J’ai récemment lu plusieurs de tes récits sur la présence manifeste de la Providence. Mon histoire va bien au-delà. On y trouve plusieurs signes clairs du Ciel. En réalité, pas un, mais trois signes, qui ne laissent aucune place au doute.

D’abord, quelques mots sur moi : je suis un Ba’al Téchouva depuis de longues années et réside dans ma ville natale : Tel-Aviv. Dans ma jeunesse, j’ai été attiré par le monde de l’art, en particulier la peinture. Mes parents m’ont encouragé dans cette voie, et à l’âge de 22 ans, je suis entré dans une célèbre école d’art, parallèle à celle de « Bétsalel. »

La figure centrale de cette académie était un peintre célèbre : c’est autour de lui qu’évolue notre histoire, et je tiens à préserver son anonymat. Des générations de peintres ont été formées chez lui.

Lorsque j’ai fait Téchouva et me suis éloigné de ce monde, j’ai toujours gardé un bon souvenir de lui, tant comme artiste que comme enseignant talentueux.

Il portait en lui une aspiration pour l’art, pure et dénuée de fausseté. Il pouvait pointer sur une peinture et dire à son auteur : « Laisse les fioritures de côté, exprime ce que tu as à dire, mais sans parure. »

Il m’a beaucoup rapproché de lui. Je me souviens même d’une occasion au cours de laquelle il avait complimenté plusieurs artistes autour de moi. Par la suite, je lui ai demandé pourquoi il ne m’avait rien dit, et il me répondit : « Tu es comme mon fils, cela n’est pas nécessaire. »

Parallèlement à son humanité, c’était un homme de limites. Celui qui arrivait avec une seconde de retard à son cours n’était pas autorisé à y entrer, même s’il avait travaillé sans relâche pendant une semaine sur son œuvre.

Lorsqu’une fois, il m’empêcha d’entrer à son cours pour un minuscule retard, j’appelai ma mère, tout agité. Ma mère me répondit : « Il me faut absolument connaître le seul homme qui peut te tenir tête… »

En rétrospective, je suis obligé de préciser un incident qui nous renseigne sur l’aspect extrême de sa personnalité. Lorsqu’il s’enrôla dans sa jeunesse, l’armée ne lui convenait pas. Que fit-il ? Il se tira volontairement dans la main pour pouvoir se consacrer à la peinture. Tous l’admirèrent pour ce geste, en particulier ceux qui ne supportent pas les ‘Harédim (orthodoxes) qui refusent de s’enrôler parce qu’ils souhaitent étudier la Torah…

Le meilleur souvenir que j’ai de lui, c’est la période de mon retour aux sources.

Il est difficile de décrire le genre de réactions que j’ai rencontrées. Tout le monde m’observa comme quelqu’un qui avait perdu la tête. Mais un homme alla plus loin : le peintre Yaïr Garbuz qui était en colère contre moi et m’humilia profondément.

Mais lui se contenta de m’interroger : « Tu es heureux ainsi ? » Je répondis par l’affirmative. Et il continua : « C’est ce qui compte. »

* * *

Il y a 6 ans environ, notre peintre a quitté ce monde.

Il n’y eut pas d’enterrement. L’homme avait offert son corps à la science, ce que je fus très peiné d’apprendre. Je savais qu’il était éloigné de la Torah et des Mitsvot, mais j’ignorais à quel point.

De mon point de vue, cet homme était parti sans que j’aie pu lui dire au revoir.

Roch ‘Hodech Nissan de l’an dernier, j’ai fait un rêve étrange : il se tenait près d’un arbre et me parlait. Ce rêve était court, mais très palpable. Je me réveillai et ne parvins pas à me rendormir.

Le lendemain, je me rendis chez un grand Rav, qui me demanda de ne pas en faire cas. Il connaissait sans doute mon âme sensible et ne voulait pas que j’entre dans des situations sensibles et complexes.

Deux jours plus tard, l’un des fidèles de la synagogue me rencontra dans la rue, un homme pas tout jeune qui habite à proximité de chez moi (je réside dans l’appartement que m’ont légué mes parents). Il me demanda si je voulais réciter le Birkat Haïlanot, la prière sur les arbres, devant l’arbre qui se trouve dans sa cour.

Dès qu’il prononça le mot « Ilanot », le rêve du peintre qui se tient à côté d’un arbre me revint à l’esprit. Je décidai qu’il serait bien d’accomplir cette Mitsva et mentionner, d’une certaine manière, l’âme du peintre.

Je récitai la bénédiction : Béni sois-Tu, notre D.ieu, Roi de l’Univers, qui n’a rien négligé dans Son monde, et qui a créé de bonnes créatures et de bons arbres, pour les mettre au profit de l’homme.

