« Qui est-ce ? ». « Je suis untel, j'aimerais parler à votre papa ». Le papa : « Dis-lui que je ne suis pas là ! ». « Désolé, mon papa n'est pas là ! ». Si vous faites partie de ceux qui connaissent ce scénario, et bien sachez que ce comportement est le meilleur moyen de faire de vos enfants des menteurs ! Des menteurs ? Oui, des menteurs. Car le fait de leur enseigner : « Il ne faut pas mentir » ou « Il faut toujours dire la vérité » ne suffit pas pour les éduquer à la vérité. Ce qui va être à l'origine de construire chez nos enfants une personnalité « d'homme de vérité », c’est l'exemple personnel de leurs parents, qui eux étaient collés à cette Midda. La paracha de cette semaine vient d’ailleurs nous mettre en garde de l’importance de s’éloigner le plus possible du mensonge, qui est détesté par Hachem, comme il est écrit : « Tu t'éloigneras de tout mensonge » [1]. Et dans les Téhilim du roi David il est dit : « Celui qui profère des paroles mensongères ne pourra se trouver en Ma présence » (Nos Sages comparent également le menteur à un idolâtre !)

La vérité : l’essence du Juif !

L’Admour de Sakolan était un très grand Juste, qui a investi une grande partie de son temps dans la Mitsva du « rachat des prisonniers » de Roumanie, le pays dans lequel il était la lumière de la communauté juive, tellement affaiblie par l'antisémitisme qui y régnait. Quand il arriva aux États-Unis, il se mit à récolter des fonds pour continuer à libérer ces pauvres Juifs, qui attendaient avec impatience de sortir de l'enfer dans lequel ils se trouvaient. Pour en faire sortir un de prison, cela nécessitait un montant de 25.000 dollars, ce qui représentait, à l'époque, une énorme somme d'argent ! Sans compter les risques considérables que prenait le Rav pour faire parvenir cet argent à destination. Un jour, celui-ci apprit une nouvelle qui le fit tomber malade : un des envoyers auquel il avait confié l'argent l'avait trahi, en volant la totalité de la somme. La peine qu’il éprouva pour le prisonnier qui allait continuer à subir de terribles souffrances était tellement grande, qu’il s’est retrouvé dans un lit d'hôpital !

Et voilà que tard dans la nuit, son fils qui était resté avec lui pour veiller sur son état de santé, remarqua que son papa n'était pas dans son lit. Il était en train de tourner en rond dans la pièce et semblait particulièrement perturbé. « Papa, pourquoi tu ne vas pas dormir ? », lui demanda-t-il. « Je ne suis pas capable de dire la prière que l’on prononce avant de se coucher. Je commence à ouvrir ma bouche en disant : « Je pardonne à tout celui qui m'a mis en colère ou qui a fauté contre moi, et dans mon cœur je ressens que je lui en veux toujours, je n'arrive pas à lui pardonner ». Alors, c'est du mensonge ! Et il est interdit de mentir ! Mais, d'un autre côté, comment puis-je m'endormir en gardant de la rancune contre quelqu'un ? ».

C'est pour cela que le Rav resta réveillé jusqu'à ce qu'il se sentit capable d'effacer toute rancune de son cœur ! Quelle grandeur ! Quel personnage de vérité !

C'est exactement ce qu’Hachem attend de nous : de Le servir sincèrement, pas de façon superficielle. Le roi David, dans son livre de Téhilim, vient confirmer cet enseignement si précieux : « Eternel, qui séjournera sous Ta tente ? Qui habitera sur Ta montagne sainte ? Celui qui marche intègre, pratique la justice et dit la vérité de tout son cœur » [3].

L’essence du Juif est de reconnaître la vérité, comme on le voit dans le mot Yéhoudi (Juif), dont la racine est la même que celle de “Léhodot”(reconnaître).

Yéhouda, après l’acte qu’il a commis avec Tamar, sa bru, a reconnu la vérité en disant : « C’est elle qui a raison », même si cela représentait pour lui de la honte, un rabaissement surtout par rapport à son rang si élevé puisqu’il était roi.

Une seule exception à la règle : le chalom !

Quand l’ange est venu chez Sarah pour lui annoncer l'imminente naissance de son fils Its’hak, sa réaction fut de rire (en effet, elle était alors âgée de 90 ans, et son époux Avraham de 100 ans). Elle pensa dans son cœur : « Mon mari est tellement vieux ! ». Mais au moment où Hachem vint rapporter les paroles de Sarah à Avraham, Il lui dit : « Elle a dit : je suis tellement vieille! ».

Nos Sages nous enseignent que l'Éternel modifia la réalité pour éviter de provoquer une lésion dans le chalom de leur couple ! De là on apprend que l'union entre un homme et sa femme est une valeur suprême qui dépasse toute autre valeur.

A ce sujet, l’Eternel ordonne également d’effacer Son nom pour le chalom, alors que cela représente une interdiction de la Torah ! Nous voyons d'ailleurs que lorsque les scribes (qui écrivent les Téfilines, les Mezouzot,...) font une erreur au niveau du nom d’Hachem, ils n'ont pas le droit de l'effacer. Ils doivent racler le morceau de parchemin sur lequel l’erreur a été faite, sans abîmer aucune lettre !

L’entente dans le couple est la condition sinéquanone pour que la présence divine puisse y résider. La présence divine, cela veut dire la brakha, la réussite, la protection pour toute la famille. Je ne suis pas en train de vous promettre que les épreuves disparaîtront. Bien sûr que non ! L'épreuve fait partie intégrante de la vie du Juif, c'est ce qui le projette à des niveaux supérieurs.

Par contre, Hachem est parmi nous et nous aide à passer les épreuves sans tomber, sans se décourager, Il nous éclaire dans notre parcours qui est parfois si obscur. Y a-t-il quelque chose qui a plus de valeur que le soutien du Maître du monde ?

Alors, investissons-nous à réjouir notre conjoint même au prix de concessions, car l'harmonie nous évitera beaucoup, beaucoup de soucis !

Chabbath Chalom à toutes !

 

[1] Michpatim (Chapitre 23, verset 7)

[2] Téhilim 15