Les commandements de nos Sages répondent à des intentions bien précises. On dit qu’il n’existe pas moins de 70 raisons à chaque takanathakhamim (décret rabbinique). Les mitsvot de Pourim, telles que nos Sages les ont instituées, peuvent être comprises sous une variété d’angles infinie…

Parmi toutes ces appréhensions possibles, il en existe une particulièrement intéressante : dans la Méguilat Esther, sont rapportés les propos de Haman concernant le peuple juif : « Il existe un peuple dispersé et éparpillé entre les peuples » (Méguilat Esther 3,8). D’après le rav Yéhouda Ashlag, Haman pensait qu’il réussirait à exterminer les juifs du fait qu’ils ne vivaient pas en harmonie les uns avec les autres. En effet ce manque d’entente entre eux causait un éloignement  de la présence divine et les rendait donc vulnérables.

Il existait deux paramètres concernant le peuple juif ; il était d’une part « méfouzar », à savoir dispersé parmi les peuples suite à l’exil forcé qui l’avait frappé ; d’autre part, il était « méforad », c'est-à-dire éclaté à l’intérieur de lui-même au sens où  il n’y avait pas d’union entre les membres du peuple juif. (Min’hat Lévi). C’est pourquoi la reine Esther avait demandé à Mordékhaï de rassembler tous les juifs «  lekh knoss et’ kol hayéhoudim » pour qu’ils puissent se consacrer au jeune et à la prière. La reine Esther avait parfaitement compris l’enjeu essentiel ici qui était celui de l’unité.

Nous savons pertinemment grâce aux enseignements de rav Dessler, que les fêtes juives ne sont jamais chez nous de simples commémorations, mais plutôt qu’elles sont des stations temporelles que nous traversons comme sur un circuit fermé, en bénéficiant des mêmes influences que celles qui se déversèrent à un moment historique donné ; ici en l’occurrence à Pourim. Cela signifie que la problématique qui était d’actualité au moment de Pourim et qui était en l’espèce le manque d’unité du peuple juif est toujours valable de nos jours.
Par conséquent, les décrets rabbiniques concernant la fête de Pourim sont destinés notamment à restaurer cette unité défaillante. La mitsva de Michloa’h manot qui consiste à donner deux cadeaux à son prochain, les hommes donnant aux hommes et les femmes aux femmes, contribue bien évidemment à rapprocher les cœurs. D’ailleurs, le rav ‘Hayim Kanievski chlita a affirmé qu’il fallait prioritairement envoyer des cadeaux aux gens avec lesquels on n’était pas en très bons termes dans le but précisément de restaurer cette unité du peuple juif.

Le Rambam dans les halakhot de Pourim ( deuxième chapitre, halakha 15) enseigne : « Chacun a l’obligation d’envoyer à son ami deux parts de viande, ou bien deux plats cuisinés ou bien deux aliments. Comme il est dit : « Michloa’h manot ich léré’éou », deux parts destinées à un individu.

Tout celui qui multiplie ces envois à ses prochains est digne de louanges. Chacun a l’obligation d’envoyer aux pauvres de l’argent ou des mets comestibles le jour de Pourim. Il faudra faire parvenir ces dons à au moins deux pauvres, en offrant à chacun un cadeau, ainsi qu’il est dit : « ou matanot laévionim ».
 

Une question légitime se pose : dans quel domaine faut-il le plus investir ?

Faut-il multiplier les envois de cadeaux à ses prochains, comme le Rambam lui-même semble le dire, ou bien faut-il privilégier les dons aux pauvres ?

Là encore, Maïmonide tranche de manière magistrale : «  Il est préférable de multiplier les dons aux pauvres, plutôt que d’augmenter ses dépenses pour le festin [de Pourim] et d’accroître ses envois de cadeaux à ses pairs. En effet, nulle joie ne peut se comparer au fait de réjouir le cœur des pauvres et des orphelins, ainsi que celui des veuves et des convertis, car celui qui réjouit le cœur de ces infortunés, est comparé à la Shekhina [la Présence divine], comme il est dit : « Ainsi a parlé le Très-Haut, l’Eternel dont le nom est saint… Qui relève l’esprit des humbles et vivifie le cœur des opprimés ». (Yich’aya 57,16)

En conclusion, il ressort des propos de nos Maîtres, que s’il existe une grande mitsva d’envoyer des cadeaux à ses pairs et de festoyer généreusement à Pourim, la mitsva la plus importante et de loin, est celle de réjouir le cœur des pauvres et des opprimés. Pourim saméa’h !
 

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