Question d'une internaute : Bonjour Mme Seyman. Comment réagir lorsque mon mari me fait de la peine ? Cela peut être par manque de finesse, qu’il me juge mal, me dit des paroles blessantes ou autre. Je pense qu’il ne se rend pas compte de la gravité de ses actes, que ça peut me blesser énormément. Après, je n’ai plus envie de m’investir et je lui en veux même parfois, en gros, quelques mots peuvent casser l’ambiance. Quand je ne dis rien mais que ça se voit que je ne suis pas bien, il ignore et se dit que ça va passer ou que ça ne va rien changer s’il dit quelque chose, sous prétexte que je suis toujours triste. Et si je lui fais remarquer qu’il m’a fait de la peine, ça l’énerve et il trouve que j’exagère : « Tu vas faire la tête pour ces deux mots ? ». J’ai de moins en moins de sentiments pour lui à force de la peine que je ressens à chaque fois. J’aimerais donc savoir comment éviter ces moments désagréables et leurs conséquences ?

La réponse de Mme Nathalie Seyman

Pour qu’une vie de couple puisse fonctionner, elle doit être composée d’échanges. La communication est le ciment du couple. Mais la vie étant ce qu’elle est, faite de beaucoup de bonheur mais parfois aussi de beaucoup de stress, de fatigue, de pression, il arrive que ces échanges ne soient pas agréables et même carrément toxiques pour la vie commune. Alors comment limiter les dégâts, sachant que l’on ne peut pas maîtriser les paroles vexantes de son conjoint ? Penchons-nous sur votre problématique.

Les paroles ne s’envolent pas !

La vie de couple ne va pas forcément de soi. On n’est pas le parfait mari ou la parfaite épouse dès le lendemain de notre mariage. On ne va pas forcément se comporter selon toutes les attentes de notre conjoint et lui non plus. Nous arrivons avec nos bagages venant de notre enfance, avec parfois nos illusions et nos espoirs, avec la volonté de faire de notre mieux pour rendre l’autre heureux. Alors oui, aimer, en tout cas de la bonne façon, ça s’apprend. Cela se construit jour après jour, au fil des expériences, des essais, des erreurs, mais aussi et surtout de l’aide de celui qu’on aime. L’important est de prendre conscience de ce qui mécontente l’autre, de savoir communiquer avec lui et de comprendre ses blocages. 

La communication, qu’elle soit verbale ou non verbale, est indispensable dans un couple. Le langage est l’outil de la communication. Mais dans le cas où le langage ne servirait pas à la communication, alors il la dessert. Les paroles lancées en l’air ne s’envolent pas comme on peut être tenté de le penser, mais iront droit dans le cœur de l’autre le blesser. On peut tuer avec des mots, et c’est vrai ! Il faut absolument en prendre conscience. Un couple où l’autre empêche son conjoint de vivre à cause de l’irrespect de ses mots restera à l’état d’embryon, ne se développera et ne s’épanouira jamais. C’est pour cela qu’il est très important de faire attention à ce que l’on dit.

Au-delà de ça, il faut parvenir à comprendre ce qui fait agir son conjoint de cette manière. Les mauvaises paroles sont un symptôme. Lorsque le conjoint est une personne saine d’esprit (j’entends par là qu’elle n’a pas une personnalité perverse narcissique ou autre), les mauvaises paroles ne sont pas la maladie en elles-mêmes. Alors, quelles peuvent être les causes de ses vexations ?

- La plupart du temps, la personne n’a pas conscience de faire du mal et de vexer, car elle pense être dans son bon droit, alors qu’il ne s’agit parfois que de la conséquence de ses névroses. Par exemple, une femme qui aura tendance à être très anxieuse pourra faire des remarques à son mari d’être totalement imprudent avec leurs enfants et, du coup, lui donner le sentiment d’être une personne inconsciente, ce qui, naturellement, lui semblera injuste et vexant.

- Il peut s’agir d’un mauvais schéma familial basé sur l’image du couple parental.

- Une colère enfouie et latente contre son conjoint due à un événement qui n’a pas été communiqué, donc pas digéré.

- Un complexe d’infériorité, le conjoint ne se sent pas à la hauteur de la personne auprès de qui il vit et utilise la vexation comme mécanisme de défense de la mauvaise image de soi qu’il lui renvoie.

Quoi qu’il en soit, agir est indispensable !

Ne pas attendre le ras le bol pour agir !

