On nous répète souvent qu’il faut dire merci pour ce qu’on a, réaliser notre chance… sauf que… Sauf que, naturellement, on a parfois juste envie de se plaindre. De tout envoyer balader. De crier au monde entier qu’on en a marre : cette voisine qui ne daigne même pas nous sourire, cet enfant qui nous rend fou et n’obéit jamais, ce mari qui a ENCORE oublié de descendre la poubelle… !!! Bref, c’est ce qu’on aurait envie de faire — mais on sait que ce n’est pas bien, pas bien, pas bien (le Rav l’a bien dit dans son cours : il faut dire merci pour tout). Alors, comme on sait que c’est mal, on ravale. On ne dit rien. Mais comme on n’arrive pas non plus à devenir un bisounours rempli de gratitude, on garde tout ça en nous… et on continue de voir la vie en noir. Alors comment faire ? Comment changer de lunettes ? Comment vraiment voir la vie en rose — pas juste pour faire plaisir au Rav ou cocher la case “reconnaissance”, mais pour de vrai ?

Déjà, il faut savoir que naturellement, l’homme (et en particulier la femme) a une tendance à être triste. L’être humain a été formé à partir de la poussière de la terre [1], et la terre, c’est tout ce qui nous tire vers le bas… y compris la tristesse. Le combat de notre vie, c’est donc de s’extraire de cette tristesse pour atteindre la joie.

Il y a des personnes qui ont une joie de vivre plus naturelle que d’autres, je vous l’accorde. Mais kiffer sa vie, ne pas être aigri, c’est bien à la portée de chacun d’entre nous.

Le Rav Méchoulam Jungreis (le mari de la Rabbanite Esther Jungreis) disait : “Souris et Hachem te donnera des raisons de sourire, même si tu n’en as pas pour le moment.” En premier lieu, vous l’aurez compris, il faut se forcer, même si ça sonne faux. SOURIEZ, CHANTEZ, DANSEZ, FAITES DES BLAGUES (pas sur le compte de quelqu’un, évidemment)… Bref, faites tout ce qui peut amener de la joie. C’est un peu comme pendant la Havdala, à la sortie de Chabbath : certains ont l’habitude de faire semblant de rigoler pour que leur semaine soit joyeuse. Eh bien c’est pareil : forcez-vous à sourire et vous verrez, plus le temps passera, plus cette joie deviendra une seconde nature.

Et c’est pareil pour le remerciement : forcez-vous au début.

J’ai lu un article sur une femme qui s’était donné comme objectif de dire 100 fois “merci” par jour. Au début, cela m’a semblé énorme, mais en fait, on y arrive tellement facilement : merci pour mon lit, mes draps propres, mon café… la liste est interminable. En fait, le défaut de l’être humain, c’est qu’il s’habitue. Et le problème de s’habituer, c’est que l’on oublie les bienfaits de notre Créateur. Rappelons-nous que rien ne nous est dû, comme le disent les Maximes des Pères (Pirké Avot) :  “Tout t’est donné en dépôt.”[2]. Alors, plutôt que de devenir aigri au point d’avoir besoin de piqûres de rappel pour réaliser notre chance, anticipons et disons merci !

Prenons un exemple concret. Prendre le bus en Israël, c’est toujours enrichissant. On fait des rencontres, on assiste à des scènes qui donnent à réfléchir… Bref, ce n’est jamais une expérience anodine.

Hier, dans le bus, j’ai croisé en l’espace de quelques heures deux personnes profondément inspirantes. La première, c’est un soldat qui a perdu l’usage de ses jambes à la guerre, et probablement d’autres fonctions de son corps. Il était en fauteuil roulant. Et pourtant, il souriait, il était agréable…

La deuxième, c’est une dame qui a perdu l’usage de ses yeux il y a six ans et qui bénissait chaque personne qui l’aidait… Alors oui, ces exemples sont un peu drastiques, angoissants… mais ô combien on doit avoir en tête, en permanence, la chance que l’on a.

Accepter que parfois c’est dur, certes, à notre échelle… mais enfilez tout de suite des lunettes roses quand vous avez un coup de mou. Votre fille de 3 ans hurle à s’égosiller ? Baroukh Hachem, elle est en bonne santé, pleine d’énergie — et puis, dites-vous que ça passe… Vous êtes épuisée rien qu’en voyant la pile de linge qui vous attend ? Baroukh Hachem, vous avez des habits, une machine et des personnes dans votre maison pour qui plier du linge.

Devenir un bisounours, c’est donc à la portée de tous.

Mais devenir un bisounours, ce n’est pas forcément le crier au monde entier. Si vous n’êtes pas de nature expansive, personne ne vous demande de réciter Mizmor L2toda devant vos copines. L’essentiel, c’est de sincèrement intérioriser la chance que nous avons. Et c’est ça, qui nous amène, petit à petit, à un remerciement vrai, profond, et libérateur.

 

[1] Genèse 2:7: “וַיִּיצֶר ה’ אֱלֹקים אֶת-הָאָדָם, עָפָר מִן-הָאֲדָמָה; וַיִּפַּח בְּאַפָּיו, נִשְׁמַת חַיִּים, וַיְהִי הָאָדָם, לְנֶפֶשׁ חַיָּה.”

“Et D.ieu forma l’homme de la poussière de la terre, Il insuffla dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant.”

[2] Avot 3:16