Le jour de la Hiloula de Ra’hel Iménou éveille en nous des sentiments profonds pour cette figure emblématique, enterrée à un carrefour à côté de Beth-Lé’hem. Examinons les propos du Midrach sur Ra’hel : lorsque les Bné Israël se sont présentés devant le Maître du monde et lui ont demandé de les libérer de l’exil par le mérite d’Avraham, leur demande est restée sans effet ; de même en invoquant le mérite d’Its’hak, de Ya’acov et de Moché, leur requête a été repoussée.

Ils ont demandé alors à être libérés grâce au mérite de Ra’hel Iménou : cette fois-ci, leur demande a été agréée. Les Ecritures commentent : « Une voix retentit dans Rama, une voix plaintive, d’amers sanglots… Que ta voix cesse de gémir, et tes yeux, de pleurer… les fils reviendront du pays de l’ennemi. » Les enfants rentreront chez eux, dans leur terre natale.

Mais pourquoi le mérite de Ra’hel a-t-il été déterminant ? Qu’en est-il d’Avraham, le père de la nation, Its’hak, le pilier de la bravoure, Ya’acov, le pilier de la vérité, ou encore Moché Rabbénou, maître des prophètes, aucun d’entre eux n’a eu assez de poids, seul le mérite de Ra’hel Iménou a joué en leur faveur ?

Les maîtres du Moussar expliquent : Ra’hel Iménou a eu ce grand privilège pour avoir fait preuve de renoncement en faveur de sa grande sœur Léa, au moment où Ya’acov était sur le point de la prendre pour épouse. Imaginons la scène : enfin, la Kalla se tient sous la ‘Houpa, elle est sur le point de fonder un foyer, une nouvelle vie s’ouvre à elle, un nouvel avenir et… tout reste au stade du rêve ! Elle est restée célibataire, renonçant au mariage en faveur de sa sœur, pour lui éviter la honte. Grâce à cet acte, on est libéré par une Guéoula authentique et éternelle ; ce jour-là, nous devons nous attacher aux vertus de Ra’hel Iménou et céder ! Ce n’est pas facile, mais toute personne qui renonce a le privilège de voir des Yéchou’ot, des délivrances. L’histoire suivante l’illustre bien…

Le Gaon Rabbi ‘Haïm Kanievsky de Bné Brak est connu pour respecter un emploi du temps minuté, aucun instant n’est perdu : soit il étudie la Torah, soit il consacre son temps au public (Zikouï Harabim). Un jour, il demanda à son chauffeur de le conduire à une certaine adresse ; au grand étonnement du chauffeur, Rabbi ‘Haïm monta les escaliers et frappa à une porte. Le propriétaire des lieux ouvrit la porte et se retrouva nez à nez avec le Gadol Hador. Très ému, il l’invite à entrer et lui demanda : « En quel honneur ai-je le mérite d’une telle visite ? »

Rabbi ‘Haïm lui répondit : « Il y a un certain temps, un Juif de ma connaissance a blessé ton épouse, elle en a été très offensée, et je te demande de lui pardonner, de renoncer, de lui pardonner de tout cœur. Voilà, dit le Rav en sortant un papier de sa poche, pourrais-tu écrire ici qu’elle a pardonné ? » L’homme parla à son épouse, et celle-ci répondit que, par honneur pour le Rav, elle était prête à signer, mais qu’elle ne pardonnait pas de tout cœur.

Le Rav dit alors au mari : « Je vais laisser le papier chez toi, lorsqu’elle aura accordé son pardon, envoie-moi ce papier en deux exemplaires. » Le mari réussit à persuader son épouse de pardonner, et, quelques jours plus tard, cette femme accorda son pardon sincère à ce Juif ; l’homme envoya alors à Rabbi ‘Haïm le papier en deux exemplaires : l’un pour le Rav, et, le second, pour le Juif à l’origine du problème.

Après un certain temps, le mari de cette femme tomba malade du cancer et décida, avec plusieurs amis, de se rendre sur les tombes des Tsadikim dans le Nord d’Israël. Il voulait se rendre notamment sur la tombe du Tana Rabbi Chimon bar Yo’haï, mais, avant de partir, il se rendit chez le Rav ‘Haïm pour recevoir une Brakha. Rav ‘Haïm lui dit alors : « Emmène avec toi ce papier écrit par ton épouse, sur lequel figure son pardon, et lis-le sur la tombe de Rabbi Chimon : demande-lui que par le mérite de ton épouse qui a pardonné et renoncé, en dépit de la difficulté et de la douleur, il puisse être ton intercesseur pour t’éviter toutes les souffrances liées à la maladie. »

Il en fut ainsi : le Juif se rendit sur le Kéver de Rabbi Chimon, pria sur sa tombe, et implora la compassion en invoquant le mérite du renoncement de son épouse. Lors des examens effectués la semaine suivante, le grand miracle eut lieu… la maladie avait disparu…

Tout ceci grâce au pouvoir du renoncement.

Il n’est pas facile de renoncer. Il peut arriver que quelqu’un se gare sur votre place de parking, renoncez à la colère ; plus chacun et chacune d’entre nous travaille dans ce domaine, plus on se rapproche de la Guéoula, et nous aurons alors le privilège d’assister à la venue du Machia’h, de nos jours. Amen.

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