« Ce fut, quand Ya’acov vit Ra’hel, fille de Lavan, frère de sa mère, et le troupeau de Lavan, frère de sa mère, [que] Ya’acov s’approcha, roula la pierre de sur l’ouverture du puits, il abreuva le troupeau de Lavan, frère de sa mère. » (Béréchit 29,10)

Rachi précise que Ya’acov souleva la pierre comme quelqu’un qui débouche une bouteille, ce qui nous montre sa force exceptionnelle.

Le verset susmentionné raconte qu’à son arrivée à Padan Aram, Ya’acov rencontra des bergers qui s’étaient rassemblés autour d’un puits, duquel ils puisaient de l’eau pour leurs troupeaux. Une grosse pierre recouvrait ce puits ; elle était tellement lourde que tous les bergers devaient la soulever ensemble. En voyant sa cousine Ra’hel, Ya’acov souleva tout seul la grosse pierre et donna à boire aux animaux qu’elle faisait paître. Non seulement, il fit seul ce que d’autres ne parvenaient à faire qu’à plusieurs, mais en plus, cela ne lui demanda pas d’effort particulier ; pas plus qu’il n’en faut pour décapsuler une bouteille.

Une simple lecture de cet incident soulève plusieurs questions. Tout d’abord, pourquoi la Torah nous parle-t-elle longuement de la force physique de Ya’acov, sachant que ce n’est pas un critère de vertu ? Deuxièmement, ce récit semble contredire la Guémara qui raconte que Rech Lakich – qui était un bandit d’une force physique phénoménale – a perdu cette vigueur dès son repentir, dès qu’il prit sur lui le joug de la Torah[1]. Ceci montre qu’un dévouement sans bornes pour l’étude de la Torah entraine une faiblesse physique. Or nous savons que Ya’acov venait d’étudier la Torah pendant quatorze ans, sans interruption (pas même pour se reposer). Il avait donc assurément accepté le joug de la Torah, mais avait néanmoins des forces surhumaines.

La réponse à ces questions se trouve dans la prière pour la pluie (que nous récitons à Chémini Atséret). Nous demandons à Hachem de nous accorder la pluie par le mérite des bonnes actions de nos ancêtres. On y inclut l’histoire de Ya’acov qui retira la pierre du puits. S’il s’agit d’un simple récit quant à la force physique de Ya’acov, en quoi est-ce un mérite pour ses descendants ? Les mots de cette prière nous donnent la réponse : « Il concentra son cœur (Yi’had Lev) et retira la pierre ».[2] On en déduit que ce ne sont pas les muscles de Ya’acov qui lui permirent de faire cet acte héroïque, mais la « concentration de son cœur ». C’est sa motivation pour pouvoir faire du ’Hessed envers Ra’hel qui lui permit d’y arriver. Sa détermination à faire du bien et son dévouement pour cette cause sont, pour ses descendants, une grande source de mérite.

Ainsi, lorsque l’on est poussé par un objectif, on est apte à faire ce qui serait normalement au-delà de nos forces. Les bergers étaient incapables de retirer la pierre, parce que ce n’était pas très important à leurs yeux. En revanche, Ya’acov souhaitait tellement aider Ra’hel qu’il trouva en lui des forces insoupçonnées. Ceci nous permet également de résoudre la contradiction entre le récit de la force physique de Ya’acov et la Guémara à propos de Rech Lakich qui fut affaibli par le joug de la Torah. Ce qui importe vraiment à l’érudit en Torah lui permettra de trouver en lui de grandes forces.

On raconte beaucoup d’histoires concernant des Grands en Torah qui étaient physiquement faibles et frêles, mais qui firent preuve de forces inouïes quand il s’agit d’étudier la Torah avec grande assiduité durant de longues périodes. Par contre, dans les domaines qui ne leur étaient pas importants, ils restèrent impuissants, parce que la motivation leur manquait, tout simplement. Ainsi, quand la Guémara affirme que l’acceptation du joug de la Torah affaiblit l’individu, cela signifie que ses priorités changent ; dès lors, tout ce qui n’est pas lié à la spiritualité le démotive et pour tout ce qui est spirituel, il est capable de déployer une énergie surhumaine.

Ce principe est très pertinent dans notre quotidien : la motivation est la clé de la réussite, dans tous les domaines. Les gens attirés par l’argent sont capables de consacrer énormément de temps et d’énergie pour atteindre leurs objectifs. Parallèlement, les personnes qui souhaitent devenir de grands Talmidé ’Hakhamim trouveront des « puits de forces » pour étudier la Torah. Ce qu’il faut, c’est développer les bonnes motivations en apprenant les valeurs de la Torah, intérioriser ces enseignements à travers l’étude du Moussar et l’accomplissement de bonnes actions.

Puissions-nous tous émuler notre Patriarche et nous inspirer de la véritable source des forces de Ya’acov Avinou.

 

[1] Baba Metsia 84.

[2] Selon le rite Achkénaz.