L'annonce a stupéfié la communauté : Rabbi Amos Goeta est décédé tragiquement ce mercredi 1er juillet 2026 à l'âge de 75 ans dans sa propre Yéchiva, en Israël. Une nouvelle qui a suscité une vague d'émotion, mais qui a aussi révélé, pour beaucoup, un homme que l'on connaissait finalement assez peu. Considéré comme l'un des grands kabbalistes de notre génération, il fuyait les honneurs et interdisait que l'on publie sa photo. Chaque année, des milliers de personnes venaient le consulter, en quête d'un conseil, d'une bénédiction, ou simplement d'un peu d'espoir.
Éléments biographiques
Rabbi Amos est né en Libye le 19 Adar 1951. Lors de son immigration en Israël, il s'est d'abord installé dans le quartier "Shikun Sela", à Netanya, avant de déménager dans celui de "Shikun Vatikim", puis de s'établir définitivement à proximité de la rue Einstein, à quelques pas de sa maison d'étude, toujours à Netanya.
Ses débuts l'ont conduit vers des voies bien éloignées de celles qu'on lui connaîtra plus tard : il a exercé comme facteur et entrepris des études de médecine pendant environ quatre ans, avant de se renforcer spirituellement et d'abandonner ce cursus pour se consacrer exclusivement à D.ieu et sa Torah. Il a alors rejoint le Collel "Or HaTorah" où il a étudié notamment auprès de Rabbi Shimon Gabay, une figure majeure du monde toranique de Netanya.
Un bâtisseur de vies
Plusieurs Avrékhim du centre d'étude de Torah-Box à Jérusalem en témoignent aujourd'hui : c'est chez Rabbi Amos que tout a commencé pour eux — une vie de Torah, un foyer, une famille. Et ces témoignages ne sont pas isolés.
C'est là toute la singularité de sa Yéchiva. On y trouvait, bien sûr, des étudiants sérieux. Mais on y trouvait surtout ceux dont plus personne ne voulait : des jeunes sans toit, des garçons rejetés par leur famille, d'anciens marginaux, des personnes en grande souffrance psychique. C'était précisément vers eux que Rabbi Amos se tournait.
Histoires parmi tant d'autres
- Un samedi soir, on lui amène un homme dans un état de détresse profonde, sous traitement médicamenteux lourd. L'homme lui dit simplement : « Rabbi, je veux me marier. » Pas de bénédiction, pas de Ségoula. Rabbi Amos lui répond : « Va nettoyer toute la vaisselle de la Yéchiva. »
L'homme s'attend à quelques assiettes. Il découvre deux cents assiettes et des marmites immenses. Il y passe la nuit entière, jusqu'au lever du jour. Rabbi Amos le regarde faire, puis passe à autre chose.
Quelques semaines plus tard, on lui présente une jeune fille. Cinq rencontres suffisent. Ils se marient. Aujourd'hui, cet homme vit à Jérusalem, a fondé une famille, étudie, travaille — et n'a plus besoin des médicaments qu'il prenait alors. Rabbi Amos ne lui avait pas simplement trouvé une épouse : il lui avait rendu sa vie.
- Une autre anecdote circule, tout aussi marquante. Un homme venu de France lui rend visite et s'inquiète de rater son vol. Rabbi Amos lui dit simplement : « Reste. » L'homme insiste, Rabbi Amos répète : « Reste. » Puis, finalement : « Maintenant tu peux partir. » Arrivé à l'aéroport, l'homme découvre que son avion a trois heures de retard.
- Un homme m'a raconté que son père a fait un arrêt cardiaque. Les médecins ont constaté son décès, et son corps a été placé en chambre froide. Puis, Rabbi Amos est entré. Il a fait sortir tout le monde de la pièce, est resté seul avec lui — et son père est revenu à la vie...
- Un ami en France avait l'habitude, avant chaque grande affaire, de demander la bénédiction de Rabbi Amos par téléphone, par l'intermédiaire d'un ami sur place. Un jour, une très belle opportunité se présente : une affaire de vin. Il demande à son ami de poser la question au Rav.
Le lendemain matin, il rappelle, gêné : « Excuse-moi, je n'ai pas eu le temps de demander au Rav. »
Son ami lui répond : « Ce n'est pas la peine. Le Rav est venu me voir cette nuit, dans mon rêve. Il m'a dit de ne pas faire cette affaire, parce que ce vin n'est pas cachère — on ne va pas profiter de quelque chose qui ne l'est pas. »
Quand cet ami est allé voir Rabbi Amos peu après, le Rav l'a regardé et lui a dit, sans qu'on ne lui ait rien raconté : « Je lui ai dit de ne pas faire l'affaire. »
Ce qui frappe le plus
Au-delà des récits extraordinaires que l'on raconte souvent sur les grands Tsadikim, c'est peut-être ailleurs que se trouve l'essentiel : les gens importants, riches ou influents ne l'impressionnaient pas. En revanche, un jeune qui venait lui dire simplement « Rabbi, j'ai faim » obtenait immédiatement un repas, un lit, une oreille attentive, un peu d'espoir. Là où d'autres voyaient un problème, il voyait une âme.
Deux disparitions, un même héritage
En l'espace de quelques jours, le peuple juif vient de perdre deux grandes figures : Rabbi Amos Goeta et le Rav Ron Moché Chaya. Deux hommes que tout semblait opposer — l'un fuyant toute médiatisation, l'autre utilisant pleinement les outils modernes pour diffuser la Torah. Et pourtant, ils accomplissaient la même mission : relever des Juifs éloignés, leur redonner confiance, et les rapprocher d'Hachem.
Le plus bel hommage que l'on puisse leur rendre n'est peut-être pas seulement de parler d'eux, mais de prolonger, chacun à son niveau, un fragment de leur mission : relever quelqu'un qui est tombé, inviter une personne à un cours de Torah, redonner espoir à qui traverse une période difficile.
Rabbi Amos et le Rav Ron Chaya nous auront montré qu'une seule personne peut changer la vie de milliers d'autres. À nous, désormais, d'essayer d'en changer au moins une.






