Question : “Ayant grandi dans un cadre familial assez difficile, je ressens que mon âme a été profondément bouleversée et que mon passé nuit à mon évolution. Comment puis-je malgré tout emprunter la bonne voie, de la manière qui me convient vraiment ?”
Cette question peut concerner des personnes qui ont grandi dans un cadre familial difficile sur le plan matériel ou dans un foyer où les parents ne s’entendaient pas entre eux, et parfois ont même détruit leur foyer. Cela concerne aussi un enfant qui a grandi sans parents. Parfois, il s’agit d’un foyer difficile sur le plan spirituel. Cela peut être un enfant qui a grandi dans une maison éloignée du service de D.ieu, ou dans une maison où l’on respecte la Torah et les Mitsvot mais où, parallèlement, il existe un très grand mépris pour de nombreuses choses. Cela inclut également des personnes qui ont grandi dans un foyer « normal », mais qui ont elles-mêmes connu une dégradation spirituelle.
Toutes ces personnes souhaitent aujourd’hui emprunter la “voie royale” (la bonne voie), mais elles ressentent que leur âme n’est pas une âme « ordinaire » comme celle des autres, qu’elle a traversé des bouleversements. Cela leur complique énormément la vie, en particulier lorsqu’elles cherchent à opérer un changement dans leur existence. Ce sentiment d’être différent les poursuit en permanence, et leur passé vient réellement entraver leur chemin. Que peuvent-ils faire pour emprunter la voie royale de la manière qui convient ?
Réponse de Rav Boyer :
La réponse à cette question, nous la trouvons dans la Paracha de Chémot, chez Moïse notre maître. Dès les premiers instants de sa naissance, il a traversé des situations qui n’étaient vraiment pas simples et qui se sont prolongées tout au long de sa vie. Tout d’abord, Moïse notre maître naquit de ses parents, Amram et Yokhéved. Yokhéved était en réalité la tante d’Amram, et après le don de la Torah, la Torah interdit de tels mariages parmi les unions prohibées. De plus, Moïse naquit d’une mère très âgée : elle l’enfanta à l’âge de cent-trente ans, bien plus âgée qu’Avraham Avinou et Sarah, qui eux aussi étaient âgés lorsqu’ils eurent Its’hak. En outre, Moïse naquit après seulement six mois et un jour de grossesse. Selon les lois de la nature, un enfant né à ce terme ne peut généralement pas survivre et continuer à vivre physiquement. Après sa naissance, Moïse fut placé dans une corbeille. Il fut en réalité abandonné et ne fut pas pris en charge comme un enfant ordinaire par sa mère. Les années suivantes, il grandit dans un foyer étranger, et non dans une maison chaleureuse où l’enfant ressent et vit pleinement. Dans les enseignements sur la communication juive en éducation, nous développons longuement l’importance des expériences vécues par l’enfant durant sa première année, de son environnement, et la manière dont cela s’imprime profondément en lui. Par la suite, lorsqu’il grandit un peu et sortit à l’extérieur, on chercha à le tuer et il dut fuir le glaive de Pharaon. Jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans, il vécut en exil dans des régions sauvages, et durant dix années, il demeura dans une fosse souterraine à Midyan, où Yitro l’avait jeté. En réalité, l’ensemble de sa vie se déroula d’une manière totalement hors du commun. De plus, il était lourd de bouche et de langue, et même incirconcis des lèvres. Il épousa également la fille du prêtre de Midyan, une alliance qui, en apparence, ne lui convenait absolument pas. De très nombreux éléments de sa vie totalement inhabituels l’ont traversé, et il faut s’y arrêter et comprendre ce qui se cache derrière cela.
Dans le livre Shafrir Tsédek, il est expliqué que Moïse notre maître englobait toutes les âmes d’Israël, à tous les niveaux des âmes. C’est pourquoi Moïse devait posséder la capacité de se relier même aux âmes les plus rejetées et les plus éloignées. Lorsque Moïse fit sortir le peuple d’Israël d’Égypte, il y avait parmi eux également des âmes disqualifiées, abîmées et porteuses de défauts — des âmes qui n’auraient pas pu s’élever vers la sainteté suprême. Cela inclut des âmes de Mamzerim issues d’unions interdites et de relations prohibées, des âmes de Nèfelim (mort-nés), des âmes de Chtoukim qui ne veulent pas parler de leur origine, des âmes d’assoufim qui ne connaissent pas l’identité de leurs parents, etc. Toutes ces âmes font sans aucun doute partie des âmes du peuple d’Israël. Ces âmes de Mamzerim, de Nèfelim, de Chtoukim et d’Assoufim ne sont pas responsables de tous les obstacles et atteintes qui les ont touchées en venant au monde. Ces âmes malheureuses doivent assurément recevoir une réparation ou une guérison par la sainteté.
