Question d'une internaute : Mon mari est un fils unique et il a toujours grandi en étant chouchouté, dorloté, gâté par ses parents. En particulier sa mère. Du coup, tout ce que je fais n’est jamais à la hauteur à ses yeux. Que ce soit les plats que je prépare ou les choses que je fais pour lui au quotidien. Rien n’est jamais suffisant et je suis très frustrée d’investir autant d’efforts et que mes efforts ne soient jamais reconnus. Comment l’aider à changer sa vision des choses ?

Réponse de Mme Nathalie Seyman :

Notre enfance conditionne toute notre vie d’adulte : la façon dont nous avons été élevés, l’absence ou la présence d’une fratrie, notre place au sein de cette dernière, etc. Tout cela participe à ce qui va faire de nous des individus à part entière avec une personnalité propre. Mais lorsque certains événements de notre enfance ont induit à nous rendre moins bien, doit-on pour autant se laisser enfermer dans ce schéma ? Votre mari a grandi en tant qu’enfant unique, afin de comprendre son comportement, il faut savoir ce que cela signifie, car, en effet, être l’unique objet d’amour de ses parents n’est pas anodin. Quelle répercussion pour sa vie conjugale et surtout quelles sont les solutions afin de parvenir à un équilibre entre ce qu’il a vécu et ce qu’il vit aujourd’hui avec vous ?

Le syndrome de l’enfant unique

L’enfant unique est, par définition, le premier et le dernier que ses parents vont avoir ; c'est leur seule chance d'être parents, ils n’ont pas le droit à l’erreur, ils veulent donc tout faire parfaitement. Leur but de vie sera le bien-être de leur enfant. Ces enfants uniques vont ainsi recevoir tellement d’attention de la part de leurs parents qu’ils vont développer ce qu’on appelle le syndrome de l’enfant unique. C’est-à-dire que ces enfants garderont le sentiment d’être le centre du monde au cours de chaque évènement et chaque rencontre qu’ils vivront, en grandissant, le risque étant qu’ils deviennent des adultes-roi égocentriques et éternellement insatisfaits.

Il faut savoir qu’il n’est pas anodin pour un enfant de grandir sans frères et sœurs et que cela pourra entraîner certaines conséquences si les parents les élèvent comme tels :

- Tout d’abord, le fait d’être seul et d’avoir toute l’attention possible et tous les encouragements en font des enfants qui ont généralement confiance en eux et trop souvent gâtés car peu de choses leur sont refusées. Ils n’ont pas l’habitude de partager et peuvent garder cette mauvaise manie même en grandissant.

- Le fait qu’ils n’aient pas eu de frères ou de sœurs auxquels s'attacher, alors les objets peuvent en devenir plus importants. Mais lorsqu’ils aiment, ils sont très possessifs, car ils ont eu l’habitude d’être uniques.

- Le fait d’avoir surtout grandi entourés d’adultes fait qu’ils ont tendance à faire vite confiance, mais souvent ils ne sont pas à l'aise avec les conflits, dû au fait qu’ils n'ont jamais vraiment pu s’expérimenter dans ce domaine au quotidien. Ils peuvent aussi avoir tendance à défier l’autorité des adultes.

- Ils sont généralement moins sociables, mais du coup plus autonomes.

- Ils portent sur leurs épaules tout l’espoir et les rêves d’avenir de leurs parents, du coup, ils auront une tendance au perfectionnisme par crainte de les décevoir. Ils peuvent être très critiques envers eux-mêmes lorsqu’ils ne font pas aussi bien qu'ils auraient aimé faire, et, par extension, le sont aussi envers les autres. Il est important pour eux de rendre leurs parents fiers d’eux. Ce qui peut devenir un lourd fardeau à porter, étant donné qu’il ne peut être partagé.

L’adulte-roi

De l'enfant roi à l'adulte roi, il n’y a qu’un pas… Un enfant avec le syndrome de l’enfant unique qui n'a jamais été stoppé, contredit, ignoré, remis en cause, risque fort de devenir un adulte égocentrique. Le mari égocentrique exige trop de sa femme et de ses enfants. Dans ce cas, le mari blâme trop. Il a une haute opinion de lui-même et prend des positions extrêmes sur les petits défauts de sa femme et de ses enfants. Il essaie de reproduire le schéma familial de son enfance, c’est-à-dire avec tout qui tourne autour de lui. Or, les personnes égocentriques sont difficiles à supporter, car elles ne perçoivent pas les efforts des autres à leur être agréable tant cela leur paraît normal. Elles ont un besoin constant de se sentir admirées par autrui, mais en retour elles ne s'intéressent pas aux autres. C’est leur bien-être avant tout et si cela doit gêner, alors tant pis. Entre elles-mêmes et les autres, elles ont choisi. Cela peut donc s'avérer incompatible avec les relations d'amour et d'amitié.

Heureusement, personne n’est à enfermer dans une case, et nous pouvons tous devenir meilleurs dès que nous le décidons et avec l’aide de ceux qui nous aiment.

Que faire ?

Essayez de ne pas lâcher prise et lui apprendre à gérer la frustration. Il ne faut pas qu’il obtienne tout ce qu’il veut et forcément au moment où il le veut. Vous devez ensemble casser ce schéma familial qu’il reproduit inconsciemment ou consciemment. Il faut lui faire comprendre quelles situations vous vexent en particulier, ne le lui cachez surtout pas car sinon il ne pourra jamais changer ! Il faut que votre réaction soit comme un signal pour lui qu’il a mal agi, car sinon il ne s’en rendra pas compte. Petit à petit, votre conjoint va comprendre que vous n’êtes pas là pour le servir, mais pour vous servir l’un l’autre. L’objectif à atteindre est que son centre d’intérêt ne soit plus lui-même, mais votre couple.

Refusez fermement ses colères ainsi que ses exigences disproportionnées, s’il y en a.

Responsabilisez-le en le laissant de temps en temps s’occuper seul de vos enfants, en les emmenant en sortie juste lui et eux par exemple. Car qu’y a-t-il de mieux que nos enfants pour nous apprendre à nous décentrer de nous-mêmes ?

Incitez-le à aller à des cours de Torah qui l’aideront à trouver la force de s’améliorer par le biais d’un Rav à qui il pourra demander conseil, et peut-être avoir envie de s’identifier.

Béhatsla’ha !

Si vous avez une question à poser à la psy, envoyez un mail sur l'adresse suivante entrefemmes@torah-box.com. Mme Seyman essaiera d’y répondre et la réponse sera diffusée de façon totalement anonyme.