Question : « Si tout vient d’Hachem, que chaque événement est voulu par Lui et qu’une personne qui nous fait du mal n’est finalement qu’un émissaire, comment comprendre qu’elle soit ensuite punie pour son acte ? Et si cet acte a été voulu par Hachem, c’est - en dépit des apparences - pour une finalité bonne, alors pourquoi cette vengeance divine ? »
Réponse du Rav Boyer :
L’explication et le regard de la Torah sur cette question se trouvent dans la Paracha de Matot. La Torah écrit, au sujet d’un homme qui a tué involontairement, qu’il doit fuir vers une ville de refuge et s’y cacher, afin d’échapper au vengeur du sang qui le poursuit pour le tuer. Concernant le vengeur du sang, la Halakha tranche qu’il accomplit une Mitsva en tuant le meurtrier, comme il est dit dans notre Paracha : « Le vengeur du sang fera mourir le meurtrier » (Bamidbar 35, 21). Et ce n’est pas tout. Nos Sages enseignent que, dans le cas où la victime n’a pas de vengeur du sang, le Beth Din est tenu de désigner une autre personne pour remplir ce rôle, comme il est dit dans la suite du verset : « Lorsqu’il le rencontrera, il le fera mourir. » Pourtant, malgré la Mitsva confiée au vengeur du sang, nous avons également l’obligation de prendre soin de ce meurtrier involontaire : nous le sauvons en le faisant entrer dans la ville de refuge. Que signifie exactement cette situation ? Y a-t-il une Mitsva de le tuer, ou une Mitsva de le sauver ?
Plus encore, lorsque l’on réfléchit à tous les détails du cas de cette mort involontaire, nous comprenons sans aucun doute que la personne décédée devait mourir, car cela avait été décrété du Ciel. Il est vrai que, du point de vue du meurtrier, s’applique le principe selon lequel on fait advenir une faute par l’intermédiaire de quelqu’un qui est déjà coupable. Mais si cet homme ne l’avait pas tué dans cette circonstance précise, la victime serait de toute façon morte par l’intermédiaire d’une autre personne, ou d’une autre manière. Dès lors, quelle place la vengeance occupe-t-elle ici ? Pourquoi existe-t-il une Mitsva pour le vengeur du sang de le tuer tant qu’il se trouve hors de la ville de refuge ? Après tout, ce qui s’est produit correspond exactement à la volonté d’Hachem. La question fondamentale de l’obligation de punir revient donc ici. Il convient toutefois de préciser que nous n’avons aucune compréhension des calculs du Ciel, et il est clair que tout ce qui arrive à toutes les personnes concernées relève entièrement de la volonté d’Hachem.
Cependant, nous allons tout de même essayer, avec notre intelligence limitée, d’expliquer la dimension intérieure des choses, afin de recevoir peut-être une légère compréhension de la raison et de la manière dont se met en marche tout ce mécanisme de punition, qui nous apparaît comme une vengeance.
Les saints ouvrages expliquent ici un principe très profond. Lorsqu’une personne, que D.ieu préserve, cause du tort à son prochain, elle lui provoque en réalité une grande souffrance intérieure. Or, l’âme de l’homme - le Néfech - est composée de nombreuses parties. Lorsque l’on cause à quelqu’un une peine profonde, ce qui se produit concrètement, c’est que l’on porte atteinte à certaines parties de son Néfech. En conséquence, cette personne ne peut plus vivre pleinement avec ces parties de son Néfech. Elle ne peut plus se réjouir avec elles, ni accomplir des choses avec elles. C’est pourquoi ces parties du Néfech quittent tout simplement cette personne. On peut observer cela chez des personnes qui ont traversé des périodes difficiles dans leur vie. Il est évident que si elles n’avaient pas vécu ces épreuves, elles auraient pu se développer bien davantage, aussi bien spirituellement que matériellement. Mais à cause de la souffrance qu’elles ont éprouvée, certaines parties de leur Néfech les ont quittées, les empêchant ainsi de réaliser leur potentiel.
