Avant de parler de Méron, ou plus exactement, pour mieux en parler, il nous faut la préface d’un artiste, un grand, qui va nous faire comprendre pourquoi on s’y rend et ce qui s’y passe.

Shuli Rand, comédien, musicien, auteur, compositeur, interprète, réalisateur, scénariste — et encore — revenu à ses sources vers la ‘Hassidout Breslav, a décrit dans l’une de ses plus belles chansons ce qu’est exactement « la montée à Méron ».

« Rafa’el », titre de ce chef-d’œuvre, décrit le parcours de deux hommes : le narrateur et Rafaël, son frère, que nous suivons, une nuit froide d’hiver, dans leur chemin vers ce lieu saint. Ils viennent prier sur le tombeau de Rabbi Chim’on pour la guérison de leur mère, aimée et malade.

Ce que raconte cette chanson, c’est exactement ce qui se joue à Méron.

Non pas une montée physique.
Mais une plongée intérieure.


Perchée sur les collines de Galilée, cette petite localité devient, le 18 Iyar, 33ème jour de l’‘Omer, le point de convergence d’un peuple entier. Non pas pour une commémoration historique, mais pour une connexion spirituelle.

 Monter a

Pendant des siècles, presque rien ne s’y passe. Puis, au XVIème siècle, arrivent les exilés d’Espagne qui s’installent à Safed. Toute la région s’illumine. La Kabbale se déploie et revèle ses secrets.

C'est l’Ari Hakadoch, Rav Its’hak Louria, qui va fixer ce mouvement de "montée à Méron", sur le tombeau du Rachi - Rabbi Chim’on Bar Yo’haï -, à Lag Ba’omer.

Depuis, le flux ne s’est jamais arrêté.

Des générations entières ont pris cette route. À pied, en charrette, en bus, aujourd’hui en voiture. Peu importe le moyen. Ce qui compte, c’est l’élan.

Monter à Méron, ou plonger dans Méron ?

Monter à Méron, ou plonger dans Méron ?


Chaque année, des centaines de milliers de personnes s’y retrouvent pour le plus grand rassemblement du pays. Et pourtant, chacun y vit quelque chose de profondément personnel. Comme ces deux frères, dans la nuit.

Comme chacun de nous, à sa manière, avec sa prière, sa singularité, son parcours, ses attentes.

« Milieu de la nuit, heure de miséricorde et de grâce, Rafaël mon frère et moi arrivons épuisés dans la petite cour de Rabbi Chim’on.

Le vent mord. Presque personne.
Le cœur plein d'espoir, nous entrons dans le saint lieu.
chalom Rabbi Chim’on, c'est moi. C'est Rafaël.
Nous sommes venus de loin et ne savons pas vraiment prier.
C'est maman qui s'éteint — ainsi parle Rafaël, et sa voix se brise.
Une boule noire explose dans mon ventre, Rafaël mon frère pleure, se déverse sur mon épaule.
Soudain, dans l'obscurité, les yeux de Rafaël s'embrasent.
Il se souvient de cette excursion dans les dunes, comment papa et maman chantaient à deux voix.

Sept heures du matin sur la vieille route, Rafaël mon frère et moi attendons une voiture qui nous emmènera, vite — chez maman. »

La chanson de Shuli Rand se lit à plusieurs niveaux. Elle est à multiples facettes, à multiples interprétations.

Cette mère à l’agonie, que ses fils adorent, pour laquelle ils viennent prier de loin, peut tout aussi bien être la Chékhina — la Présence divine — qui se languit de ne pas encore être descendue sur Terre. Et ses enfants, ‘Am Israël, prient de la revoir dans toute sa splendeur. 

Et le nom "Rafaël" — l'Ange de la guérison dans nos Textes —, n'a certainement pas été choisi de façon fortuite. C'est avec lui que le narrateur se rend à Méron, plein d'espoir et de doutes en même temps.


On ne monte pas à Méron comme on monte quelque part, ou n’importe où.

On y vient chargé : de prières, de douleurs, de questions auxquelles la vie n’a pas encore répondu.

Et une fois sur place, quelque chose se défait. Les barrières tombent. 

Monter à Méron, ou plonger dans Méron ?

Monter à Méron, ou plonger dans Méron ?

On pensait venir parler.
On découvre qu’on est venu s’abandonner.

Lag Ba’omer à Méron : lorsque le temporel et le géographique se rencontrent dans un baiser fou entre Ciel et terre.

Qui peut rater ce rendez-vous ?

Monter à Méron, ou plonger dans Méron ?