Comment vivre avec son passé ? C’est la grande question de notre époque. La psychologie moderne ADORE retourner chaque pierre de notre enfance pour expliquer qui nous sommes : un père trop distant, une mère trop autoritaire, une sœur trop brillante… Depuis l’émergence de la psychologie/psychanalyse conventionnelle, l’être humain passe beaucoup de temps à remonter le fil de sa vie pour comprendre, interpréter, parfois même justifier...
Mais une fois qu’on a retrouvé toutes les pièces du puzzle, que fait-on de l’image qui apparaît ? C’est là que la Torah propose un regard radicalement différent. Non pas opposé, mais plus orienté vers l’avenir : le passé n’est pas une prison, c’est un tremplin.
Dans la tradition juive, une idée revient comme un fil rouge : la Téchouva. On la traduit souvent par « repentance », mais c’est bien plus que cela. C’est la capacité de revenir vers Hachem, vers Sa volonté et ce que nous aurions toujours dû être, de réaligner notre vie sur ce qui est juste. Et surtout, c’est un cadeau extraordinaire : un espace où tout peut encore changer.
Prenons un exemple très concret. Une jeune femme a passé son adolescence dans les nuits parisiennes, enchaînant les excès et les mauvaises décisions. Vingt ans plus tard, peut-elle réellement devenir une femme pieuse à Bné Brak sans être écrasée par son passé ? La réponse de la Torah est oui. Pas un oui naïf ou utopique : un oui structurel, parce que la Téchouva fonctionne hors du temps. Elle permet de revisiter ce qui semble irréparable, et de le transformer.
Et cette idée n’est pas marginale. Selon nos Sages, la Téchouva fait partie des sept éléments créés avant même le monde. En clair : le monde ne pouvait exister sans elle. Hachem savait que l’être humain trébucherait, se tromperait, se perdrait parfois complètement. Il a donc prévu, dès le départ, un système pour recommencer — pas pour effacer artificiellement le passé, mais pour lui donner un autre sens.
Vivre en sachant que l’on dispose d’une seconde chance permanente change tout. Cela enlève le poids du fatalisme. Cela évite de penser : « Je suis comme ça parce que j’ai été élevée comme ça » ou « C’est trop tard ». Non. Avec la Téchouva, il n’est jamais trop tard. Rien n’est figé.
Prenons un autre exemple du quotidien. On peut avoir grandi dans une maison où l’on criait beaucoup. Forcément, une fois parent, les automatismes reviennent. On s’emporte, puis on regrette, puis on recommence. Selon une vision purement psychologique, on peut passer des années à analyser ce réflexe. Selon la Torah, la Téchouva dit : prends ce regret, et transforme-le. Aujourd’hui tu cries cinq minutes de moins qu’hier. Dans une semaine tu t’emporteras moins souvent. Ce n’est pas parfait, mais c’est en mouvement. Et c’est précisément cela, la Téchouva : avancer.
Le passé, dans cette perspective, ne nous définit pas. Il nous questionne. Il nous tend la main : que vas-tu faire de ce que tu as vécu ? Vas-tu rester enfermé dans des habitudes, ou vas-tu en tirer une force nouvelle ?
La Téchouva ne demande pas de s’inventer une autre vie. Elle demande d’écrire la suite différemment. Vous étiez autrefois tranchante dans vos paroles ? Votre Téchouva consistera à utiliser cette même force pour réconforter, encourager, bénir. Vous étiez impulsive ? Transformez cette énergie en enthousiasme positif. Rien ne se perd ; tout peut être réorienté !
En fin de compte, la Torah nous offre une manière libre et apaisée de regarder derrière nous : avec honnêteté, mais sans écrasement. Le passé n’est pas là pour nous enfermer dans un personnage, ce n’est pas une boîte noire terrifiante. Il est là pour nous montrer de quel élan nous avons besoin pour aller plus loin.
Et c’est peut-être cela, le véritable message : comprendre pourquoi on est comme on est, c’est bien. Mais choisir ce que l’on veut devenir, c’est encore mieux...
Inspiré du Cha'ar Hatéchouva (Or'hot Tsadikim)




