C'est avec une immense douleur que la communauté juive francophone, l'association Torah-Box et le monde juif tout entier, apprend le décès de l'une de ses grandes figures : Rav Réouven Elbaz, le Maguid Chiour emblématique de la Yéchiva d'Aix-les-Bains, pilier de la Torah et de la transmission pour des générations entières. ברוך דיין האמת
Né en 1943 à Telouet, pittoresque village du Haut Atlas marocain, Rav Réouven Elbaz manifesta dès son plus jeune âge un vif attachement à l'étude de la Torah. Il commença à étudier dès l'âge de 9 ans, puis rejoignit la Yéchiva Névé Chalom de Casablanca, dirigée par Rav Méïr Elbaz, qui lui transmit un amour profond pour l'étude de la Guémara.
Il rejoignit ensuite la Yéchiva d'Aix-les-Bains, où il évolua dans le groupe de Rav Réphaël Its'hak Wasserman — époque à laquelle de nombreux jeunes Marocains étaient envoyés dans cette ville pour y recevoir une formation de haut niveau, parmi lesquels Rav Aharon Monsonégo, Rav David Messas, et bien d'autres.
Sur les conseils de Rav Wasserman, qui encourageait ses meilleurs éléments à poursuivre leurs études dans les grandes Yéchivot d'Erets Israël, Rav Elbaz se rendit en Israël dans le but d'intégrer la Yéchiva de Slabodka. N'y ayant pas été admis, il fit la rencontre providentielle de Rav Chmouel Greineman — beau-frère du 'Hazon Ich — qui lui proposa de rejoindre le Collel Hazon Ich. Il y étudia environ un an et demi.
Contraint de retourner à Aix-les-Bains pour renouveler son passeport marocain — démarche qui s'étira sur près de huit mois — Rav Elbaz reprit contact avec Rav Wasserman, entre-temps installé à Londres où il avait fondé le Collel Rabinov. Invité à le rejoindre, Rav Elbaz accepta. Il y étudia une année en tant que célibataire, avant de rentrer au Maroc pour s'y marier. Le jeune couple s'installa ensuite à Londres pour six années, durant lesquelles naquirent leurs quatre premiers enfants.
En 1969, de passage à Aix-les-Bains pour une collecte en faveur du Collel Rabinov, Rav Elbaz fut accueilli par Rav Guershon Cahen dans la cour de la Yéchiva. Après lui avoir demandé si ce lieu lui plaisait, ce dernier lui proposa un poste de Maguid Chiour. Rav Elbaz accepta — et c'est ainsi qu'il devint l'un des piliers de l'enseignement de la Yéchiva d'Aix-les-Bains, responsable pendant plus de cinquante ans du cours de haut niveau (la classe dite « Koulo Kodech »), dispensant une Guémara d'une rigueur et d'une profondeur rares.
Ses anciens élèves le décrivent unanimement comme un homme d'une extrême humilité, dissimulant derrière une discrétion absolue une grandeur exceptionnelle. Au fil des décennies, il a transmis à des centaines d'élèves une méthode d'étude pénétrante, analytique et méthodique, accordant une attention particulière à la précision des termes de la Guémara et des Richonim, et reconstituant l'architecture complète de chaque Sougya avec une rigueur exemplaire.
Mais ce qui frappait peut-être le plus ses élèves, c'est le contraste saisissant entre son génie exceptionnel et son humilité unique. Père de dix-huit enfants (Bli Ayin Hara’), il formait des générations de Talmidim qui devinrent eux-mêmes des grands — au point que ses élèves étaient acceptés automatiquement à la Yéchiva de Slabodka, la même qui lui avait fermé ses portes des années auparavant.
Parallèlement à son enseignement, Rav Elbaz incarnait un modèle vivant de Yirat Chamaïm et de strict respect de la Halakha, jusque dans les moindres détails. Son sourire constant, son accueil chaleureux et son dévouement sans faille ont laissé une empreinte durable dans le cœur de tous ceux qui l'ont approché.
Même après avoir été victime d'un AVC, il reprit très rapidement ses cours — désormais dispensés autour de la table de sa salle à manger, toujours entouré d'élèves avides de ses enseignements.
En 2022, Rav Elbaz fit son Alyiah et s'installa à Bayit Vegan. Il conserva des liens étroits avec ses anciens élèves, dont certains continuaient à venir étudier avec lui deux à trois fois par semaine.
La Rabbanite Elbaz évoque avec émotion et reconnaissance la Messirout Néfech de tous les grands Rabbanim qu'ils ont côtoyés à Aix-les-Bains : Rav Chajkin, fondateur et âme de la Yéchiva, Rav Chmouel Errera, infatigable même passé 90 ans, ainsi que Rav Guershon Cahen. Elle remercie Hachem de leur avoir permis d'élever leurs enfants dans un Makom Torah préservé des influences extérieures, et exprime toute sa gratitude envers la Yéchiva et la communauté d'Aix-les-Bains.
Atteint d'une pneumonie depuis plusieurs semaines, son état de santé connaissait des hauts et des bas, suscitant une inquiétude croissante parmi ses proches et ses disciples. Durant Pessa'h 5786, son état s'est considérablement dégradé, plongeant dans l'angoisse tous ceux qui lui étaient attachés. Ses proches et ses élèves priaient ardemment pour qu'il surmonte cette épreuve — mais c'est la volonté du Ciel qui en décida autrement : le 19 avril 2026, 3 Iyar 5786, il s'éteignit à Jérusalem.
Un de ses élèves témoigne : « Il savait redonner du sens, remettre de la lumière là où il y avait de l'ombre, et m'aider à tenir. Il m'a transmis la foi simple et profonde, la confiance totale en Hachem dans chaque étape de la vie, même quand on ne comprend pas. Il m'a appris à rester accroché à l'essentiel : la Émouna et la persévérance. Il répétait toujours : "Avec Hachem on ne discute pas." Cette phrase résume tout un chemin de vie : accepter, avancer, et comprendre que tout vient d'une sagesse supérieure. »
Il laisse derrière lui la Rabbanite, ses nombreux enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, ainsi qu'une multitude d'élèves qui se retrouvent aujourd'hui orphelins de leur maître. Sa disparition laisse un vide immense et douloureux, au sein de sa famille comme au cœur de la communauté juive francophone — à Aix-les-Bains et à Jérusalem — à laquelle il avait consacré sa vie entière.
יהי זכרו ברוך