En général, l’aspiration du Néfech, avec toutes ses parties, est de rejoindre sa racine dans le monde supérieur. C’est ce qui se produit après cent-vingt ans, et c’est à ce sujet que l’on a l’usage de consoler les endeuillés en disant : « Hamakom yéna’hem etkhem » — « Que le Lieu vous console ». Il s’agit du lieu préparé pour le Néfech de l’homme dans le Ciel. Mais ces parties du Néfech qui se sont séparées à cause de la peine ressentie, leur moment de monter vers le haut n’est pas encore arrivé, et elles n’ont nulle part où aller. Elles restent bloquées dans ce monde-ci, errant dans l’air du monde, en portant avec elles uniquement des jugements rigoureux. Ces jugements poursuivent la personne qui les a amenées à se retrouver dans cet état. Ce sont eux qui la punissent et lui causent du tort.
Certes, de notre point de vue, nous pensons qu’il s’agit d’une punition ou d’une vengeance pour l’acte répréhensible lui-même. Mais en vérité, l’homme a attiré ses malheurs sur lui-même, en provoquant la situation qui conduit ces parties de Néfech à le poursuivre. Cependant, ce n’est pas seulement la personne qui a causé le tort qui est poursuivie et punie. Ces parties du Néfech poursuivent également la personne qui a été blessée — celle-là même dont elles se sont séparées. Il est vrai que la personne blessée porte une certaine responsabilité en raison d’actes qu’elle a elle-même accomplis, et c’est pourquoi il a aussi été décrété qu’elle soit atteinte. Mais du point de vue de ces parties de son Néfech qui errent dans le monde, elles voient en elle un associé, du fait même de son lien avec la personne qui lui a porté atteinte. Car sans ce lien, rien de tout cela ne serait arrivé. C’est pourquoi ces parties du Néfech ne quittent pas totalement la personne dont elles sont sorties. Elles continuent à rester liées à elle, et elles lui causent du tort en portant atteinte à son abondance et à toute sa vitalité. Mais dans le Ciel, on prend en pitié la personne qui a été atteinte, et l’on veut que le dommage qu’elle subit cesse. C’est précisément pour cela qu’existe la notion de Goël Hadam, le vengeur du sang.
Le rôle du Goël Hadam est de poursuivre celui qui a causé le tort. Lorsque l’on tourmente l’auteur du dommage, que l’on trouble son repos, et en particulier lorsqu’il sent que sa vie est en danger, cela lui cause des souffrances. Grâce à ces souffrances, les jugements rigoureux qui pèsent sur lui sont adoucis, et par conséquent, les forces nuisibles se retirent également de la personne qui a été atteinte. Par exemple : lorsqu’un homme tue quelqu’un involontairement avant son temps. Puisque le moment de ce Néfèch de monter vers le haut n’est pas encore arrivé, il reste errant dans l’espace du monde. Les jugements liés au meurtrier poursuivent alors également le Néfech de la victime. C’est pourquoi on envoie après lui le Goël Hadam, et on le presse de fuir vers la ville de refuge. Là-bas, il accomplit sa réparation, et le Néfech de la victime trouve elle aussi le repos. Mais si le meurtrier sort de la ville de refuge, le Goël Hadam s’éveille immédiatement pour le tuer, afin d’accomplir cette réparation.
De là, nous devons tirer plusieurs enseignements importants...
Chaque personne doit prier et supplier Hachem afin que, D.ieu préserve, aucune situation de peine ou de souffrance intérieure ne soit causée par son intermédiaire à une autre personne. Car, D.ieu préserve, elle pourrait ainsi amener d’autres personnes à perdre des parties de leur néfech, et attirer par là des jugements rigoureux sur elle-même. Il faut sans cesse demander à Hachem d’être des émissaires uniquement pour de bonnes choses, et non, D.ieu préserve, pour des choses mauvaises.
D’un autre côté, si une personne a été blessée par quelqu’un et a ressenti une grande peine à cause de lui, le conseil pour échapper à la poursuite des parties du Néfech qui l’ont quittée est de se détacher complètement de celui qui lui a porté atteinte. En effet, cette personne sait qu’en vérité, tout lui vient d’Hachem. Elle n’a donc rien à gagner à continuer à se mettre en colère ou à garder rancune envers celui qui l’a blessée. Ce qu’elle doit faire, c’est se détacher entièrement : ne pas se mettre en colère, ne nourrir aucun ressentiment, et ne plus avoir aucun lien avec la personne qui lui a porté atteinte — ni en bien, ni en mal. Alors, d’eux-mêmes, les jugements rigoureux ne pourront plus s’attacher à elle, et tout retrouvera sa place dans la paix…




