Question : “J’ai toujours le sentiment de ne pas avoir beaucoup de valeur, de statut. J’aimerais que mon entourage me reconnaisse davantage et m’accorde plus d’estime. J’évolue pourtant dans un environnement sain et respectable et je sais que personne n’a l’intention de m’humilier ou de nuire. Mais j’ai l’impression de ne rien apporter aux autres et que je n’ai pas d’importance particulière. Je sais que le problème de fond se situe dans la reconnaissance de ma propre valeur….”

Réponse de Rav Boyer :

La réponse à cette question, nous la trouvons dans la Paracha de Tétsavé. Dans cette Paracha, le nom de Moché Rabbénou n’est pas mentionné explicitement ; il n’apparaît que sous la formulation du verset : « Et toi, tu ordonneras ». Dans le Séfer Yétsira apparaît le concept de « 'Olam, Chana, Néfech » (Monde, Temps, Âme). Cela signifie que toute chose qui existe dans le monde existe parallèlement aussi dans le temps et dans l’âme.

L’omission du nom de Moché Rabbénou est liée au secret de l’annulation de soi (Bitoul), et cette qualité se retrouve dans les trois dimensions de « 'Olam, Chana, Néfech », qui sont intimement liées entre elles.

La dimension de « 'Olam » (le monde), nous l’avons lue dans la Paracha Térouma. Lorsqu’on lit au sujet de l’Arche qui se trouvait à l’intérieur du Michkan, on constate que les dimensions ne concordent pas, puisque la largeur de l’Arche était de vingt coudées, et que la largeur du Saint des Saints était également de vingt coudées. Et pourtant, entre l’Arche et le mur, de chaque côté, il y avait un espace de dix coudées. C’est pourquoi nos Sages ont dit : « Nous avons reçu de nos ancêtres une tradition : la place de l’Arche n’entrait pas dans la mesure » (Méguila 10b). L’ustensile le plus sacré, dans l’endroit le plus sacré, n’occupait aucun espace. Et cela afin d’enseigner que dans la sainteté la plus élevée, c’est justement la disparition de l’espace qui révèle la force et la puissance.

Au niveau de « l’année » (Chana), nous trouvons la fête de Pourim, où l’homme a l’obligation de se réjouir jusqu’à ne plus savoir. Nos Sages disent au sujet de Pourim qu’il possède un niveau plus élevé que Yom Kippour, et qu’en ce jour brillent des lumières qui sont au-delà de l’espace, au-delà de la limite et au-delà du temps – « jusqu’à ne plus savoir ».

Au niveau de « l’âme » (Néfech), nous avons déjà mentionné l’effacement du nom de Moché Rabbénou dans la Paracha. En effet, dans la Paracha de Tétsavé, nous trouvons l’unification de « Monde – Année – Âme ». On y lit les passages qui traitent du Michkan, on lit toujours cette Paracha à proximité de Pourim, et il y a aussi la question de l’absence du nom de Moché Rabbénou. Les trois sont liés au secret de l’annulation de soi.

Le nom de Moché Rabbénou n’est pas mentionné dans la Paracha. Moché Rabbénou était l’homme le plus humble de tous les hommes sur la face de la terre. La capacité de l’homme à s’annuler, à ne pas vouloir recevoir de statut ou d’honneur, à ne pas vouloir être reconnu ni mis en avant, c’est l’aspect de Moché Rabbénou présent en chaque homme. C’est également l’aspect de l’Arche et aussi celui de Pourim. C’est pour cette raison qu’à Pourim, on a l’usage de se déguiser. Comme si l’homme se cachait et s’annulait lui-même. C’est la force du « néant » et c’est la véritable valeur personnelle juive. La capacité de l’homme à parvenir au niveau de « Et toi » – être simplement soi-même, même sans nom – est cette même dimension de l’Arche qui n’occupait aucun espace. On parvient à ce niveau par la Torah sainte qui reposait dans l’Arche. La Torah est comparée à l’eau, et l’eau quitte les hauteurs pour descendre vers les endroits bas. 

Précisément en ces jours élevés de Pourim, l’homme doit se conduire selon l’aspect de « la place de l’Arche n’entre pas dans la mesure », d’un jour qui est au-delà de la limite et au-delà de la logique. Et c’est par l’annulation de soi de l’homme que celui-ci parviendra à une véritable valeur personnelle juive…