“Si tu pleures pour rien, je vais te donner de vraies raisons de pleurer !” Certaines mères se souviennent avoir dit ces propos à leurs enfants. C’est exactement ce qu’Hachem a dit au peuple juif dans la Paracha de Chela’h Lékha.

Les Bné Israël sont à quelques jours de marche de la terre d’Israël qu’ils s'apprêtent à conquérir. Ils envoient donc des espions pour préparer la conquête du pays, mais, après 40 jours d’espionnage, ces espions reviennent et dressent un rapport calomnieux sur la terre d'Israël. Ils alarment tout le peuple par des descriptions menaçantes (“Une terre qui mange ses habitants”, “Une terre habitée par des géants”[1]), les dissuadant ainsi d’aller s’installer en terre d'Israël.

Les Bné Israël passent toute la nuit à pleurer, oubliant visiblement qu’Hachem les a sauvés de la superpuissante nation Egyptienne à peine un an auparavant. D.ieu leur dit alors : “Si vous ne Me faites pas confiance et que vous préférez rester dans le désert, eh bien vous resterez dans le désert... et vous mourrez dans le désert ! Mais surtout, pour toutes les générations à venir, vous pleurez chaque année à cette date fatidique pour de vraies raisons tragiques”[2]. C’était la fameuse nuit du 9 Av…

Pourquoi les Bné Israël ont-ils agi de façon si puérile ? Nos Sages nous expliquent que c’est par manque de courage de quitter le désert, ce lieu si confortable. En effet, dans le désert, Hachem pourvoyait de façon surnaturelle à tous leurs besoins, de sorte qu’ils pouvaient étudier intensément la Torah. Ils n’avaient pas besoin de trouver un gagne-pain, de travailler la terre, ni de faire quoi que ce soit d’autre comme activité matérielle.

Un peu comme un ‘Hatan qui, à la veille de sa ‘Houppa, annulerait le mariage, de peur de quitter le cocon familial...

En fait, cet épisode nous parle de nous-mêmes lorsque nous nous trouvons face à un défi, lorsque nous devons passer une nouvelle étape de notre vie : nous engager dans des études, nous marier, construire une famille, acheter un appartement…

A l’instar des Bné Israël dans le désert, dans la vie, nous n’avons pas d’autres choix que d’avancer. Mais avancer n’est pas une chose facile, puisque cela nous demande forcément de quitter nos habitudes et une situation connue et confortable pour passer une nouvelle étape. Chaque étape, chaque choix est une prise de risque. C’est ce qui a paralysé les Bné Israël : l’incapacité à sortir de ce cocon bien connu qui s’appelle le désert. Et c’est ce qui nous paralyse dans nos vies à chaque fois que l’on doit passer à l’étape supérieure...

Or, savez-vous que les femmes n’ont ni pleuré, ni paniqué[3] ? Elles ont gardé leur calme, et c’est la raison pour laquelle aucune d’entre elles n’est morte dans le désert et que toutes les femmes de cette génération sont rentrées en Israël. Le commentateur Keli Yakar dit même que si Moché avait envoyé des femmes espionner, et non des hommes, cela se serait terminé en happy-end ! Et non pas de façon si tragique...

Plus encore, contrairement à Freud qui qualifie les femmes de “potentiellement hystériques”, le prophète Isaïe nous dit que les femmes sont plus enclines que les hommes à garder leur calme face aux crises[4]. Quel est le secret des femmes pour garder leur calme ?

Les femmes, de fait de leur forte capacité de Bina (capacité intellectuelle de développement), vont avoir plus tendance à anticiper que les hommes. De fait, elles sont plus inquiètes en général, mais moins prises de panique lorsque les choses ne se déroulent pas comme prévu.
Par exemple, prenons le cas d’une mère qui dépose son enfant à l’école : elle sera probablement plus tendue que son mari lorsque c’est lui qui dépose les enfants. Elle sera en train de penser “pourvu qu’il ne lui arrive rien aujourd’hui”, tandis que le père aura tendance à être plus détendu à ce moment-là. En revanche, si, plus tard dans la journée, la maîtresse appelle la mère pour la prévenir que son enfant s’est foulé la cheville, la mère saura garder son calme plus que son mari, qui va probablement paniquer puisqu’il “n’aura pas vu la chose venir”.

De plus, le Ba’al Hatourim pose la question suivante : comment se fait-il que ces espions, avec une telle stature spirituelle, aient été impressionnés par les habitants d’Israël ? Il répond que c’est à cause de leur côté trop rationnel. Dès lors que l’on essaye de rationaliser, de se pencher sur les statistiques, on va forcément avoir peur. Comme des personnes qui vont entendre parler d’un syndrome et qui vont se renseigner pendant des heures sur celui-ci. Dès qu’elles auront un seul de ces symptômes, elles seront angoissées ! Ou bien les personnes qui ont du mal à s’engager parce qu’elles sont bloquées sur les statistiques décourageantes du taux de divorce...

Le roi David nous dit : “La plus grande intelligence, c’est d’avoir confiance en Hachem”[5].

On ne dit pas qu’il ne faut pas être intelligent ! Mais, dans nos calculs, il faut intégrer une “donnée” fondamentale : celle de l’intervention d’Hachem dans notre vie au quotidien. C’est ce qui va nous donner la force d’avancer.

De plus, nous dit Rabbi Na’hman de Breslev : chaque peur existe pour que nous la transférions vers notre Créateur afin de se rapprocher de Lui. C’est normal à certains moments d’avoir peur, surtout lorsqu’on doit passer une nouvelle étape de sa vie. Mais nos craintes ont un but : être transformées en prières. Comme cette mère angoissée chaque matin quand elle dépose ses enfants, qui devra transformer l’angoisse qu’elle ressent naturellement en tant que mère, en prière : “Je suis si angoissée qu'il lui arrive quelque chose de grave d'aujourd'hui : s’il Te plait, Hachem, protège mon enfant et fais qu’il ne lui arrive rien de mal...”.

Cette Paracha nous donne le remède contre l’immobilisme que pourraient engendrer nos peurs, si légitimes : être capable d’anticiper, mais ne pas chercher à tout rationaliser. Et surtout comprendre qu’il est normal d’avoir peur, mais savoir saisir chaque instant où la peur s’empare de nous pour la transformer en prière et ainsi créer une nouvelle occasion de se rapprocher d’Hakadoch Baroukh Hou.

Inspiré de Yemima Mizrahi


[1] Bamidbar (13,32)

[2] Ta’anit (29, 1) (paraphrasé)

[3] Rachi sur Bamidbar (26,64) : “La punition prononcée à la suite de l’affaire des explorateurs ne visait pas les femmes, parce qu’elles aimaient le pays.”

[4] Isaïe (32,9)

[5] Tehilim (111,1)