Ensuite, cet ami me tendit un texte à réciter avec la bénédiction. Les années précédentes, je récitai la bénédiction sans ajout. Ce jour-là, dès que je commençai à réciter le texte, je me mis à avoir la chair de poule.

Je cite ici les propos qui m’ont stupéfié :

… « Fais preuve de compassion et de pitié, dans Ta grande miséricorde et Ta bonté pour tous les esprits, les âmes qui n’ont pas eu la force de trouver leur repos, et tous les esprits et âmes qui sont en Guilgoul (réincarnation) dans l’inanimé, le végétal et la matière vivante qui ne parle pas ou qui est douée de la parole. Et Toi, D.ieu, qui prodigue du bien à des milliers, dans Ta grande bonté, répands sur eux une grande abondance pour qu’ils viennent à la lumière de la vie, et accorde-leur des forces et du courage pour qu’ils procèdent à une réparation, et à la lumière de Ta face, qu’ils achèvent leur réparation rapidement, et épargne-leur tout malheur, ennemi ou accusateur. Et de bons intercesseurs intercèderont en leur faveur. Exerce Ta bonté à leur égard, car telle est Ta manière d’agir avec bonté à chaque génération… »

* * *

Je compris que cet incident n’était pas le fruit du hasard. Un homme n’ayant pas eu d’enterrement juif apparaît dans mon rêve à côté d’un arbre, et deux jours plus tard, un fidèle de la synagogue auquel je n’étais pas particulièrement lié m’invite chez lui pour réciter le Birkat Haïlanot, et me tend un texte qui vise pleinement des gens tels que ce peintre qui n’a pas eu un enterrement juif.

On pourra toujours dire : un concours de circonstances peut toujours avoir lieu. Ecoutez la suite de l’histoire :

Je décidai de m’adresser à la veuve du peintre, une femme très âgée et en mauvaise santé qui habite elle aussi à Tel-Aviv. J’arrivai chez elle. Elle me reconnut, malgré la transformation. J’aurais du mal à dire qu’elle se réjouit de ma venue, mais ce n’est pas forcément lié à moi.

Je conversai quelque peu avec elle. Je lui annonçai ensuite que je voulais lui raconter quelque chose. Je commençai à lui raconter prudemment le rêve que j’avais fait, et je vis un sourire se former sur ses lèves. « Que veux-tu me dire par là ? Que tu rêves de lui ? C’est bon, moi aussi je rêve de lui, et si nous avons tous deux rêvé de lui, cela veut dire qu’il y en a sans doute beaucoup d’autres. »

Je dus rassembler beaucoup de courage pour lui raconter la suite, le Birkat Haïlanot, le texte particulier sur tous ceux qui n’ont pas eu le privilège d’être enterrés comme des juifs…

Une fois que j’eus fini de parler, je sus qu’elle voulait prendre congé de moi, mais qu’elle cherchait les bons mots. Mais en réalité, elle formait de tout autre projet.

« Ecoute-moi bien, me dit-elle. Crois-tu qu’il est le seul à avoir offert son corps à la science ? Je l’ai aussi fait. Désolé mais tu n’es pas à la bonne adresse. Toutes ces choses-là ne l’ont jamais intéressé, et moi non plus. C’est de la mystique, et nous sommes athées. Nous ne croyons pas à l’immortalité de l’âme. J’apprécie beaucoup ton désir d’honorer son souvenir, mais de mon point de vue, il est mort, un point c’est tout. Je n’ai personne à languir… »

« Dommage, dis-je. Je comprends que vous n’accepterez pas de venir avec moi voir cet arbre ». Je mentionnai alors l’adresse de la maison où j’avais récité le Birkat Haïlanot : « C’est à quelques rues d’ici. »

« Où est cet arbre ? » me demanda-t-elle d’une voix tranchante, mais où l’on devinait la surprise.

Je répétai l’adresse.

« Ce n’est pas possible, me dit-elle, c’est vraiment de la mystique. Ce n’est pas possible », répéta-t-elle.

Je gardai le silence. Je ne compris pas exactement où elle voulait en venir.

« Ecoute-moi, j’espère que tu ne te moques pas de moi, mais nous avons habité là-bas jusqu’il y a 30 ans. C’était la maison de ses parents. Il est né là-bas… »

« Vous en êtes sûre ? »

« Tu veux voir des photos ? » me demanda-t-elle, tout en allant les chercher.

* * *

C’était effectivement la même maison, elle avait l’air plus neuve et les voitures plus anciennes, mais c’était bien la même. Et l’arbre ressemblait à son aspect actuel.

