Nous approchons de Roch Hachana, la fête où nous couronnons Hachem, où nous Lui mettons le « Kéter Méloukha – le diadème de la royauté ». La Torah réserve aux personnes qui enfreignent les lois d’adultère et les lois de pureté familiale, la peine de Karèt, de retranchement. Notons que les mots כתר (couronne) et כרת (retranchement) sont formés des mêmes lettres. Quel lien unit ces deux notions ?
La Torah présente 36 cas de Karèt, c’est-à-dire 36 interdictions dont l’infraction rend passible de retranchement. Ces prohibitions sont des couronnes destinées aux « enfants de Roi » que nous sommes. Ces diadèmes exigent une conduite noble et princière qui nous lie au Maître du monde.
Quand le fils du monarque refuse de porter cette marque majestueuse, mais aussi imposante et astreignante, il rend manifeste son détachement par rapport à son père et sa rupture avec la royauté.
Un Juif qui refuse d’observer ces commandements formant comme un diadème royal, transforme le « Kéter » en « Karèt », la couronne en peine de retranchement, et il s’extirpe de la noble lignée du peuple d’Israël.
Imaginons qu’un homme marche dans la rue, en pleine nuit et se retrouve soudain plongé dans l’obscurité la plus totale. Pourtant tout est là, les lampadaires sont posés, les câbles semblent bien en place. Mais si le circuit électrique est rompu, toute la ville se retrouve dans le noir, parce que le lien avec la centrale électrique est brisé.
La pureté familiale est la Mitsva, par excellence, qui nous relie à la « centrale électrique », à Hakadoch Baroukh Hou. Une rupture dans ce domaine mène au retranchement, c’est le Karèt dans sa signification profonde.
Et bien sûr, le remède qui s’impose consiste à rétablir le lien, à se remettre en ligne directe avec le Créateur et c’est précisément la tâche qui nous incombe pendant la période que nous traversons.
Dans un précédent article, nous avions rapporté une Guémara affirmant que si les conjoints sont « Zakhou » (méritants / vivent dans la pureté), la Chékhina (Présence divine) réside parmi eux. Et si ’Hass Véchalom, ils ne le sont pas, un feu les dévore.
Puis nous avions posé une question qui était restée en suspens. Comment la Présence divine – spiritualité suprême – consent-elle à « se glisser » entre mari et femme, en dépit du lien charnel qui les unit ? Comment accepte-t-elle de fusionner avec une réalité en apparence si matérielle ?
C’est une idée totalement étrangère aux nations du monde et elle dérange d’ailleurs profondément les non-juifs qui y réfléchissent.
Les nations du monde estiment qu’il est impossible de vivre à un haut niveau spirituel tout en s’affairant à des actes matériels. C’est pourquoi, dans ces peuples, ceux qui aspirent à s’élever spirituellement, prônent l’abstinence et se détachent de tout ce qui touche à la vie conjugale. Soit l’abstinence, soit la permissivité totale.
Or la Torah veut l’inverse ! L’être humain est une composition de matérialité (le corps) et de spiritualité (la Néchama). Et pour arriver à la spiritualité, il n’a pas le choix que d’utiliser son corps.
En effet, toutes les Mitsvot sont effectuées à l’aide de la matérialité. Prenons l’exemple des Téfillin : pour les confectionner, nous avons besoin de lanières en cuir, de parchemin, d’encre et ensuite, il faut un bras sur lequel les enrouler. Il en est de même pour le Chabbath, notre « rendez-vous spirituel » de la semaine. Comment le sanctifie-t-on ? Sur un verre de vin ! Qui plus est, nous avons l’obligation de rendre le Chabbath agréable, profitable – « וקראת לשבת עונג – Tu considéreras le Chabbath comme un délice ». Comment y parvient-on ? En portant de beaux vêtements réservés à ce jour et en mangeant de bons plats. C’est à travers la matérialité que l’on atteint la spiritualité.
Idem pour la fête de Souccot qui approche. Nous ne nous contentons pas de construire une Soucca à l’état brut, composée de 2 murs et demi et d’un Skhakh, mais nous embellissons la Mitsva (Hidour Mitsva) en y ajoutant des décorations, de beaux tissus, des fruits, en mettant des habits de fête, en nous parant de beaux bijoux, en essayant de choisir le plus bel Étrog, etc.
Hachem souhaite que nous utilisions le monde physique pour la spiritualité, élevant ainsi la matière à un niveau sublime.
Le même principe s’applique également à la Mitsva de s’unir entre conjoints (bien évidemment, quand la Halakha le permet et de la façon dont la Halakha le permet). C’est le moment le plus charnel, le plus physique, le plus matériel. Eh bien, si cette matérialité est utilisée à bon escient, c’est précisément elle qui peut mener à la spiritualité la plus sublime, à la Présence divine par excellence.
À Roch Hachana, nous couronnons Hachem et déclarons Son unicité. La Guémara affirme que la personne qui prononce le mot « E’had » longuement, en récitant le Chéma' Israël (déclaration de l’unicité d’Hachem que nous avons l’ordre de faire 2 fois par jour), est récompensée de longévité. C’est une affirmation que l’on peut appliquer au couple dont l’union dure, aux conjoints qui font durer les moments de proximité et qui font tout pour les embellir et les rendre agréables (Hidour Mitsva).
Puissions-nous mériter d’embellir toutes nos Mitsvot et d’être bénis d’une vie longue, belle et en bonne santé.
Kétiva Vé’hatima Tova.
Chana Tova à toutes !