Celui qui peut réparer et guérir ces âmes est Moïse notre maître, le trésor vivant des âmes d’Israël. C’est à lui que le Saint béni soit-Il confia la grande mission : sanctifier et élever à leur source toutes les âmes perdues. C’était un plan prévu à l’avance dans le cours de la vie de Moïse. C’est pourquoi l’Éternel fit en sorte que toutes ces circonstances et ces blessures entourent la naissance de Moïse : qu’il naisse de l’union d’Amram et Yokhéved, une union qui fut interdite après le don de la Torah. Ce n’est qu’à Amram qu’une voix céleste déclara que Yokhéved lui était permise et qu’il devait la reprendre. Moïse, né d’une telle union, était destiné depuis le Ciel à réparer toutes les âmes des Mamzerim en Israël, afin qu’elles se purifient, se sanctifient et puissent se tenir lors du don de la Torah au mont Sinaï.
C’est également pour cette raison qu’il devait naître d’une femme âgée de cent-trente ans alors que selon la nature, elle ne pouvait plus enfanter, et qu’il naquit après six mois et un jour de grossesse ce qui constitue une naissance de type “Néfel” (mort-né). Tout cela avait pour but que Moïse notre maître rassemble dans le trésor de son âme toutes les âmes rejetées des Néfelim qui n’avaient pas pu subsister sur terre, soit en raison de l’âge des parents, soit en raison de la constitution même des enfants.
Moïse notre maître devait également être caché durant trois mois, afin que les Égyptiens ne le trouvent pas, et qu’il soit considéré comme un Chtouki vis-à-vis d’eux (un enfant dont l’origine est tue), afin de pouvoir, à l’avenir, relier les âmes de tous les enfants Chtoukim au système des âmes d’Israël.
De même, Moïse notre maître devait être considéré comme un Assouf chez la fille de Pharaon, qui ne savait pas qui il était, afin de pouvoir réparer toutes les âmes des Assoufim.
Le fait que Moïse notre maître ait vécu en terre étrangère pendant tant d’années avait également pour but qu’il puisse rassembler et purifier toutes les âmes rejetées qui s’étaient perdues parmi les nations. Moïse notre maître était aussi lourd de bouche et de langue, et incirconcis des lèvres, afin de pouvoir réparer toutes les personnes qui n’arrivent pas, par leur parole, à se relier au Saint béni soit-Il.
De même, Moïse notre maître épousa Tsipora, la convertie, fille de Yitro, afin que, dans l’avenir, il puisse intégrer en lui toutes les âmes des convertis et les unir dans la lumière de l’unité divine lors du don de la Torah au mont Sinaï. C’est précisément pour cela que Tsipora devait être une convertie, afin que, par son intermédiaire, les âmes des convertis reçoivent leur réparation.
De tout cela, nous voyons et apprenons un fondement très important pour la vie : toute personne qui possède, en apparence, un quelconque défaut — qu’il soit matériel ou spirituel — est précisément celle qui détient la force d’aider d’autres personnes se trouvant dans une situation similaire.
Nous rapporterons ici un fait concernant l’un des élèves de notre maison d’étude, qui épousa une convertie. Cet élève avait traversé un parcours de vie très difficile : durant son enfance, il avait été réellement abandonné, et il demeura seul dans son âme pendant de nombreuses années. Il était constamment rempli de questionnements quant à la forme de vie qui lui avait été imposée et aux nombreux bouleversements qu’il avait traversés. Un jour, nous lui avons dit que c’est précisément lui, en tant que personne ayant grandi sans véritable repère et sans adulte responsable veillant sur lui, qui était capable d’épouser une convertie et de la comprendre. Car elle aussi n’a ni parents ni environnement de soutien, et en réalité, ils relèvent exactement de la même catégorie. Lorsqu’il entendit ces paroles, elles l’émurent profondément.
Ces enseignements nous apprennent que tout ce que l’homme traverse dans sa vie lui confère la capacité d’aider d’autres personnes qui traversent des situations semblables. L’âme de cette personne n’est pas véritablement une âme blessée ou anormale ; c’est une âme envoyée pour une mission élevée et unique…





