Au moment où les enfants d’Israël se trouvent dans leur dernière étape, avant d’entrer en Canaan, Moché Rabbénou donne des instructions sur le partage de terre d’Israël. Dans ces instructions, deux versets se contredisent de façon flagrante : un premier verset dit : après le dénombrement du peuple, l’Éternel dit à Moché : « C’est par ceux-là (que l’on vient de compter) que l’on partagera Erets Israël. À la population la plus nombreuse, on attribuera le territoire le plus grand, et à la population peu nombreuse, tu donneras une petite part » (Bamidbar 26, 54). Et le verset suivant dit : « Tu partageras le territoire selon un tirage au sort » (Ibid. 55). Si c’est selon le nombre de la population que l’on partage, pourquoi est-il nécessaire de parler du « tirage au sort » ? 

Cette contradiction flagrante réapparaît dans le Livre de Yéhochou’a, quand Yéhochou’a et Eléazar partagent la terre d’Israël. On répartit Erets Israël selon le nombre de la population et, de plus, on donne un bulletin portant le nom de la tribu. Le résultat est que chaque tribu reçoit son territoire selon sa population, et selon le tirage au sort. Pourquoi ici aussi cette double source du partage (le nombre et le tirage au sort) ? La réponse première peut être de comprendre la volonté de l’Éternel (le tirage au sort) et les faits actuels (le nombre). Ce serait déjà une réponse à cette apparente contradiction. 

« J’achète un billet à la Loterie et je sais que l’Éternel me donnera ce que je veux ». Il est évident que nous ne pouvons pas raisonner ainsi aujourd’hui. Toute notre attitude devant l’existence commandée par la première réaction à la « Siyata Dichmaya », l’aide que l’Éternel accorde à chaque individu, cette première réaction est naïve. Elle se présente comme une tentative de découvrir quels sont nos mérites pour vérifier notre relation avec l’Éternel. Ce n’est pas à dédaigner, mais cela se présente comme une méthode pour savoir où en sont nos relations avec la spiritualité.

La deuxième réaction est un enseignement essentiel à tirer de cette double intervention divine : agir, et se fier au sort – ce deuxième enseignement inclut notre vie spirituelle dans sa totalité. Il faut faire confiance absolue au Créateur : agissons, certes, mais introduisons cette action dans notre relation avec les évènements. Ici, apparaissent deux termes convergents : Hichtadlout (effort pour faire ce qui nous apparaît comme nécessaire)et Émouna. Ne pas renoncer quand un évènement difficile se présente devant nous, déployer des efforts pour essayer de faire le mieux possible, d’une part. C’est le premier verset : partager de façon à ce que « le plus nombreux ait la plus grande part, et le moins nombreux, la plus petite », l’effort de l’homme pour faire ce qui est le plus conforme à l’intention de l’Éternel. Le deuxième temps est l’intervention divine. L’homme peut - pour cela - faire « Téchouva », faire ce que la Torah nous dit, améliorer notre conduite. Cela, c’est la Téchouva (retour à D.ieu) qui est le complément de la Hichtadlout. Ici intervient le sort, c’est-à-dire la réponse que chacun doit ressentir après sa Hichtadlout. Le « sort », c’est le résultat de notre « action ». Il est à la mesure de notre Hichtadlout. Ce que l’on a fait peut réussir ou non. Sachons que le résultat vient de l’Éternel.

Dans le deuxième chapitre de son livre Émouna Oubita’hon, le ‘Hazon Ich écrit que l’on ne doit pas penser que le résultat de notre Hichtadlout sera certainement conforme à ce que l’on voulait obtenir. Le résultat est assurément la réponse de l’Éternel à notre effort, preuve de notre acceptation du Goral (sort). Cette acceptation est marquée par la Téchouva (retour à la proximité) et le Bita’hon (confiance en l’Éternel). Cela fut enseigné dès le début de l’histoire d’Israël (lors du partage d’Erets Israël) et se confirme à chaque époque et pour chaque individu. Cette double attitude n’est qu’une, car elle a été ordonnée ainsi à Moché Rabbénou et à Yehochou’a. C’est la condition de la pérennité d’Israël.