La dernière fois, je passais dans une ruelle de Jérusalem et l’une des habitantes avait laissé sa porte ouverte. Sans faire exprès (promis), j’ai aperçu l’intérieur de sa maison : une scène a priori banale du quotidien. Son linge posé sur le canapé, elle qui déposait un baiser sur la joue de son petit garçon tandis qu’un autre enfant jouait dans la pièce. Cette scène, pas du tout instagrammable — le linge n’était pas plié parfaitement, la maison n’était pas tirée à quatre épingles, les enfants avaient encore une trace de sauce tomate au coin des lèvres — est pourtant celle de toutes ces femmes qui bâtissent l’intimité de leur maison. Les vraies influenceuses. Et c’est à elles qu’aujourd’hui j’aimerais rendre hommage.

Quand on est femme, quand on est mère, que notre quotidien est bien chargé, on est parfois en mode “survie”, surtout lorsque les enfants sont petits. Alors oui, c’est dur, très dur même, lorsque vous n’avez pas dormi depuis trois jours, que votre dernier shampoing — ou votre dernière douche de plus de 3 minutes 12 — remonte à deux semaines, de se confronter à l’image de la mère parfaite : la perruque parfaitement brushingée, les ongles faits, la tenue (taille 34 ou 36) magnifiquement coordonnée.

À l’époque de nos mères et de nos grands-mères, il y avait peut-être de très rares femmes que l’on croisait et qui semblaient tout allier à la perfection, mais cela restait des phénomènes isolés. La “pression” n’était pas aussi forte qu’aujourd’hui. Désormais, la perfection s’invite dans notre quotidien. La faute à qui ? À ce petit rectangle noir dont l’algorithme semble vous connaître par cœur.

Vous venez de rater vos gâteaux ? Il va vous montrer cinq influenceuses, les unes à la suite des autres, qui vont vous expliquer comment réussir en cinq minutes — dans une cuisine qui scintille — un fraisier impeccable, des éclairs au chocolat dignes d’un pâtissier, un Chabbath pour cinquante personnes… Bref, de quoi nourrir de sérieux complexes.

Et voilà le mécanisme qui s’enclenche dans notre cerveau de femmes : mais comment fait-elle ? Elle est toujours au top ? Pourquoi moi, je n’y arrive pas ? 

Là, il faut mettre un énorme STOP. Stop parce que Hachem nous a créées chacune avec des forces différentes, des qualités différentes, pour une mission qui est propre à chacune. Rien ne sert de se comparer à telle influenceuse ou telle voisine qui expose son dernier projet au travail. Les comparaisons ne peuvent que nourrir un mal-être. Chacune existe à sa manière avec ses forces. Chaque femme doit se dire chaque jour : « Pour moi le monde a été créé » [1] Nous avons toutes des particularités. L’une sera empathique, l’autre organisée, une très complice avec ses enfants, une autre discrète…

Et je vais vous dire un secret : les apparences sont trompeuses. Un jour pendant Pessa’h, j’avais vu le statut d’une amie partie en séjour “de rêve”. À son retour, je lui ai demandé comment s’étaient passées ses vacances. Sa réponse ? Nulles. Les enfants avaient été très difficiles, la nourriture n’était pas assez bonne, il y avait beaucoup de tension. Le décalage entre la vie parfaite affichée sur les réseaux et la réalité était impressionnant. Alors pourquoi se comparer à une vitrine ?

Autre règle d’or : la bénédiction réside dans les choses cachées [2]. Ce n’est pas parce que tout le voisinage n’est pas au courant que vous et votre mari vous entendez bien que vous n’avez pas de Chalom Bayit (paix au sein du couple). Ce n’est pas parce que vous n’avez pas informé 200 contacts que votre fils a eu un gâteau au chocolat pour son anniversaire que ce moment a moins de valeur. Au contraire, vous le savourerez beaucoup plus.

Le défi, c’est de comprendre que nos vies ont plus de valeur quand elles ne sont pas exposées. Quand elles sont vécues au lieu d’être montrées. La vraie richesse, c’est celle que l’on cultive dans l’intimité. Et c’est d’ailleurs notre force en tant que femmes juives.

Lorsque Bil’am a voulu maudire le peuple juif et qu’il l’a finalement béni en disant :« Qu’elles sont belles tes tentes, Ya’akov, tes demeures, Israël » [3], nos Sages expliquent qu’il faisait référence au fait que les ouvertures des tentes d’Israël ne se faisaient pas face les unes aux autres. Chacun vivait sa vie de famille sans exposer son intimité au regard du voisin. C’est cette pudeur, cette discrétion, qui a suscité la bénédiction.

Quand vous consolez votre fils sur son lit après une journée difficile, quand vous gardez votre calme alors que votre ado pique une crise, quand vous choisissez de ne pas répondre face à un voisin irrité… personne ne le sait mais ce sont de petites victoires. Des victoires silencieuses. Elles ne feront pas des milliers de vues sur un réel. Elles ne seront pas applaudies. Mais elles en disent long sur votre chemin, sur votre maîtrise de vous-même, sur votre grandeur. Hachem voit vos efforts. 

Chaque femme juive est unique, elle bâtit sa maison, son intériorité.. Et ce n’est pas parce que votre valeur n’est pas quantifiée en nombre vues, en likes, que votre apparence n’est pas toujours digne d’être photographiée. que vous n’êtes pas une vraie influenceuse. À 120 ans , vos proches se rappeleront de votre sourire, vos bonnes actions, vos paroles encourageantes.. et pas des filtres qui auraient pu s’inviter dans votre vie… 

[1] : Michna Sanhédrin 4:5

[2] : Talmud Bavli, Taanit 8b 

[3] : Bamidbar 24, 5