Le conjoint irrespectueux ne prend pas en compte les émotions de l’autre ni ses besoins, parfois, consciemment, mais le plus souvent, de manière inconsciente. Or, dès que l’on sent un malaise dans son couple, il est indispensable de se remettre en question. Car, moins on est conscient de ce qui se passe en soi, plus on aura tendance à projeter sur l’autre nos conflits intérieurs. Et le souci, dans l’irrespect, c’est que cela peut devenir une véritable partie de tennis où chacun se renvoie la balle ! A ajouter à cela le fait d’accuser l’autre d’hypersusceptibilité ou de paranoïa, qui, en plus de nier la peine de l’autre et de lui faire ressentir que ses sentiments n’ont pas d’importance, empêche de se remettre véritablement en question.

Alors, que faire ? Il est indispensable de ne laisser passer aucun dérapage verbal. L’autre doit savoir ce que vous ressentez, que vous avez eu de la peine, que vous vous sentez vexée. Car même s’il pense qu’il n’y a pas eu de mauvaises paroles, l’important est leur impact, l’important est ce que ressent la personne à qui ces mots ont été adressés. Il s’agit donc de poser ses limites et d’inviter l’autre à en tenir compte et de ne jamais nier la peine ressentie. S’il est dans le déni, alors il faudra continuer dans le dialogue jusqu’à ce qu’il comprenne. Si ce n’est pas le cas, il sera indispensable de se faire aider par un thérapeute pour ne pas s’engager dans une guerre conjugale qui ne pourra mener qu’au ras le bol, et bien pire.

Mes conseils

- Continuer à communiquer à votre mari ce que vous ressentez. Même si, pour l’instant, il ne le réalise pas, il finira par comprendre et maîtriser ses paroles afin qu’elles ne vous blessent plus.

- Gardez à l’esprit qu’un couple est indéfiniment en apprentissage : de la vie commune, de sa façon d'être avec l’autre, de sa façon d’évoluer… Je ne sais pas si vous êtes un jeune couple ou non, vous ne le précisez pas, mais, quoi qu’il en soit, il ne faut pas baisser les bras, il y a très peu de choses qui sont irréversibles et ce cas n’en fait pas partie. Tout peut changer, votre mari peut apprendre à mieux agir envers vous et s’améliorer. 

- Il est impératif de comprendre ce qui le pousse à parler ainsi. S’il ne parvient pas à s’auto analyser ou s’il est vraiment trop dans le déni, il sera important qu’il consulte un thérapeute qui pourra l’aider à comprendre ce qui se passe en lui. 

- Vous ne pouvez pas maîtriser les paroles de l’autre, mais vous pouvez maîtriser votre réaction à ses paroles. N’entrez pas dans un cercle vicieux de remarques blessantes. Une parole grave peut avoir des conséquences désastreuses. Ne laissez pas les choses s’envenimer.

- Retrouvez-vous ensemble pour un restaurant ou, si c’est possible, un week-end en amoureux. Souvent, avec le stress de la vie, on a tendance à se centrer sur soi-même et oublier l’autre. Le fait de se retrouver ensemble pourra permettre de vous reconnecter l’un à l’autre et peut-être mieux vous comprendre afin d’aborder le problème différemment.

Conseils à votre mari

Dans le Talmud, il y a une phrase très belle qui dit : “Si ta femme est petite, penche-toi vers elle”. Cela signifie qu’il est indispensable pour un homme d’entendre l’avis de sa femme, ses sentiments, ses inquiétudes. Faire la sourde oreille ne peut que mettre en danger le couple. Peu importe que vous pensez qu’elle exagère et que vos paroles ne vous semblaient pas vexantes, ce qui est important, c’est ce que votre femme ressent et pourquoi s’est-elle sentie rabaissée par vos remarques.

Il est important également que vous compreniez ce qui vous incite à faire ces remarques : avez-vous conscience de vexer votre femme ? Avez-vous besoin par ce biais de lui envoyer un message ?

Faire la sourde oreille n’a jamais résolu aucun problème. Mais se pencher sur ce qui ne va pas permet de ne pas rester bloqué et d’avancer. Car, comme disait la Rabbanite Dina Weinberg : « Il n’y a pas de problèmes, seulement des tremplins pour progresser. » En particulier pour le couple !

Béhatsla’ha !

Si vous avez une question à poser à la psy, envoyez un mail sur l'adresse suivante entrefemmes@torah-box.com. Mme Seyman essaiera d’y répondre et la réponse sera diffusée de façon totalement anonyme.