Il est avéré que la réception de la Torah par Israël, lors de la Promulgation des Dix Commandements, était liée à trois conditions : unité du peuple, acceptation des commandements avant de comprendre et, troisième condition : obligation absolue. La première condition est nationale, la seconde est plus individuelle et la troisième est cosmique. Le monde dépend de cette acceptation. C’est l’acceptation individuelle qui importe le plus, car elle se répète à chaque génération, et donc nous concerne personnellement. 

Une source talmudique nous explique : quand les enfants d’Israël ont dit : « Nous obéirons et après nous comprendrons », ils ont reçu une couronne pour chaque mot. Le texte talmudique ajoute : « Cette expression des enfants d’Israël était "volée" chez eux » (Tossefta sur Baba Kamma, Ch. 7, Halakha 3). Que signifie cette lecture des Sages ? 

Cette expression « obéissance avant de comprendre » n’était pas immédiatement naturelle pour eux, mais était l’objet d’un effort intellectuel : « Agir quand on ne comprend pas » ! Cela défie l’intelligence ! Les deux autres fils d’Avraham et Its’hak s’appellent l’un Ichmaël (de la racine « Chéma’ », écouter, comprendre) et l’autre ‘Essav (de la racine « ’Asso », faire, agir). Il est normal, il est naturel pour les peuples de l’humanité que Ichmaël, fils d’Avraham (l’intelligence, la compréhension) précède ‘Essav, le fils de Its’hak (l’exécution, la pratique). Cette normalité (on comprend et APRÈS on agit) est anomalie (agir AVANT de comprendre) pour Israël. Quand les enfants d’Israël ont dit : « Nous ferons, et après nous comprendrons », c’est une expression non naturelle, donc volée, car contraire à l’ordre habituel. Ainsi faut-il comprendre l’adage talmudique cité plus haut. 

Il faut donc analyser ce véritable défi à l’intelligence. Ici se situe la particularité du peuple juif, qui fait un acte opposé à l’habitude, donc un vol. Le voleur a l’intention de voler ce qu’il veut obtenir. C’est son intention, bien que cela ne lui appartienne pas. L’intention d’Israël est de FAIRE ce qu’il faut. Son obéissance au Créateur est pour ce peuple un VOL, car l’intention est d’obtenir. « Après, on comprendra ». La soumission au message divin est telle qu’elle s’apparente à un vol, c’est-à-dire à quelque chose de non naturel. « J’aime le Créateur, quoi qu’Il me dise, je le ferai, même si je ne le comprends pas ». C’est une leçon pour chacun de nous. Il importe de savoir ce que le Créateur nous dit, même si cela ne s’intègre pas dans notre vision. C’est vrai, aussi bien pour l’histoire individuelle que pour comprendre l’Histoire. Ce n’est pas un refus de l’intelligence, mais c’est une acceptation de l’ordre divin. Cet ordre est l’expression du Créateur, et cela doit nous suffire. Cela ne signifie pas que l’intelligence est négligée, en aucun cas. 

L’intelligence est de savoir que ce qu’Il dit est notre intention. La réaction naturelle, c’est Ichmaël avant ‘Essav, réaction rationnelle, logique. Israël dépasse la logique, sa survie est surnaturelle, les miracles de son existence depuis l’esclavage en Égypte jusqu’aux tribulations incessantes dans l’exil, cette dimension est contraire à la nature. 

La Révélation du Sinaï contient en elle la permanence d’Israël, et explique aussi le refus des nations d’accepter cette anomalie. La lecture « rationnelle » des textes de l’Écriture est une dimension logique de la littérature, mais elle est fausse, car elle ne comprend pas l’intériorité du texte biblique. « Faire » avant de comprendre semble absurde, contraire à la raison, mais pour ceux qui savent lire l’Histoire, il apparaît que « comprendre » ne s’inscrit que dans l’immédiat, « avant » de faire. Contrairement à la perspective historique, Israël est un FAIT qu’il est difficile de comprendre, un fait qui surprend, donc dérange l’ordre naturel, mais cela ne se passe que parce que pour Israël, il faut d’abord FAIRE l’ordre divin. L’histoire de l’humanité ne se comprend que d’après des critères humains, alors que l’histoire d’Israël se situe en-dehors de ces critères, du fait de sa foi en un D.ieu unique, de sa confiance en la Providence. C’est le sens réel du « Na'assé Vénichma' » exprimé avant la Révélation.