Nos Sages demandent : « Esther, où est-elle mentionnée dans la Torah ? » (Houlin 139b). Et ils répondent : « Et Moi, Je cacherai assurément Ma face en ce jour-là » (Deutéronome 31, 18). Mais nous croyons tous qu’il y a un Créateur ; alors que signifie, en réalité, que Son Nom soit caché ? « Rabbi Yéhouda a dit : "si les hommes connaissaient la grandeur de l’amour dont le Saint béni soit-Il aime Israël, ils rugiraient comme des lionceaux pour Le poursuivre" » (Zohar II, 5a).

Ce qui est caché, c’est la grandeur de l’amour d’Hachem, béni soit-Il, pour Son peuple Israël. 

La longueur de l’exil et les nombreuses souffrances qui ont frappé et frappent notre peuple et chacun d’entre nous introduisent dans le cœur une dissimulation, comme si, pour ainsi dire, D.ieu n’était pas avec nous, comme s’Il ne s’intéressait pas à nous ni à nos actes. Ce sont là exactement les paroles de médisance de Haman le méchant à Assuérus : « Il y a un certain peuple » (Esther 3, 8), que nos Sages ont interprété : « Leur D.ieu dort », à D.ieu ne plaise (Esther Rabba, Vilna, paracha 7). Rabbi Na’hman décrit également les sentiments difficiles qui frappent celui qui veut se rapprocher de D.ieu, exactement de la même manière que Haman veut introduire dans nos cœurs : « Il lui semble que D.ieu ne le regarde pas du tout et ne veut absolument pas de son service. Il ne se tourne pas du tout vers lui, car Lui, béni soit-Il, ne veut absolument pas de lui » (Likouté Moharan II, Torah 48).

Mais Rabbi Na’hman conclut que la vérité est différente de ce que l’on ressent. Le D.ieu d’Israël est un D.ieu vivant et existant, éveillé et vigilant, qui voit et qui est proche. « Car Hachem, béni soit-Il, est plein de miséricorde et désire beaucoup ton service. » « Voici, Il ne sommeille ni ne dort, le Gardien d’Israël ! » (Psaumes 121, 4).

Mais pourquoi ne le ressentons-nous pas toujours ?

Rabbi Ya'akov Méir Shechter écrit : « Il y a une règle dans le service de D.ieu : on ne doit pas toujours ressentir. Car l’essentiel est la volonté et l’action sainte ; quant à ressentir une “vitalité”, c’est une aide particulière du Ciel. Et parfois, du Ciel, on arrange qu’il ne ressente aucun goût dans le service divin, et c’est précisément cela qu’il doit réparer » (Ossef Mikhtavim III, 188).

Même si nous nous sentons parfois rejetés et seuls, abandonnés et éloignés, nous ne croyons pas que cela soit la vérité. Nous croyons que D.ieu nous aime et est proche de nous, et que nous sommes très désirés à Ses yeux, même lorsque nous ressentons avec force exactement le contraire. Même si nous ne nous sentons pas proches, nous croirons que nous sommes proches. Nous ne nous sentirons pas désirés, mais nous croirons que nous sommes désirés. Nous ne ressentirons pas notre valeur, mais nous croirons qu’en réalité nous avons une immense valeur. Nous désirons Hachem et croyons en Sa proximité même lorsqu’Il semble montrer qu’Il ne veut pas de nous et qu’Il est éloigné de nous. Nous croyons en Son amour même lorsque nous ne le ressentons pas.

Telle est la grande œuvre des justes des générations, et en particulier de Rabbi Na’hman : révéler même à celui qui ne ressent pas que « D.ieu est avec toi ; ne crains pas, ne redoute pas et ne sois pas effrayé, car Lui, béni soit-Il, est avec toi, près de toi, réellement proche de toi » (Likouté Moharan II, Torah 68). Il n’a pas abandonné et n’abandonne pas, Il ne hait pas et n’est pas un ennemi. Il a toujours été, est et sera proche, ami et aimant, et selon les mots de Rabbi Nathan : « Assurément, le Nom béni soit-Il est bon envers tous en tout temps ; Il l’a déjà beaucoup aidé et certainement ne l’abandonnera pas non plus maintenant » (Alim Leteroufa, lettre 228).

Dis désormais : « la dissimulation est la dissimulation de la face de D.ieu, de l’illumination de Sa face et de Sa proximité, comme il est écrit explicitement : "Je cacherai assurément Ma face" ». Et la révélation est la foi en Son amour. En quoi s’exprime la foi en Son amour ? Dans la prière, dans le fait de se tourner vers Lui toujours et en toute situation, exactement comme Esther qui, là-bas, dans la maison de l’incirconcis et impur, dans la maison des idoles, se tourne vers D.ieu béni soit-Il dans la supplication et la prière. Malgré son sentiment douloureux que D.ieu l’a abandonnée, elle croit encore en Son existence et en Son amour, et c’est précisément vers Lui qu’elle se tourne et demande dans sa douleur : « Pourquoi m’as-Tu abandonnée ? »

Telle est la Méguilat Esther. Telle est la révélation de la dissimulation : croire que D.ieu est avec moi et m’aime, et se tourner vers Lui. 

Même si l’on ne comprend pas, même si l’on ne ressent pas. Quand on s’affaiblit dans la foi en la bonté de D.ieu, le cœur se ferme et la bouche se ferme. Et quand on croit en la bonté de D.ieu, le cœur et la bouche s’ouvrent, même dans la maison d’Assuérus. Et cette foi, qu’Il est toujours avec moi, qu’Il entend toujours ma prière, est précisément la chute de Haman !

« C’est aussi l’aspect de la prise d’Esther à la maison d’Assuérus, où elle cria alors : “Mon D.ieu, mon D.ieu, pourquoi m’as-Tu abandonnée ?”, comme l’ont dit nos Sages (Méguila 15b). Et par cela fut la chute de Haman-'Amalek, qui est la force de l’impureté de l’autre côté ; tout cela selon l’aspect mentionné ci-dessus, afin d’enseigner à Israël que même dans les lieux impurs, ils doivent crier vers D.ieu, Le chercher et Le demander. Comme l’ont fait alors Mordékhaï et Esther qui rassemblèrent tous les Juifs pour crier vers D.ieu. Ainsi doit-il en être dans chaque génération, pour l’ensemble d’Israël et pour chaque individu en particulier : toujours chercher Hachem où qu’il soit, et crier à tout moment vers Lui, à l'instar de “Du ventre du Chéol, j’ai crié”. Qu’il ne désespère jamais du cri et de la demande jusqu’à ce que D.ieu regarde et voie depuis les cieux » (Likouté Halakhot, Nétilat Kapaïm 6, §9).

Et cette foi, qu’Il est toujours avec moi, qu’Il entend toujours ma prière, est précisément la source et la racine de la joie de Pourim, comme l’a dit Rabbi Nathan : « C’est l’aspect de la grande joie de Pourim, car l’essentiel de la joie est lorsque l’on mérite de savoir clairement que D.ieu entend toujours nos prières, comme Il a entendu notre prière aux jours de Mordékhaï et Esther, comme il est écrit : “Je me réjouirai et je serai dans l’allégresse par Ta bonté, car Tu as vu ma détresse”, etc. Par cela, nous sommes assurés qu’Il entendra aussi maintenant notre cri, collectivement et individuellement, comme il est écrit : “Et moi, en Ta bonté j’ai confiance, mon cœur exultera par Ton salut” » (Likouté Halakhot, Hefker Venikhsé Hager 4, §16).