Alors que commence, ces jours-ci, le mois d’Eloul, mois consacré par la Tradition à la Téchouva, comme préliminaire aux Yamim-Noraïm, les Jours Redoutables, Roch Hachana et Yom Kippour, une réflexion sur la Téchouva n’est pas superflue. Sujet peut-être banal, rebattu, mais important dans notre relation avec le Tout-Puissant.

Le thème de la Téchouva peut, grâce à D.ieu, à notre époque, avoir un écho sociologique : en effet, le monde de la Téchouva est, aujourd’hui plus qu’en toute autre époque de l’histoire d’Israël, très actif, et nombreux sont ceux qui reviennent à l’observance et à l’étude. Un deuxième niveau peut être envisagé : l’aspect psychologique. L’individu cherche à donner un sens à sa vie, et, au-delà de l’aspect sociologique, c’est le devenir personnel de chaque être humain qui doit recevoir un sens. Ces deux perspectives actuelles sont assurément deux fenêtres qui permettent à un oxygène sain de faire vivre une époque, pour quelle ne soit pas asphyxiée par les poisons contemporains. L’importance de ces besoins – de l’individu, comme de la société – est essentielle, et définit, grâce à D.ieu, notre époque, privée de référence à la Transcendance.

Cependant, ce que l’on voudrait souligner ici, c’est un troisième pan de la Téchouva, le vecteur proprement cosmique qui nous rapproche du Créateur. Dans son Commentaire sur le livre de Yona, le Gaon de Vilna assimile le prophète Yona à la « Néchama », à l’élément spirituel qui soutient l’homme. Dans ce cas, la Néchama refuse de tenir son rôle. C’est ce que signifie le désir de fuite de Yona, qui veut s’enfuir de l’Eternel. Le Gaon de Vilna explique : « La fuite signifie s’éloigner de l’Eternel ; c’est pourquoi celui qui retourne vers la Source originelle s’appelle Ba’al Téchouva (Responsable du Retour), ainsi qu’il est dit : “Revenez vers Moi” (dit l’Eternel) (Malachie 3, 7). » (Commentaire du Gaon sur Yona 1, 3). Ici apparaît la véritable dimension du Retour vers l’Eternel. Il (le Tout-Puissant) est la source de tout, et tout provient de Lui. Tel est le principe : la perspective cosmique du Retour. Il s’agit en fait d’un retour à la demeure originelle.

A partir de cette perspective, une vue générale sur l’Histoire reçoit une dimension différente. La relation avec l’Eternel dépasse l’instant ; elle s’appelle simultanéité, ce qui signifie qu’il y a certes un « aller-retour » apparent, mais que le Retour ne s’inscrit pas dans un temps objectif – sans lien avec le MOI – mais dans un temps subjectif, qui exprime le MOI, et traduit l’expérience de l’homme juif. C’est ce qu’expriment les ‘Hazal, en disant que le Baal Téchouva est plus proche d’Hachem que le Juste absolu. Le ‘Hassidisme traduit cela ainsi : « Un lien lie chaque Juif à D. Quand l’homme pèche, ce lien se déchire. Mais quand il fait Téchouva, un nœud relie les deux morceaux du lien, et alors, à ce moment-là, le lien est plus court, mais… il y a un nœud ! Ce nœud se situe au-delà du temps, car il annonce et promet l’éternité. C’est dans ce sens qu’il faudrait plutôt dire « révision » (au sens de : vision nouvelle), car il ne s’agit pas d’un mouvement du temps, mais d’un changement subjectif. Et se retrouvent ici – c’est le miracle de l’Histoire d’Israël, ressenti spécialement de nos jours – les trois dimensions de la Téchouva, évoquées précédemment : la dimension individuelle, la perspective sociale, et le devenir cosmique. On l’a déjà écrit ailleurs, mais il importe de le répéter ici : cette triple perspective est inscrite dans le verset du prophète Jérémie qui conclut ainsi la Méguilat Eikha : « Fais-nous revenir vers Toi, Eternel, et nous reviendrons (vers Toi). Renouvelle nos jours comme ceux d’autrefois » (Eikha – Lamentations 5, 21). Le retour au passé, c’est-à-dire au Gan Eden originel, est notre objectif. Le futur doit nous ramener à la pureté première. Telle est la vérité de la Téchouva : vue nouvelle sur la vue ancienne !