Cela fait déjà plus d’un siècle que l’on parle de la venue imminente du messie. Nos Sages nous rapportent (Sota 49b) les signes annonciateurs de cette époque, et force est de constater qu’ils se sont tous déjà réalisés. De grands Rabbanim, comme le ‘Hafets ‘Haïm, se sont exprimés sur le sujet, encourageant le peuple juif à se préparer à un tel événement. Plus récemment, Baba Salé, le Rabbi de Loubavitch ou encore le Rav ‘Haïm Kanievsky ont affirmé que ce descendant du roi David se tient à l’entrée de nos portes. Aujourd’hui, beaucoup sont persuadés que notre génération va connaître cette période cruciale de l’Histoire. Mais cela aiguise aussi la curiosité de nombreuses personnes qui vont jusqu’à chercher qui, parmi nous, pourrait être l’élu de D.ieu, appelé à se révéler.
Certains pensent qu’il n’existe pas actuellement de personne adéquate pour une telle élection et présument que D.ieu fera ressusciter un grand Rav déjà décédé. D’autres le recherchent à partir d’un certain nombre de critères jugés “incontournables” : charismatique, mystérieux, surprenant, attachant, sortant du cadre habituel. Pour certains, il est évident qu’il doit avoir étudié dans les prestigieuses Yéchivot lituaniennes ; pour d’autres, il doit respecter les positions halakhiques du Rav ‘Ovadia Yossef, avec bien sûr le port du foulard pour sa femme ; ou encore il doit étudier la ‘Hassidout et pratiquer la Hitbodédout régulièrement… Le top serait qu’il soit d’ascendance moitié ashkénaze, moitié séfarade, afin de satisfaire tout le monde, et pourquoi pas descendant d’une convertie, à l’image de son ancêtre David Hamélekh…
Avec une telle liste, on peut imaginer avec effroi la situation du jour où le Machia’h se dévoilera réellement : lorsqu’il viendra nous annoncer que D.ieu S’est révélé à lui et l’a chargé d’une mission, on risque de le dévisager… et de lui dire : “Non, désolé, mais tu n’es pas le Machia’h !” Un peu comme ce vieux garçon de 45 ans qui ne trouve pas de parti à son goût et qui, le jour où on lui présente enfin son Zivoug, la refuse parce qu’elle ne correspond pas à l’image qu’il s’en faisait. Catastrophe !
Le ‘Hatam Sofer, sage du début du XIXᵉ siècle, établit un parallèle entre Moché Rabbénou et le Machia’h. Le premier a libéré les Hébreux de l’esclavage d’Égypte, leur a transmis la Torah, a construit le Tabernacle et les a conduits vers la terre sainte. De même, le messie nous libérera du joug des Nations afin de permettre l’accomplissement de la Torah en toute sérénité, nous ramènera en terre d’Israël et reconstruira le Temple. Mais le parallèle va plus loin : tous deux sont des hommes humbles, des guides moraux et spirituels qui, après la Révélation divine, sont investis de forces spirituelles immenses, dépassant en prophétie tous les autres prophètes de l’Histoire. De plus, jusqu’au moment où D.ieu Se dévoile à eux, ils grandissent dans l’ombre, sans être immédiatement reconnus. Moché Rabbénou lui-même ne s’attendait pas à une telle élection et la refusa même dans un premier temps.
Les propos du ‘Hatam Sofer parlent d’eux-mêmes et nous montrent combien il est vain de spéculer sur tel ou tel personnage, car ce choix se situe au-dessus de l’entendement humain. Nos Sages enseignent dans le même esprit que la venue du Machia’h nous surprendra et surviendra à un moment où on ne l’attend pas, comme une trouvaille soudaine (Sanhédrin 97a).
Il est vrai que nous devons attendre cet événement chaque jour, mais avec la conscience qu’il s’agit d’un bouleversement historique majeur, et dont les contours nous dépassent totalement. Notre rôle consiste uniquement à en être dignes !





