Dans la paracha "Matot", la Torah nous dit : וַיִּקְצֹף מֹשֶׁה עַל פְּקוּדֵי הֶחָיִל (traduction : Moché se mit en colère contre les officiers de l’armée) [Bamidbar 31,14]

Le Talmud déduit de ce verset que si un sage se met en colère, sa sagesse lui est retirée. De tous temps, les sages d’Israël se sont toujours efforcés d’éviter de s’emporter.

On raconte que Rabbi Sim’ha Zissel, connu aussi sous le nom de Saba de Kelm s’était imposé de ne jamais se mettre en colère, quelles que soient les circonstances, si ce n’est après s’être revêtu d’un vêtement spécialement consacré à cet effet. Cette décision, expliquait-il, lui était très utile. En effet, si un homme sent monter en lui la colère, mais qu’il ne lui est cependant permis d’y laisser libre cours sans avoir revêtu au
préalable un vêtement spécial, il va sans dire qu’en prenant le temps nécessaire à s’habiller, sa colère retombera.

Rabbi Ilaï dans le Tamud dit : « Trois choses permettent de connaître un homme : sa coupe, sa bourse, et sa colère. » Autrement dit, trois choses permettent de révéler la véritable nature d’un homme. Sa coupe : s’il reste lucide et de bon comportement après avoir bu du vin. Sa bourse : s’il se conduit avec honnêteté dans ses affaires. Sa colère : s’il ne se montre pas trop prompt à s’emporter (Erouvin 65b).

On raconte qu’un fils manifestait énormément d’honneur à l’égard de son père. Avant sa mort, celui-ci lui dit : « Tu m’as honoré de mon vivant, je t’ordonne de m’honorer après ma mort. Si tu souhaites m’honorer encore, fais ceci : à chaque fois que tu voudras te mettre en colère, laisse passer la nuit et garde toi de t’emporter. Le lendemain seulement, tu pourras te mettre en colère, si tu le souhaites. » Son père savait en effet, qu’après la nuit, sa colère se serait certainement dissipée. Après la mort de son père, le fils dut quitter sa famille pour
chercher fortune dans de lointaines contrées. Il ne savait pas que son épouse, lorsqu’il l’avait quittée, était enceinte et il fut retenu par ses affaires des mois et des années.

Quand il revint en sa ville, il entendit, en approchant de la chambre où sa femme dormait, la voix d’un jeune homme. Il brandit aussitôt son épée pour les tuer tous deux. Mais il se souvint alors de la requête faite par son père à l’heure de sa mort. En son honneur, il remit l’épée dans son fourreau se disant qu’il reviendrait le lendemain pour les tuer. Mais il entendit alors son épouse qui disait au jeune homme : « Voila bien des années que ton père est parti. S’il savait qu’un fils lui est né et qu’il est en âge de se marier, il reviendrait de ce pas. »

Quand il entendit ces mots, il dit à son tour : « Ouvre-moi, ma chère épouse, béni sois le Seigneur qui a brisé mon élan, et béni soit mon père qui m’a ordonné de faire taire mon courroux une nuit entière. Sans cela, je vous aurais tués, mon fils et toi, dans ma colère. » Ils se réjouirent tous et invitèrent tous les habitants de la ville à participer à un grand et joyeux festin. (Séfer ’Hassidim, 655)


On raconte également, qu’un juste extrêmement pauvre se vit proposer, la veille du jour de la fête de Souccot, un
magnifique étrog. Il brûlait du désir de l’acheter, mais il était dépourvu du premier sou pour le faire. Que fit-il ? Il possédait une magnifique paire de téfillines qu’il avait reçue en héritage et se dit : « Aujourd’hui, j’ai déjà accompli le commandement de porter les téfillines, et pendant neuf jours encore, je serai dispensé de les porter (car on ne porte pas les tefillines pendant toute la durée des fêtes de Souccot et Simhat Torah.) En revanche, l’obligation d’agiter l’étrog m’incombera dès demain, et si je n’en possède pas, je serai privé de l’accomplissement de ce commandement pendant tous les jours de fêtes. La halakha veut qu’un commandement qui doit être accompli ultérieurement soit repoussé en faveur d’un autre, dont l’accomplissement ne peut être retardé. » Il vendit donc ses téfillines et avec la totalité de la somme qu’il en retira, il acquit le superbe étrog.

Quand son épouse apprit ce qu’il avait fait, elle en fut emplie de tristesse. Cédant à la colère, elle lui reprocha de n’avoir pas même laissé de quoi faire face aux besoins de la fête. Et dans sa rage, elle saisit l’étrog et le jeta par terre, l’abîmant au point de le rendre impropre à l’accomplissement de la mitsva. Loin de s’emporter, l’homme déclara calmement : « J’ai perdu mon etrog, j’ai perdu mes téfillines. Vais-je également perdre mon sang-froid ? »

Cette même nuit, son père lui apparut en rêve et lui dit : « Mon fils, sache que la récompense qui te revient pour avoir vaincu la tentation de céder à la colère dépasse de loin celle qui t’attend pour avoir sacrifié ta fortune en vue de l’acquisition d’un étrog. »