Les trois semaines de Ben Hamétsarim représentent une période obscure qui véhicule la destruction, la faute, le deuil, tandis que les trois semaines de Roch Hachana à Hocha’ana Rabba font référence à un nouveau départ et à l'espoir de nous améliorer. Quel peut être le parallèle entre ces deux périodes que tout semble opposer ?

La période entre le 17 Tamouz et 9 Av s’appelle selon nos Sages Ben Hamétsarim ("passage entre des lieux étroits").

Quelqu'un passe par un chemin étroit : il avance avec difficulté, ses ennemis peuvent aisément l’atteindre. De même durant la période des trois semaines, le peuple d'Israël perd de sa force, il est vulnérable. À la base de cette période difficile, on trouve bien sûr la faute majeure du Veau d'or qui eut lieu le 17 Tamouz. Quant au 9 Av, cette date tragique pour le peuple juif trouve sa source dans la faute des Explorateurs, qui médirent de la terre d'Israël en laissant entendre qu’Hachem n'était pas en mesure de nous faire hériter de la terre.

Voici donc le peuple d’Israël pris au piège entre deux fautes qui l’entrîinent vers une phase difficile où il voit son Mazal affaibli. La question est de savoir comment vivre cette période aujourd'hui et quelle leçon peut-on en tirer dans notre vie de tous les jours.

Il est mentionné dans le verset que le 9 Av est un jour de fête, comme il est dit : "Hachem a convoqué pour moi une assemblée" (Kara ‘Alay Mo’èd) (Eikha/Lamentations 1, 15). Or nos Sages précisent qu’Hachem pleure avec Son peuple le jour du 9 Av ! Comment comprendre cette contradiction ? 

Ce sont les questions que nous tenterons d’aborder ensemble dans les lignes qui suivent.

Deux périodes que tout semble opposer

Le Maharcha dans ses écrits sur le Talmud fait remarquer que 21 jours séparent le 17 Tamouz du 9 Av, soit le même intervalle qui sépare Roch Hachana de Hocha’na Rabba (le jour de Sim’hat Torah étant le 22ème jour). Cette concordance laisse supposer que ces deux périodes ont quelque chose en commun. Pourtant, les trois semaines de Ben Hamétsarim représentent une période obscure qui véhicule la destruction, la faute, le deuil, le mauvais Mazal, tandis que les trois semaines de Roch Hachana à Hocha’ana Rabba font référence à un nouveau départ, au blanchissement de nos fautes, à l'espoir de nous améliorer et à la lumière divine qui se propage au travers de la joie et des festivités. Quel peut être le parallèle entre ces deux périodes que tout semble opposer ?

En réalité, explique le Maharcha, ces deux périodes bien différentes dans leur forme visent toutes deux un même objectif final : la réunion et la proximité avec notre Créateur !

Pour le meilleur comme pour le pire

Dans la Torah, le terme Mo’èd, qui apparait notamment dans le verset de Eikha que nous avons mentionné précédemment, évoque une célébration. Le Rav Moché Shapira explique que le mot Mo’èd est associé à l’idée de rencontre, de rassemblement ; en effet au moment des fêtes, les Juifs se rencontrent et se réunissent. Or si le 9 Av est appelé un Mo’èd, c’est parce qu’au terme des trois semaines de Ben Hamétsarim, Hachem vient à la rencontre de Son peuple le jour du 9 Av pour pleurer avec lui la destruction de Son sanctuaire. Ainsi qu’il est dit dans les Téhilim du roi David (91, 15) : "Je suis avec lui [Israël] dans la détresse".

De la même manière que la finalité des fêtes de Tichré est la rencontre sublime avec Hachem lors de Sim’hat Torah, où alors Hachem exprime Son amour pour nous à travers la Torah, de même en est-il avec le 9 Av, qui est un moment de proximité, dans le deuil cette fois, avec Hachem. Le message est clair : Hachem Se tient avec Son peuple dans les joies comme dans les peines.

Rien ne va plus ?

Le livre de Eikha mentionne le célèbre verset : "Tous ceux qui la pourchassaient l’atteignirent sur d’étroits passages" (כל רודפה השיגוה בן המצרים). Plusieurs explications ont été données sur ce verset. Au sens simple, celui-ci signifie qu’à la période de Ben Hamétsarim, le peuple juif est faible et qu’il peut facilement tomber entre les mains de ses ennemis. Mais au sens plus profond, il peut également se lire : "Toux ceux qui Le recherchent L’ont atteint à Ben Hamétsarim" : ceux qui recherchent la proximité avec Hachem peuvent justement l’atteindre à Ben Hamétsarim. 

Dans la vie, il arrive parfois de constater que tout nous réussit, que nous sommes appréciés, qu’Hachem est proche de nous. Cependant, d’autres périodes plus difficiles peuvent survenir : rien ne va plus, nos projets échouent et nous sommes en proie au désespoir. Mais il faut savoir qu’en réalité, ces situations difficiles renferment notre délivrance et notre réussite ! C’est dans l’obscurité que la lumière se cache ; ce qu’on pense être une faiblesse s’avère être en réalité notre force ! Ainsi, de la même manière que les 21 jours qui séparent Roch Hachana de Hocha’ana Rabba visent le rapprochement avec D.ieu, ainsi en est-il des trois semaines qui séparent le 17 Tamouz du 9 Av !

Lorsque les Romains pénétrèrent dans le Saint des Saints, ils ouvrirent l’Arche sainte et y trouvèrent les chérubins enlacés l’un avec l’autre. Or nos Sages s’interrogent : nous savons que les chérubins s’enlaçaient lorsque les Juifs accomplissaient la volonté d’Hachem ; lorsqu’au contraire ils s’en éloignaient, les chérubins se plaçaient dos à dos. Comment comprendre qu’au moment où la colère divine s’abattait sur le peuple d’Israël, les chérubins étaient enlacés ? La réponse qu’apportent nos Sages est édifiante : Hachem Se tient avec Son peuple dans la souffrance, dans l’éloignement réside le rapprochement. Un peu comme un père qui, après avoir châtié son fils, viendrait l’enlacer pour lui prouver son amour. 

Que signifient les lois du deuil ?

Lorsqu’un Juif quitte ce monde, ses proches doivent respecter les règles de deuil, telles que nos Sages les ont définies dans la Halakha. Ces rites ne constituent pas seulement un témoignage et une marque de respect vis-à-vis du défunt, mais aussi une aide précieuse pour lui dans l’Au-delà. En effet lorsqu' un homme quitte ce monde, sa Néchama doit passer plusieurs étapes avant d'arriver à bon port. Or le respect des lois du deuil a la capacité d'aider la Néchama à gravir les échelons, un peu comme on accompagne une personne qui nous quitte afin de nous assurer qu’elle arrive saine et sauve à destination. 

Ainsi, les lois de deuil que nous devons observer durant cette période de l’année vont nous aider à nous connecter à l’événement et à participer activement à la reconstruction du troisième Beth Hamikdach.

Puissions-nous vivre l’époque finale où Hachem Se dévoilera à nous et nous permettra d’accéder enfin à la lumière de la vérité, Amen !

Rav Its’hak Assuli