout transformer en une grande lumière. Et pour cela, une seule chose est requise : continuer, ne pas abandonner, non par force ni par orgueil, mais avec constance, compassion, supplications, une persévérance douce, dans la prière et les supplications.
« Jusqu’à ce que Hachem regarde et voie depuis les cieux. »





