Remarque préliminaire. Le concept d'éphémère s'applique à la brièveté du temps, et peut avoir de longues conséquences. Ainsi, la sortie d'Égypte a été un miracle éphémère (d'une durée relativement courte) mais a engendré des conséquences prolongées.
On connaît la rencontre de deux termes hébraïques (‘Hamets et Matsa) autour d’une racine commune : Mem et Tsadik) qui impliquent l'ÊTRE, l’EXISTANT, c’est-à-dire l’ESSENCE de la matière (qui apparaît aussi dans un mot bien connu – « Motsi », trouver, donc se trouver). Cette introduction tend à démontrer que le « ‘Hamets » comme la « Matsa » sont les éléments matériels qui, dans la durée, reflètent l’instant et le permanent face à l’Éternel.
Entre les deux mots, une seule différence : un petit bout de lettre qui différencie le ‘Het de ‘Hamets du Hé de Matsa. Et une même racine : l’essence, l’être du créé. Le monde matériel s’inscrit dans l’espace et dans le temps. La Matsa est le symbole de cette inscription, au début de l’histoire spatiale d’Israël. Israël commence à exister, et va trouver sa place dans l’espace ; c’est sur cette promesse que l’Éternel s’est révélé la première fois à Moché, en lui disant que le peuple d’Israël allait obtenir la Terre « où coulent le lait et le miel » (Chémot 3.8).
Mais pour parvenir au LIEU, il fallait les miracles (les 10 plaies) et aussi la hâte, la précipitation, la ponctualité de leur sortie. Cette sortie était annoncée à l’avance, et les enfants d’Israël avaient le temps de préparer la pâte. Non ! La précision de la sortie est soulignée : « Au milieu de la nuit, ce fut une grande clameur en Égypte, et ils prirent avec eux la pâte qu’ils avaient cuite sous la forme de gâteaux azymes (Matsot) car la pâte n’avait pas fermenté » (Ibid. 12, 27).
Bien qu’on leur ait annoncé la sortie, les enfants d’Israël n’eurent pas le temps de laisser la pâte fermenter. Cette hâte, cette précipitation, sont la cause de la non-fermentation. C’est ici que l’on comprend le sens profond de la Matsa. Elle doit témoigner de l’acte ponctuel du Créateur. Les 18 minutes nécessaires pour la fabrication doivent traduire pour le peuple juif le caractère miraculeux de l’histoire du peuple. Sa pérennité s’inscrit dans la fermentation qui signifie la durée, la permanence de l’intervention divine sur ce qu’Il a créé.
Le « ’Olam » - le créé – a deux aspects dans la dimension temporelle : l’éphémère et le permanent, tous deux face à Celui qui transcende le temps, l’Éternel. Deux traductions, qui n’en sont qu’une face au Créateur. Deux aspects du créé, le singulier et le pluriel. Les deux sont des miracles, mais l’un apparaît sous une forme courte (le miracle), et l’autre apparaît sous une forme longue (c’est l’aspect naturel, fermentation). Pessa’h doit nous donner cette leçon, sous la forme du pain azyme, et l’autre, c’est la nature qui est, clairement, la création du Tout-Puissant. Pessa’h est le temps de la « vérification » où est le bien et où est le mal.
Dans le texte de la Haggada sur les quatre fils, on renvoie le Racha’ (l’impie), qui représente le refus de l’Éternel. On enseigne au ‘Hakham qu’il doit rester toute l’année avec le GOÛT de Pessa’h. C’est pour cette raison que l’on n’a pas le droit de manger quoi que ce soit après le sacrifice pascal, au temps du Temple, et aujourd’hui après la consommation de la dernière Matsa qui symbolise le sacrifice pascal. Après cela, on ne mange plus rien, pour rester avec le goût du miracle, pour toute l’année.
Le Racha’, lui aussi, il ne faut pas l’abandonner. On intègre, à Souccot, le saule, seul des quatre végétaux (cédrat, branche de palmier, myrte et saule) à n’avoir ni odeur (Torah), ni goût (Mitsvot).
On ne peut pas vivre dans ce monde ci sans pain. Mais il y a un danger dans la fermentation : le pluriel, c’est d’oublier l’Éternel. Le singulier (Israël) doit être le reflet de l’Unique. C’est le rôle de la Torah de nous signifier la particularité de la pérennité d’Israël. Ici aussi, il faut savoir reconnaître le miracle de la survie d’Israël, lié à l’observance de la Torah. Pour le pluriel, le naturel, l’habituel risquent de « cacher » le Créateur. Il faut donc Le voir, alors qu’Il est oublié, car on vit dans l’obscurité, si on ne reconnaît pas l’Auteur de la création.
La Matsa et le ‘Hamets sont les messagers de la « Metsiout » (réalité concrète, mot de la même racine que Matsa et ‘Hamets). La sortie d’Égypte, la Révélation du Sinaï, la pérennité d’Israël assurée par les miracles, tout cela nous invite à découvrir le mystère de l’existence de l’Histoire. C’est le sens de la phrase de la Haggada : « Si le Saint béni soit-Il ne nous avait pas sortis d’Égypte, nous serions, nous, nos pères et nos enfants, restés soumis à Pharaon en Égypte ». La sortie d’Égypte est la NAISSANCE du peuple d’Israël, et de sa rencontre avec les nations. C’est ce que signifie la phrase de la Haggada citée.
Sans Israël, pas de lumière pour les nations. C’est ici la confrontation, dans l’existence, entre le « court » et le « long », entre l’azyme et le levain. Le miracle est court, apparemment éphémère (ce qui explique le désir de la « solution finale » voulue par le nazisme) mais ce miracle, qui semble éphémère dans le monde, est en fait la garantie de la permanence de l’existence juive.
Le Racha’ s’exclut de cette permanence du miracle. C’est ici la particularité d’Israël : le « court » dans ce monde apparaît éphémère, mais c’est parce qu’il traduit l’Éternel, l’éternité du Tout-Puissant. Après la guerre d’’Amalek qui voulait détruire Israël avant la Révélation, Moché a déclaré : « L’Éternel est mon miracle, ma bannière ».
Au Temple de Jérusalem, symbole de la sainteté sur terre, on ne pouvait utiliser que de la Matsa pour les oblations, car c’est cela qui reflète, face aux nations, la pérennité d’Israël, la spiritualité dans le monde, l’essence absolue. Espérons voir cette essence reconnue, dans une humanité « salie » par le matériel vidé de sa réalité. C’est ici le sens de la Guéoula. Il faut « ouvrir les yeux » et alors, on « voit plus clair » car le Vrai nous éclairera.






