Contrairement au calendrier civil, les fêtes du calendrier juif ne sont pas de simples commémorations du passé. Elles signalent la présence d’une intensité spirituelle particulière dans le monde qui se renouvelle chaque année.

A travers la célébration de Pessah’, la Torah ne cherche donc pas simplement à nous rappeler ce que nos ancêtres ont vécu en Egypte, mais elle souhaite nous indiquer que cette période de sainteté est propice aux libérations individuelles ou collectives.

En effet, de même que nos ancêtres sont parvenus à se libérer des chaînes de l’oppression et de l’esclavage, de même nous avons la possibilité de profiter durant ces jours d’un flux spirituel intense qui peut nous aider à rompre avec ce qui nous oppresse ou nous est préjudiciable.

Il nous appartient toutefois de savoir saisir ces moments propices, à travers la prière, le dialogue avec Hachem, le respect des mitsvot, la multiplication des bonnes actions… Nous pourrons ainsi, avec l’aide de D.ieu, créer les réceptacles appropriés pour recevoir ce flux spirituel et l’orienter vers nos aspirations les plus profondes.

Dans le cadre de notre approche des vertus, nous voudrions souligner quelques grandes vertus associées à la fête de Pessa’h.

Tout d’abord, la matsa est qualifiée dans notre tradition de « pain du pauvre » « le’hem oni ». Au sens simple, cela nous renvoie aux conditions précaires dans lesquelles les enfants d’Israël ont fait cuire leur pain, ils n’avaient pu effectivement fabriquer que des galettes simples.

Toutefois, au-delà de ce sens premier, il est possible de voir dans la soirée du seder et durant toute le fête de Pessah’ une invitation à se départir des certitudes et du confort dans lequel nous vivons toute l’année.

En supprimant l’aliment de base qui nous sert de subsistance durant toute l’année, nous témoignons de notre désir de rebattre les cartes de nos vies et de questionner toutes les certitudes qui nous guident au quotidien. A l’image de ce pain du pauvre, nous reconnaissons que nous-mêmes sommes bien souvent pauvres notamment dans le domaine spirituel, où il nous reste tant à étudier et à corriger dans nos comportements.

Nous nous présentons ainsi avec humilité le soir du seder devant Hachem, en acceptant de faire fi de nos richesses matérielles, pour nous ouvrir à la connaissance de D.ieu et à la libération de ce qui nous entrave.

La simplicité de la matsa est donc prise en exemple dans notre tradition pour nous indiquer la simplcité dont l’homme doit faire preuve notamment sa vie spirituelle.

Comme nous le savons, l’orgueil est vivement réprouvé par notre tradition. A l’inverse, l’humilité est unanimement valorisée. Et, il ne s’agit pas d’une mesure de précaution, de bienséance destinée à apprendre aux hommes les bonnes manières en société.

Ce qui se joue dans l’humilité est bien plus profond, il s’agit d’une condition préalable à la sagesse et à la compréhension. En effet, l’humilité est la disposition d’esprit qui amène à l’homme dans une recherche permanente de perfectibilité, il se sait faillible et dès lors, il est en quête de tout ce qui pourrait l’améliorer. L’homme doué de cette qualité reconnaît dans chaque individu une part de vérité, il puise en chacun un enseignement dont il peut s’inspirer.

Naturellement, son étude de la Torah et des textes sacrés n’est pas entravée par des enjeux personnels d’honneur, d’amour propre ; il essaie au contraire de travailler son esprit et son âme pour les purifier de tous calculs personnels afin de laisser entrer en lui tous les enseignements des sages.

Par ailleurs, intéressons-nous aux exigences importantes qui encadrent la recherche du ‘hamets et de son annulation. Il nous est ainsi demandé de rechercher la moindre trace de ‘hametz dans tous les lieux qui nous sont familiers, dans tous les lieux où nous vivons et que nous possédons, et de le faire disparaître.

Nos sages nous invitent à voir dans cette recherche la matérialisation de ce que nous devons faire dans notre for intérieur : la recherche et l’élimination de nos passions négatives jusque dans les moindres recoins. Pour y parvenir, il convient de procéder à une profonde introspection, identifier les inclinaisons négatives de notre cœur, rechercher les origines de nos blocages, de nos erreurs afin de pouvoir les éliminer.

Il est significatif que le ‘hamets que nous recherchons est l’aliment de base de notre nourriture le reste de l’année, un aliment habituel dont nous ne remettons même pas en cause l’existence et la nécessité. De même, nous devons réfléchir à toutes les habitudes, les manières de penser, de parler que nous ne songeons pas à questionner durant l’année et qui sont peut-être délétères.

C’est ainsi que, de la même manière que nous allons déployer beaucoup d’efforts pour éliminer le ‘hamets physique, nous pourrions essayer de prendre le temps nécessaire pour débusquer et corriger nos passions négatives, et les inclinaisons de nos cœurs qui ne sont ni conformes à notre tradition ni propices à notre épanouissement. Nous pourrons ainsi profiter pleinement de la puissance spirituelle de Pessah’ !

Puisse Hachem nous permettre de passer d’excellentes fêtes de Pessah dans la santé, la joie et l’épanouissement ! Puissions-nous connaître très rapidement en ce mois de Nissan la délivrance du Mashia’h !