On connaît le premier commentaire de Rachi sur le premier verset de Béréchit. Rachi explique que la Torah a un but législatif et non historique. Cependant, elle commence avec le récit de la création et rapporte des évènements historiques, afin de faire connaître Qui est l’Auteur du monde, et son Propriétaire. Il s’agit de révéler le Créateur derrière les évènements.
La Bible n’est pas une littérature mythologique, mais un enseignement symbolique. La différence entre le mythe et le symbole explique, en profondeur, la différence entre le RÉEL et le FICTIF. Il s’agit aussi d’une différence essentielle : le MYTHE n’a pas nécessairement de valeur pédagogique, alors que le SYMBOLE doit être un exemple à imiter. Le mythe est à la source de toute l’idéologie antique : les dieux grecs sont des fictions, des mythes, alors que – Lehavdil (hors de toute comparaison) – le symbole engage.
Toute l’histoire de l’humanité est fondée sur cette distinction entre l’image et le concret créateur. L’Histoire crée des mythes, alors que la Torah donne des symboles à imiter. L’homme invente la fiction, le Créateur crée des êtres de chair et de sang, qui doivent nous enseigner. La littérature est basée sur des fictions, alors que la Torah transmet une histoire à imiter.
Ce fut la différence entre la traduction de la Bible par la Haskalah, le mouvement dit des « lumières » juives, du XiXème siècle, et une traduction effectuée – un siècle après – par le Rav Hirsch. La première traduction voulait présenter la Torah comme un élément de culture, une littérature, alors que la seconde, cent ans après, avait pour but que la Torah soit l’idéologie qui traverse les siècles. Les deux ont écrit des commentaires qui soulignent cette distinction.
Dans l’Antiquité, ce fut le but de Ptolémée, en Égypte, de faire venir 70 Sages d’Israël pour traduire la Bible en grec, les Septante. Le but était évidemment d’intégrer la Torah dans le monde hellénique, avec les autres littératures de l’Antiquité.
Le commentaire de Rachi évoqué plus haut explique la vraie intention de la Torah : symbole de l’intervention divine sur le monde. Les personnages bibliques sont des êtres réels qui symbolisent des caractères : Avraham est le symbole du ‘Hessed (bienfaisance), Its’hak symbole du Din (justice) et Ya’akov est le symbole du Emet (vérité). Les Sages nous disent très clairement : « Les aventures des patriarches sont un symbole pour leurs descendants ». Les mythes ne sont pas fondateurs, car ils n’existent que par des anges qui, selon eux, sont des divinités.
Il faut souligner ici le caractère essentiel de cette distinction. Alors que pour le peuple juif, l’Éternel a créé le ciel et la terre et tout ce qui existe, pour eux, ce sont les objets terrestres qui sont immortels. La transformation du symbole de la vérité en un mythe est à la source de la créativité humaine. Les hommes ont créé une image mythologique de l’Histoire, pour ne pas voir que le monde est un reflet du divin. « D.ieu a créé l’homme à Son image » et eux ils ont fait de l’image une divinité. La mythologie grecque, latine, comme les légendes des autres nations, au lieu de se référer au vrai Créateur, en ont fait une image. Ils ont créé des dieux à leur image.
La distinction entre le mythe et le symbole établit la distinction entre le symbole du D.ieu unique, reflété dans l’humanité par le peuple d’Israël, et le mythe des idéologies passagères qui substituent l’image au réel. Le symbole est un enseignement tandis que mythe est une illusion. C’est ici le résumé de l’Histoire qui traduit le refus de voir le SYMBOLE pour le remplacer par l’IMAGE. C’est la source de la haine pour le peuple qui se veut le symbole du D.ieu vrai. Le mythe veut effacer le symbole, mais la Transcendance traverse les siècles, car elle est le symbole de la vérité.




