Cette histoire se déroule à ‘Hévron, plus précisément dans une ruelle désertée de ‘Hévron. Hananel, jeune soldat israélien, fait sa ronde nocturne. Tout semble calme, peut-être justement trop calme. Il a fallu une seconde d’inattention pour que cette nuit calme se transforme en cauchemar pour Hananel. Il venait d’être victime d’un attentat. Un islamiste lui avait tiré dessus à bout portant juste avant de s’enfuir et de le laisser gésir sur le sol, se vidant de son sang.

Il était seul, personne avec lui pour lui porter secours. La rue s’était replongée dans le même calme de la minute précédente, ce silence mortuaire qui n’augurait rien de bon pour Hananel. Il n’y avait pas âme qui vive. Hananel tentait d’appeler au secours, ses lèvres remuaient mais aucun son n’en sortait. Ses heures étaient comptées, sa vie était menacée. Doucement, il sentait ses forces le quitter. La bataille semblait perdue d’avance. Hananel, dans un ultime effort, bascula sa tête sur le côté et c’est alors que dans le brouillard il vit une silhouette lointaine courir vers lui. Il reconnaissait les couleurs de sa fratrie, de son peuple de cœur. On était venu le sauver. En effet, ce soldat qui patrouillait non loin, avait entendu les coups de feu et guidé par son cœur de tsahal, il avait retrouvé Hananel. Il lui prodigua les premiers soins, tout en le maintenant éveillé. Il lui disait des mots d’espoir, des mots d’encouragement. Ces deux personnes qui ne se connaissaient pas une minute plus tôt, étaient devenus des compagnons de guerre qui se battaient main dans la main contre le pire ennemi de l’homme : la mort.

Notre soldat ne ménageait pas ses efforts. Il enchaînait les gestes médicaux de premiers secours peu importe la force physique que certains d’entre eux demandaient. Son frère devait vivre. Puis, l’ambulance arriva. L’équipe médicale prit immédiatement le relais. Hananel était désormais entre de bonnes mains. Pourtant, notre soldat ne se résignait pas à le quitter. Ce combat ultime avait tissé un lien fort entre nos deux combattants. Il devait s’assurer qu’il était hors de danger, qu’il vivrait. Devant son insistance, les ambulanciers, pressés, n’engagèrent aucune négociation. S’il voulait être du voyage, qu’il vienne. Depuis le coin de l’ambulance, laissant les médecins faire leur travail, notre soldat priait et suppliait en silence. Arrivé à l’hôpital, le diagnostic était clair. Hananel devait sa vie à ce courageux inconnu. Sans son intervention in-extremis, Hananel n’aurait pas survécu à ces lourdes blessures.

Quelques instants plus tard, les parents de Hananel arrivèrent à l’hôpital. Il était temps pour notre soldat de s’éclipser.

Pendant de longues semaines, les parents de Hananel tentèrent de retrouver le soldat pour lui dire combien ils lui étaient reconnaissants, pour serrer dans leurs bras le héros qui leur avait restitué le bien le plus précieux qu’ils possédaient : leur fils. Cette reconnaissance et cet amour qui restaient sans destinataire, hantaient ce couple. Ils ne pouvaient pas ne pas connaître leur sauveur. Aussi, ils décidèrent d’imprimer une affiche relatant cette histoire et demandant à quiconque connaîtrait des détails sur ce qui s’était passé dans cette rue déserte de Hévron, de venir les trouver au plus vite. Ils ont accroché ces affiches en évidence dans plusieurs commerces, et notamment sur la devanture de leur épicerie de Kiryat Malahi.

Malheureusement, ces appels sont restés sans voix et personne ne savait. Le couple, qui s’était résigné à admirer un inconnu, à continuer à prier pour que D. protège X fils de X, avait néanmoins décidé de laisser cette affiche suspendue sur le mur de leur épicerie, comme un diplôme, quelque chose que l’on est fier de partager avec le monde entier.