« Cet arbre poursuit-elle, je crois que c’est lui qui l’a planté. Je n’en suis pas certaine, mais ce qui est sûr, c’est qu’il l’arrosait beaucoup. Ecoute-moi, j’aimerais que tu m’y emmènes, pas pour ta prière, mais parce que je voudrais parler au propriétaire et vérifier que tu ne m’as pas raconté de sottises. Et j’exige que tu ne chuchotes pas avec lui derrière mon dos. »

Elle verrouilla la maison, et je la conduisis en voiture jusqu’à bon port.

Nous entrâmes, je la laissai frapper à la porte et tentai de rester quelque peu à l’arrière, pour qu’elle vérifie par elle-même la véracité de mon histoire.

Elle frappa à la porte et se mit à parler au propriétaire en yiddish. Il s’avère qu’elle le connaissait. En effet, ils lui avaient vendu la maison, et il était ému de la rencontrer. Il lui raconta que la municipalité avait demandé d’indiquer que le peintre était né dans cette maison, et cela l’émut. Une tombe, non, mais une plaque à son souvenir trouvait grâce à ses yeux.

Elle l’interrogea sur la coutume du Birkat Haïlanot et vérifia la véracité de mes propos. Elle rajouta ensuite : « C’est en effet une histoire étrange et étonnante, mais je ne vais pas réciter de Téfila. C’est peut-être une manière de nous dire bonjour, conclut-elle ».

C’était un progrès, sans nul doute, en particulier pour une femme qui ne croit pas à une vie après la mort.

* * *

L’histoire n’est pas encore terminée. J’ai mentionné trois signes, et voici le dernier, le plus impressionnant, qui explique les deux précédents.

Une semaine plus tard, elle téléphona chez moi : « Peux-tu venir chez moi ? »

« Oui », répondis-je, et je fonçai à toute allure chez elle.

Elle m’accompagna dans le salon et me dit : « Je ne sais plus quoi penser. J’ai reçu une lettre de l’université qui… je préfère que tu la lises toi-même. »

La lettre provenait de l’institut où ils avaient donné son corps. Il y était décrit l’importance du don à la science et à la médecine. Ensuite, après usage du corps, ils se demandaient que faire des restes du corps : souhaitaient-ils un enterrement ? Ou s’ils n’en voyaient pas l’intérêt, le corps serait incinéré.

Soudain, tout s’éclaira : le rêve, le Birkat Haïlanot, ma visite chez la veuve, la découverte que l’arbre était « le sien », tous ces éléments concouraient à un seul et unique but : la réponse à cette lettre. Il avait à son crédit, semble-t-il, le mérite d’une bonne action faite dans sa vie.

« Fais comme tu veux, l’entendis-je déclarer. De son vivant, il ne se préoccupait absolument pas de l’enterrement, il hésitait entre l’incinération et le don de son corps à la science, mais depuis sa mort, il a changé de ton », déclara-t-elle avec sarcasme.

« Enterrez-le, je paierai pour la pierre tombale… pour que… pour qu’on ne le piétine pas… »

* * *

Je m’adressai à la ‘Hévra Kadicha (pompes funèbres) et ceux-ci se dirigèrent immédiatement vers l’institut, munis d’une procuration de la part de la veuve. Ils agirent efficacement et rapidement. J’appelai 10 fidèles de la synagogue qui furent tous très émus de cette histoire, et nous organisâmes un modeste enterrement.

Les restes du corps furent enterrés dans une tombe, et deux semaines plus tard, une pierre tombale simple y fut apposée, portant son nom et celui de ses parents, sans même mentionner le fait qu’il était peintre. C’était son souhait. Elle refusa également de venir à l’enterrement, et me dit qu’elle me faisait confiance. Il est difficile de changer les gens de cet âge-là. Non, il est difficile de changer les gens tout court.

Il est clair qu’il y a des centaines, voire des milliers d’âmes qui n’ont pas eu le privilège d’avoir un enterrement juif, que ce soit par leur faute ou non, sans parler des millions de victimes de la Shoah dont la terre n’a pas recouvert le sang.

Je pense que la diffusion de cette histoire auprès du public éloigné de la Torah et des Mitsvot [mais également sur Torah-Box] provoquera un réveil, en particulier pour tout ce qui a trait à une inhumation d’après la Halakha et la foi dans la résurrection des morts.

Nous aussi, qui sommes proches de D.ieu et de Sa Torah, et récitons chaque jour « Ani Maamine », avons droit à un petit signe du Ciel. Et on en trouve trois dans mon histoire.

Chaim Valder