Question : “Quand je fais face à des difficultés, même en me faisant conseiller par des professionnels, je reste le même et rien ne change, je n’ai pas l’impression d’avancer. Comment déclencher un vrai changement ?”

Réponse du Rav Boyer

La réponse à cela, nous la trouvons dans la Paracha de Vaéra. Dans cette Paracha, nous lisons les plaies par lesquelles le Saint béni soit-Il a frappé les Égyptiens, mais malgré ces plaies sévères, Pharaon ne consentit pas à libérer les enfants d’Israël d’Égypte. « Le cœur de Pharaon s’endurcit… le cœur de Pharaon s’alourdit, il refusa de laisser partir le peuple. »

La grande question est évidente : Pharaon n’était pourtant pas stupide. Il voyait exactement tout ce qui arrivait à l’Égypte, et même ses serviteurs lui dirent : « Ne sais-tu pas encore que l’Égypte est perdue ? » Que se passe-t-il ici ? Comment est-il possible qu’un homme voit tout s’effondrer autour de lui et continue malgré tout à s’entêter ? Or dans ce comportement, se cache un secret que nous trouvons avant la septième plaie. Avant que le Saint béni soit-Il ne fasse pleuvoir la grêle sur les Égyptiens, Il ordonna à Moïse notre maître de dire à Pharaon : « Tu continues encore à t’exalter contre Mon peuple pour ne pas les laisser partir. » Quelle est la signification du mot « t’exalter » (Mistolel) ? Que recèlent ces mots ?

Le Ba'al HaTourim commente ce verset : « Tu continues encore à t’exalter contre Mon peuple pour ne pas les laisser partir — les initiales forment le mot Bil'am, par l’influence duquel il ne les laisse pas partir, car les trois conseillers faisaient partie d’un même conseil. » Nos Sages disent que Bil'am le méchant était l’un des conseillers de Pharaon, mais il faut encore comprendre pourquoi c’est précisément lui qui est mentionné ici comme ayant influencé Pharaon. Quel est exactement son lien avec cette situation ?

Or, sont bien connus les propos de nos Sages dans les Pirké Avot (5, 19) : « Quiconque possède trois traits… un œil mauvais, un esprit hautain et une âme large, fait partie des disciples de Bil'am le méchant. » Un homme qui a un esprit hautain est un homme orgueilleux ; un homme qui a une âme large est dominé par le désir ; et un homme qui a un œil mauvais est quelqu’un qui ne se contente pas de ce qu’il possède, mais convoite les biens d’autrui et porte un regard envieux sur ce qu’ils ont. Toutes ces qualités étaient celles de Bil'am le méchant, et la Torah nous enseigne que ces traits de caractère provoquent l’endurcissement du cœur. Lorsqu’un homme est égoïste, il ne voit que lui-même et ne voit rien de ce qui l’entoure. Il ne voit même pas des choses qui pourraient lui nuire ou lui porter préjudice. C’est cela le sens des mots « tu continues à t’exalter » (Mistolel). Un homme Mistolel est un homme qui ignore tout ce qui se passe autour de lui. C’est pourquoi le Saint béni soit-Il dit à Pharaon avant la plaie de la grêle : « J’envoie toutes Mes plaies vers ton cœur », car le grand problème se trouve dans les mauvais traits de caractère qui résident dans le cœur. Ce sont ces mauvais traits qui ont alourdi le cœur de Pharaon. 

Ces paroles n’ont pas été dites uniquement à propos de Pharaon, mais elles concernent chaque être humain. Ainsi est-il rapporté dans le livre Or Yahel : « Toutes les souffrances et les épreuves qui viennent sur l’homme dans son monde, ne sont-elles pas semblables aux plaies qui se sont abattues sur la tête de Pharaon ? Nous savons tous que les souffrances viennent du Ciel et qu’elles ne viennent pas sans raison ; autrement dit, on fait souffrir l’homme afin de l’éveiller et d’améliorer sa conduite. Et même si, au moment où il souffre, son cœur se brise en lui, s'il justifie le jugement à son égard et dit : “L’Éternel est juste, et moi et mon peuple sommes des méchants”, dès qu’il ressent une amélioration en lui-même et qu’il est soulagé, il endurcit de nouveau son cœur, retourne à ses occupations comme auparavant, et voyant qu’il y a eu un répit, il alourdit son cœur. »

Le concept de l’endurcissement du cœur existe chez chaque homme. Nous voyons souvent une personne à qui il arrive toutes sortes de choses, mais qui ne change rien dans sa vie et reste telle qu’elle est. Tout dépend des traits de caractère de l’homme. S’il possède de bonnes qualités, il saura faire un examen de conscience et, par conséquent, il changera également. 

Un homme à qui il arrive des épreuves et qui va demander de l’aide à un professionnel, par exemple, comprend et écoute, mais sent malgré tout qu’il reste le même, doit examiner attentivement ses mauvais traits de caractère et les corriger. Ce n’est qu’alors qu’il obtiendra un cœur qui écoute, car « le Miséricordieux demande le cœur »…