Puis, un jour, contre toute attente, une dame poussa la porte de ce commerce pour y faire ses courses. Arrivée à la caisse, elle lut et relut la petite affichette. Elle savait.

Emue aux larmes, la voix tremblante, elle se dirigea vers Sarah, la maman de Hananel « Madame, je connais le soldat qui a sauvé votre fils. C’est mon fils Yonathan. »

L’émotion était palpable. Les larmes, les fous rires, les étreintes s’enchaînaient. Nos mamans étaient submergées par tant de sentiments entremêlés. Elles voulaient parler mais elles n’y arrivaient pas. Quel mot aurait pu décrire avec exactitude la force de leurs sentiments actuels. Aucun ! Elles restaient muettes et pleuraient dans les bras l’une de l’autre. Leurs cœurs de mamans se comprenaient.

Puis elles reprirent leurs esprits. Sarah ne voulait qu’une seule chose : connaître son bienfaiteur et lui dire tout ce qu’elle avait enfoui dans son cœur depuis ce fameux jour à l’hôpital. Elle avait perdu espoir de mettre un visage sur cet ange venu du ciel, et pourtant, ce jour était arrivé. Chira, la maman de Yonathan, passa un coup de fil à son fils et quelques heures plus tard les deux familles liées par le lien de la vie, faisaient enfin connaissance. Quel bonheur !

Mais cette merveilleuse histoire ne s’arrête pas là. Chira détenait une information supplémentaire, une information émouvante, capitale. Hachem tissait la toile de cette histoire bien plus longtemps avant que ce qu’il n’y paraissait. Chira se leva et demanda discrètement à Sarah de la suivre dans un coin un peu plus retiré. « Cela fait plusieurs heures que vous me dites merci, cela fait plusieurs mois que vous m’êtes reconnaissante, mais moi ça fait précisément 22 ans que je vous bénis. Vous ne me reconnaissez pas mais ce n’est pas la première fois que je viens dans votre épicerie. Il y a 22 ans j’ai poussé cette même porte. A l’époque j’étais enceinte de mon fils Yonathan, mais j’étais jeune et traversais alors une phase très difficile de ma vie. J’avais décidé d’avorter, je ne pouvais pas rajouter une « galère » supplémentaire. Vous étiez également enceinte, de Hananel je devine aujourd’hui, vous resplendissiez de bonheur. Me voyant troublée et inquiète, vous avez gentiment entamé la conversation. Je me sentais en confiance et vous fis part de mes intentions quant à cette grossesse. Il n’en était pas question. Vous m’avez tout d’abord comprise et sans me juger, vous m’avez parlé, convaincue, conseillée et surtout vous m’avez fait réaliser le bonheur immense à côté duquel j’allais passer. Quand je suis sortie de votre épicerie, j’étais transformée, je voyais à nouveau une lueur d’espoir, je voulais croire en un avenir meilleur avec et grâce à ce bébé. Je garderais cet enfant, je voulais être maman. Sarah, vous vous êtes battue pour sauver mon enfant. Et aujourd’hui Mida kénégued mida, Hachem s’est battu pour sauver le vôtre. Pour chacune de vos paroles pour me convaincre, Hachem a fait en sorte que Yonathan parle à Hananel pour le convaincre de se battre et de vivre, pour chacune de vos étreintes, Hachem a donné la force à Yonathan de maintenir le cœur de Hananel en vie par des gestes médicaux qui nécessitaient une grande force, pour chaque minute que vous avez passé à m’écouter, Hachem a fait en sorte que Hananel ne soit jamais seul que ce soit dans l’ambulance, à l’hôpital … Combien D. est bon et juste ! »

Cette journée fut une journée riche en émotions et en reconnaissance, reconnaissance envers le soldat, reconnaissance envers les parents de Hananel, mais surtout reconnaissance envers le Créateur du Monde, qui orchestre son monde avec tant de miséricorde. Béni soit-Il.