On est mardi soir, il est 23h30. Les enfants dorment enfin (victoire !), la maison est à peu près calme, et vous êtes affalée sur votre canapé, épuisée par une journée à mille à l'heure. Vous n'avez plus la force de lire, encore moins de réfléchir. Alors, « juste pour regarder », vous ouvrez l’application à l’icône en forme de sourire.

Et là, c’est le drame. Un organisateur de tiroirs en acrylique transparent à 6,99 €. Un gadget révolutionnaire pour éplucher les avocats à 2,50 €. Votre pouce survole le bouton orange magique : « Acheter maintenant en 1-clic ».

Clic. Une seconde de pure satisfaction. Ok, mais après ?

En Israël, on est déjà un peu plus épargnées. Ici, la version d’Amazon est, comment dire... bien moins évoluée. Le choix et les délais de livraison, nous donnent envie de pleurer notre ancienne vie en France ! Mais avouons-le, on a su compenser avec nos amis chinois. Il faut nous voir, faire la queue dans les points-relais et sortir avec nos sachets blindés de scotch !  

Mais que diable peut-il bien nous pousser à ressembler à des addictes du shopping ? La question serait plutôt : que cherchons-nous vraiment au moment ou l’on se connecte sur ces sites ? Je ne parle pas des vrais achats,ni de la robe que vous aimez, ou du livre que vous attendiez depuis des semaines.

Je parle des petits trucs « en plus », « pas chers », « trop mignons », « tant qu'à faire... »

Ça peut être : un peu moins de fatigue ? Un peu moins de solitude ? Mais franchement, qui n’a pas ressenti cette petite déception en découvrant l’objet ? Beaucoup moins sympa que sur la photo, et plus vraiment utile finalement. Quelques jours après, on ne sait même plus où on l’a rangé.

Si on espère remplir un vide émotionnel avec du matériel, on est mal parties ! Arielle, la petite sirène, l’a bien compris dans sa grotte remplie d’objets merveilleux : « J'ai des gadgets, des trucs chocs, des trucs chouettes - Mais tout ça m'indiffère et m’ennuie ». Pourquoi ? Parce qu’elle rêve de quelque chose de plus grand. Et nous aussi.

La Torah nous enseigne que l'âme humaine possède une soif que rien de matériel ne pourra jamais combler. Elle a besoin de sens, de connexion et de proximité avec Hachem.

Mieux qu’Arielle, Ruth n’a pas hésité à laisser sa vie de princesse pour suivre sa belle-mère Naomie et accéder aux vrais trésors : une vie de sens, de spiritualité et de vérité. Bon, à sa place, j'aurais quand même glissé quelques pièces d'or dans ma poche avant de partir. Mais on ne joue pas dans la même cour !

Attention cependant : la Torah n'est pas contre les plaisirs. Au contraire, un petit achat qui nous fait du bien a tout à fait sa place dans notre vie.

Le problème commence lorsque nous demandons à un objet de faire un travail qui n'est pas le sien.

Un organisateur de tiroirs peut ranger des couverts mais pas une fatigue émotionnelle.

Alors, essayons de décoder ce qui nous pousse à faire ces achats inutiles ou à dévorer une tablette de chocolat. Peut-être avons-nous besoin de nous reposer, d'être écoutées. Peut-être avons-nous besoin de retrouver du sens, de la gratitude, de la connexion avec Hachem.

Et dans ce cas-là, ajoutons plutôt au panier :

  • une discussion avec mon mari ;
  • un café avec une amie ;
  • une heure de sommeil supplémentaire ;
  • une promenade sans téléphone ;
  • un cours de Torah hebdomadaire / quotidien
  • cinq minutes de silence ;

Et plutôt que de nous ruiner insidieusement, ces nouvelles acquisitions créditeront nos comptes émotionnel et spirituel et, par ricochet, ceux de toute la famille. Voilà une acquisition qui en vaut vraiment la peine !

Last but not least, n’oublions pas de regarder ce que nous avons déjà. Non, je ne parle pas des guirlandes lumineuses ni des corbeilles en bambou très « Pinterestable ». Mais de nos vraies richesses : nos qualités, notre travail sur nos Middot, nos bonnes actions, et tous ces liens précieux que nous avons construits au fil des années avec ceux qu’on aime.

C'est fou comme on peut passer une heure à chercher ce qui nous manque, en oubliant parfois de regarder tout ce que nous possédons déjà…