Question d'une internaute : Bonjour, j'ai 28 ans et j'ai un gros souci qui me pénalise chaque jour : je n'arrive jamais à anticiper les choses importantes. Par exemple, le matin, je me lève toujours à la dernière minute, ce qui me vaut les remarques désobligeantes de mon patron pour mes retards réguliers. Chaque soir, je prends pourtant la résolution de faire différemment le lendemain, mais les jours passent et se ressemblent... C'était la même chose à chaque fois que j'ai dû préparer un examen important, je reportais toujours mes révisions à la dernière minute. Quand je dois rendre un dossier important au travail, je sais que je dois m'y prendre à l'avance, mais c'est plus fort que moi, je trouve toujours mille choses à faire avant de finalement m'y mettre quand je n'ai plus le choix... Mais malheureusement, c'est souvent trop tard... Avez-vous des conseils pour m'aider à changer ?

La réponse de Mme Nathalie Seyman

Ne pas faire les choses tout de suite, surtout quand elles sont pénibles, peut sembler assez compréhensible. Il existe de rares prévoyants qui s’attèlent tout de suite aux tâches désagréables, mais, en général, nous préférons repousser ce qui nous embête jusqu’à ce que notre responsabilité nous rappelle à l’ordre. Mais pour certains, ce retard envahit complètement leur existence. S’y mettre est une véritable torture. Tout est fait à la dernière minute et, par conséquent, mal fait. Avec des conséquences parfois désastreuses : examens ratés, perte d’emploi, perte d’amis… Si vous vous reconnaissez dans ce schéma, alors il est possible que vous souffriez de procrastination chronique.

Un mécanisme de défense contre l’angoisse

Procrastiner est l’action de repousser volontairement une tâche que nous avons l’intention de faire, tout en sachant pertinemment que nous souffrirons de ce retard. Et la cause de ce phénomène n’est autre que l’angoisse. Le fait de différer l’action anxiogène est un équivalent de comportement d'évitement, qui annule temporairement le stress qui lui est associé. En d’autres termes, la procrastination serait une stratégie pour nous protéger de notre stress !

Cette angoisse peut avoir trois origines :

- Par rapport à nous-mêmes : par un manque de confiance en nous, en nos capacités. Cela peut cacher un problème d’estime de soi-même plus ou moins important.

- Par rapport à l’action : par un manque de maîtrise de la situation. Dû à un manque de compétence ou des échecs antérieurs.

- Par rapport à l’angoisse elle-même et ce qu’elle réactive. Par exemple, si l’on traîne depuis l’enfance une angoisse de manquer d’argent par rapport à son vécu, on peut être amené à éviter toutes les tâches associées à l’administratif financier.

Alors, évidemment, chacun d’entre nous peut procrastiner un jour, sans que cela ne devienne un problème. En revanche, pour d’autres, la procrastination peut devenir régulière, voire incontournable, et, dans ce cas-là, elle peut être le symptôme d’un autre problème plus profond. En effet, tout faire pour éviter l’inconfort et les émotions négatives, et ressentir à chaque fois le besoin de les repousser, même si l’on est conscient qu’il nous faut sans faute passer par là, est le signe d’un problème psychique qui ne peut être réglé simplement en changeant des habitudes. Il faut dans un premier temps traiter le problème de fond et chercher dans notre histoire personnelle ce qui nous a conduits à recourir systématiquement à ce mécanisme d’évitement. Le fait de comprendre le traumatisme responsable sera la première étape pour pouvoir le dépasser.

Se défaire de la procrastination

Heureusement, la procrastination en elle-même est un comportement acquis et non inné, et donc, comme tout comportement qui s’est installé malgré nous, on parvient avec un entraînement quotidien et une bonne motivation à le désinstaller.

Tout d’abord, comme je l’ai dit précédemment, il faut traiter le problème en profondeur, savoir si cette façon trouve son origine dans un traumatisme qui n’a pas été traité.

Ensuite, il vous faudra travailler sur votre stress et votre anxiété. Si nous parvenons à gérer nos émotions négatives, alors il devient plus facile de maîtriser les mécanismes que nous utilisons face à elles.

Enfin, il vous faudra travailler votre comportement en lui-même. C’est-à-dire en vous entraînant jour après jour à la “désinstallation” de cette mauvaise habitude et en activant le comportement adéquat.

Mes conseils

Établissez un plan d’action. En priorité, ne vous attendez pas à changer du jour au lendemain ! Les changements les plus durables sont ceux qui se sont installés pas à pas. Il vous faut un plan d’action avec des objectifs réalisables. Si vous vous mettez la barre trop haut, vous risquez de vous décourager et de vous enfoncer pour le coup encore plus dans la procrastination. Il vous faut une procédure d’action ordonnée et maîtrisée.

- Faites une liste de priorités. Chaque semaine, créez-vous une liste de tâches à faire dans un ordre de priorité en fonction de leur caractère d’urgence et de l’importance de la tâche à réaliser. Notez à chaque fois le degré de pénibilité pour vous préparer psychologiquement et précisez le délai pour l’accomplir. Lorsque la tâche est trop pénible, assurez-vous qu’elle soit la seule que vous accomplirez dans la journée.

- Faites-vous confiance. La perfection n’appartient qu’à Hachem ! Vouloir en permanence faire les choses de manière parfaite amène à préférer ne pas les faire pour ne pas égratigner une estime de soi déjà basse. Travaillez votre confiance en vous et votre peur de l’échec.

- Estimez votre temps ! Le grand ennemi du procrastinateur est le temps qu’il considère comme un ennemi. Or, c’est cette vision qu’il faut changer. Hachem a fait le don du temps à l’homme de manière équitable, mais c’est notre façon de l’utiliser qui ne l’est pas. Et perdre du temps, c’est être sûr de ne jamais le retrouver… Alors faites du temps un associé. Donnez-vous des délais pour chaque tâche et assurez-vous de ne pas les dépasser (toujours avec des objectifs réalisables évidemment). Il faut agir avec le temps, et non contre lui, sinon, c’est la meilleure façon de se sentir dépassé, non pas parce que la tâche est trop difficile, mais parce qu'on n'y a pas consacré assez de temps.

- Avancez en douceur. S’il vous est difficile de terminer une tâche, segmentez-la ! S’il vous est difficile de réaliser une action, avancez pas à pas. Par exemple, dans le cas de vous lever le matin, commencez par habituer votre corps à se lever toujours à la même heure. Ce n’est pas grave si vous mettez après du temps pour vous préparer. Centrez-vous sur cette heure de lever ! La préparation sera un autre combat. Choisissez vos combats. Et quand vous réussissez une étape, vous passez à une autre.

- Récompensez-vous ! A chaque objectif réalisé, il est essentiel d'introduire des récompenses. Et faites-vous plaisir : soirée détente, restaurant, soin beauté, achat désiré, etc. Et surtout, complimentez-vous ! Cela peut sembler futile, mais non seulement cela fait du bien à l’estime de soi, mais en plus, cela fonctionne réellement pour entretenir la motivation.

S’il vous reste des blocages, n’hésitez pas à vous adresser à un professionnel spécialisé dans les thérapies comportementales, qui vous aidera à défaire vos “noeuds” intérieurs.

Béhatsla’ha !

Si vous avez une question à poser à la psy, envoyez un mail sur l'adresse suivante entrefemmes@torah-box.com. Mme Seyman essaiera d’y répondre et la réponse sera diffusée de façon totalement anonyme.