Comme toute personne juive ayant vécu en dehors d’Israël, j’ai longtemps ressenti une certaine frustration en voyant, à l’approche des fêtes de fin d’année, les illuminations dans les rues et les vitrines des grands magasins parisiens. Parfois même, une petite pointe de jalousie, jusqu’au jour où j’ai compris… 

Si vous vous rendez dans n’importe quelle ville occidentale en décembre, vous en prendrez plein les yeux : des décorations lumineuses à perte de vue, des boules colorées, une musique enchanteresse… De quoi se laisser éblouir par l’atmosphère féerique de la fin d’année. Et justement, éblouir est le mot juste. Car l’éblouissement ne signifie pas seulement faire briller : il signifie aussi aveugler, détourner le regard de ce qui compte vraiment. C’est précisément cet aveuglement que les Grecs ont tenté d’imposer aux Juifs à l’époque de l’histoire de ‘Hanouka. Ils n’ont pas cherché à nous détruire physiquement, mais à anéantir notre identité. Là où le Grec valorise l’apparence, le Juif met l’accent sur l’intériorité. On pouvait d’ailleurs rencontrer de grands philosophes grecs qui, aussi érudits fussent-ils, menaient une vie de débauche dès lors qu’ils n’étaient plus exposés au regard des autres.

Le Juif, lui, valorise avant tout la relation au Divin, là où le Grec l’exclut. Les Grecs en étaient parfaitement conscients : c’est précisément pour cette raison qu’ils faisaient inscrire sur les maisons des Juifs : « Nous n’avons pas de part dans le D.ieu d’Israël. »

Là où le Grec circonscrit le monde, le limite à des relations de cause à effet, le Juif pense au-dessus de la nature. Il sait qu’Hachem peut opérer des miracles. Qui aurait pu imaginer qu’un petit groupe de prêtres juifs — les ‘Hachmonaïm — viendrait à bout de la plus grande armée de l’époque ? Version 2025 : qui aurait pu penser qu’Israël survivrait à des milliers de missiles balistiques lancés depuis l’Iran, sans dégâts majeurs ?

Là où la Grèce valorise le résultat, le Juif valorise l’effort. Version 2025 : peu importe que ChatGPT puisse rédiger le discours de Bar-Mitsva de votre fils. Ce qui compte réellement, c’est que ce dernier s’assoie, réfléchisse par lui-même à ce que ce jour signifie pour lui, quitte à ce que son discours soit moins parfait que celui généré par l’intelligence artificielle.

C’est précisément cela, le combat. Peu importe que tout soit parfait, instagramable, lumineux… Ce qui compte, c’est le cheminement, le mouvement intérieur vers un perfectionnement authentique. De la même manière que nous allumons notre ‘Hanoukia à l’intérieur de notre maison, la vraie lumière doit jaillir de l’intérieur. Le vrai travail est intérieur...

Il ne s’agit pas ici de condamner les lumières extérieures ni les décorations des fêtes, mais de rappeler une idée essentielle : la lumière visible n’a de sens que lorsqu’elle est portée par une lumière intérieure. Sans cela, elle reste creuse.

Pensons à un enfant à qui l’on offre une magnifique boîte rouge vif, soigneusement emballée, ornée d’un joli ruban comme dans un magazine. Sur le moment, il est émerveillé et s’empresse de l’ouvrir. Quelle n’est pas sa déception lorsqu’il découvre que la boîte est vide, sans rien à l’intérieur. Il en va de même pour nos enfants. Veillons à leur offrir des “boîtes”, des “lumières” pleines de sens. Bien sûr, on peut soigner l’extérieur, acheter une belle ‘Hanoukia, ajouter des décorations… Mais l’essentiel réside dans ce que l’on transmet. Ce qui compte vraiment, c’est la flamme que l’on entretient dans l’intimité de nos maisons, cette relation profonde, discrète et constante avec Hachem.

Alors ne vous sentez pas frustrées en repensant aux belles lumières de l’avenue des Champs-Élysées. Votre lumière — celle de votre foyer — ne s’allume pas uniquement au mois de décembre. Elle brille toute l’année, et surtout, tout au long de votre vie. Car notre mission n’est pas d’éblouir le monde par des lumières extérieures et éphémères, mais de faire jaillir une lumière intérieure, authentique, silencieuse parfois, mais constante. Une lumière qui se construit dans l’intimité du foyer, dans les choix du quotidien, dans l’effort discret, dans la fidélité à ce que l’on est profondément. 

Le véritable enjeu n’est pas de briller un instant, mais d’entretenir cette flamme jour après jour, année après année. De la protéger du vent, de l’alimenter quand elle vacille, et de la transmettre. Car une lumière intérieure ne s’éteint pas : elle se cultive, elle se nourrit, et elle nous accompagne tout au long de la vie…