Dans la Haggada de Pessa’h, nous louons l’Eternel pour avoir fait s’accroitre la famille de Ya’akov en un immense peuple alors qu’elle ne comptait que 70 âmes lors de sa venue en Egypte. Il est intéressant de constater que la prospérité de cette nation naissante est rendue possible grâce à une succession de rêves : tout d’abord ceux de Yossef, qui vont causer la jalousie de ses frères et sa vente, puis ceux des deux serviteurs de Pharaon, préparant le terrain à la libération de Yossef de la prison, et finalement les rêves de Pharaon qui vont propulser ce dernier à être nommé le second du roi et ainsi pouvoir ramener sa famille en Egypte.

Ce schéma d’un rêve permettant la réalisation de quelque chose de grandiose se retrouve dans une autre perspective. Il y a autour de nous des personnes qui ont rêvé de percer dans un domaine particulier et y sont parvenues. Cela peut être dans le domaine professionnel, politique, artistique ou sportif. Persévérants et endurants, ils ont du souffle et parviennent au but assigné. Il y a une autre catégorie, comprenant ceux qui pouvaient réussir tout aussi bien que les précédents - les capacités ne leur faisant pas défaut -, mais qui ont manqué de courage devant des choix déterminants. Parmi ces personnes se trouvent les pessimistes et les loosers. Sur le ring de la vie, ils ont choisi d’avance de s’allonger au sol, se déclarant K.O. afin d’éviter de s’y retrouver de toute façon. Battus d’avance, ils n’ont pas toujours de travail fixe, "traînent la patte”, se plaignent beaucoup de leur destin et accusent leur entourage.

Nous avons dans le récit des rêves des ministres de Pharaon un exemple de ce genre de réactions : le maître échanson raconte qu’il avait dans sa vision une magnifique vigne devant lui, dont il pressait les raisins dans la coupe de Pharaon et la lui tendait. Yossef va dans le sens du rêve et lui prédit qu’il va retrouver sa fonction auprès du roi. Par contre, le maître panetier, lui, rapporte que dans son songe, le pain qui se trouvait dans les corbeilles au-dessus de sa tête est mangé par des oiseaux, et qu’il n’a plus rien à présenter au roi. Yossef lui prédit sa condamnation à mort, et que les oiseaux viendront consommer sa chair. Dans les deux cas, le rêve reflète ce qu’ils “désiraient”, le premier espérant retrouver son poste et le second partant perdant d’avance.

Il faut donc rêver juste. Et ce, aussi bien dans les aspirations matérielles que spirituelles. Si dans le domaine matériel, on peut encore concevoir que certaines personnes choisissent la voie de la facilité et préfèrent éviter le combat inévitable qui mène à la réussite, dans le spirituel on a un devoir d’aspirer à s'élever et de réaliser tout ce que l’on peut prétendre grâce aux moyens que le Créateur nous a octroyés. Le défaitisme est à bannir et l’ambition de construire est source de bénédiction. Chacun d’entre nous a un rôle à jouer dans l’Histoire, sans aucune possibilité d'être remplacé. C’est pourquoi à l'image de Yossef qui très jeune se voit roi, nous devons nous aussi rêver et aspirer “à régner noblement sur la terre qui nous a été attribuée”, qui correspond à notre part dans ce monde.