Chère amie,

Notre fils, Avraham, trois ans et demi, est vraiment craquant ; il ne choisit que les moments où je suis physiquement présente pour me demander à trois ou quatre reprises d’affilée, avec des petits yeux dignes du chat potté, « Maman, t’es là ?!? ». Mais quelle énigme se cache derrière cette question qui demande inlassablement la même réponse ?

Sommes-nous vraiment là ?

Les enfants sont si fins et si vrais qu’ils nous mettent face à certaines réalités que personne d’autre au monde ne saurait mettre en évidence. C’est pourquoi, compte tenu de l’insistance manifeste de cette question, je me suis réellement demandée si j’étais bien là, à ses côtés…

Bien entendu, la présence physique est si vite trahie par des âmes si pures, lorsque nos pensées sont parfaitement ailleurs, aux moments où nous devrions être concentrés sur cet enfant-là. Un exemple si courant : j’ai choisi de fixer un temps de jeu avec lui, mais réponds en même temps à mes SMS, d’une urgence capitale...

Quelle délicatesse de me demander si je suis là alors que tout en moi montre le contraire ! Quel doux miroir ! Encore faut-il accepter de jouer ce jeu de reflets merveilleux, et de savoir vite rectifier le tir (poser le téléphone loin, très loin, dès le premier « Maman, t’es là ?!? »).

Il est notoire que nos enfants sont une merveilleuse manière de nous remettre en question si vite, et si efficacement. Au lieu de surfer sur cette vague, cette invitation de la vie à grandir, les parents qui refusent de se prêter à ces exercices quotidiens transforment le souci de la remise en question permanente, en véritable problème.

Pour continuer sur notre exemple, nous serions ainsi plus dans la configuration suivante :

- le fils, mis de côté par le smartphone de sa maman pendant leur jeu : « Maman, t’es là ?!? »

- la mère, qui connaît très bien son addiction à ce dernier et qui en est très gênée sans pourtant se travailler sur ce point : « Mais enfin, tu vas arrêter de me poser cette question sans cesse ? Tu vois bien que je suis là ? Mince alors ! ».

Au lieu de comprendre l’envers de la question de son enfant, et d’agir en conséquence, elle se braque et rate le but subrepticement proposé par l’enfant. Dommage ! Car le même scénario se représentera jusqu’à ce qu’elle le valide enfin.

 À d’autres moments, la question de notre fils s’habille d’une autre intention : lorsqu’il voit son papa et sa maman tous deux près de lui dans un moment agréable, voilà qu’il nous repose encore la fameuse question…

Ces fois-ci expriment autre chose : le besoin de se remplir de confiance en la vie. « Mes deux piliers fondateurs sont là ? Ok, je peux alors avancer sans crainte ! ». Et il le fait Baroukh Hachem, la maison ne ressemble plus à rien en quelques minutes !

Tiens, ça me rappelle quelque chose…
 

« Hachem, T’es là ? »

Oui, c’est exactement cela. L’enfant, qui ressent Hachem mais ne Le connaît pas, en découvre de nombreux aspects au préalable par le biais de ses parents, comme l’explique de façon magistrale Rachel Desoria-Vitanyi (1) ;

➔ Le père : dans le célèbre proverbe du Roi Salomon : « Écoute, mon fils, la morale de ton père et ne te détourne pas de la loi de ta mère » (chap. 1, verset 8), nos Sages nous enseignent que le père représente la notion de reconnaissance de l’existence d’Hachem, et du respect qu’il inspire dans la structure psychique du jeune enfant. Ainsi, si le père occupe correctement sa place, le Créateur aura aussi la sienne chez sa progéniture. Le père assure donc la bonne relation entre ce futur adulte et Hachem. Quel enjeu !

➔ La mère : d’après nos Sages, elle pétrit son enfant de son amour, et le prépare ainsi à lutter contre son mauvais penchant. C’est une forteresse pour lui.

Un tout jeune enfant est, face à ces deux adultes si fondateurs, impuissant, petit, mais entièrement confiant en leur réconfort. Exactement à notre manière face à Hachem plus tard, une fois devenus adultes.

Exactement à l’image d’un ordinateur (2) : s’il nous indique « cliquez pour activer », mais que la touche pour cliquer n’existe pas sur le clavier, rien ne s’active ; de même, si le père et la mère ne sont pas à leur bonne place et ne savent pas comprendre les demandes (de tout ordre, de besoin comme de réconfort), alors les fonction de « comprendre ce qu’Hachem attend de moi », ou encore « ressentir la présence invisible d’Hachem » plus tard, dysfonctionnera.

Ces fonctions sont si fondamentales pour la bonne santé mentale d’un juif !

C’est d’ailleurs parce que ces fonctions nous ont été correctement implantées dans notre psychique de jeune enfant, qu’à ce jour, nous sommes capables de nous tourner vers notre cher Père Tout-Puissant en Lui demandant sans cesse : « Hachem, T’es là ?!? ».

Et le bonheur de constater que oui, Il est bien là, et qu’ainsi nous ne craignons rien ni personne !

EXERCICE PRATIQUE : certes nous ne pouvons pas être impliquées 100% du temps avec chacun de nos enfants, mais pouvons parfaitement l’être, et c’est plus que souhaitable, pour des petites plages de temps fixes et régulières, avec un seul d’entre eux, en pleine conscience que ces moments intenses, si nous sommes bien présentes, sont les seuls qui resteront gravés à jamais dans leur esprit. Alors, allons-y gaiement, ça ne fera que renforcer leur lien profond avec Hachem. Quoi de plus enviable ?
 

(1) Dans son livre « Écoute mon fils ».

(2) Exemple tiré de ce même ouvrage.