Noa’h était un homme juste et intègre qui avait trois fils : Chem, ‘Ham et Yafète. Mais la terre s'était corrompue devant D.ieu et remplie de violence, comme il est écrit : “Et D.ieu dit à Noa’h : le terme de toutes les créatures est arrivé devant moi car la terre est remplie de violence” [1]. D.ieu annonça donc à Noa’h sa décision de détruire l'humanité...

Il lui demanda de construire une arche pour le contenir lui, sa famille, ainsi qu'un couple de chaque espèce animale peuplant la terre, et toute la nourriture nécessaire. 

Les fautes commises envers l'autre : plus graves qu’envers Hachem ?! 

Quand la Torah nous dit que la terre était remplie de violence, de quoi parle-t-on ? Quelles étaient les fautes de la génération ?

Nos sages rapportent que l'humanité a fauté par deux sortes de fautes au début de la création :

1- Les fautes de l'homme envers son prochain (ben Adam La’havéro)

2- Les fautes de l'homme envers Hachem (ben Adam Lamakom)

La génération du déluge était accusée de vol et de relations interdites, alors que la génération qui a suivi celle du déluge a fauté en voulant s'insurger contre Hachem, et construisit une tour dont le sommet atteignait le ciel. 

Si on nous posait la question : qu'il y a-t-il de plus grave entre fauter contre son prochain ou contre Hachem ? On aurait sûrement répondu : envers Hachem, le Maitre du Monde !

Mais en regardant les punitions qu'ont reçu les deux générations, on voit que fauter contre son prochain semble bien plus grave aux yeux d'Hachem que de fauter envers Hachem Lui-même... 

En effet le déluge a causé la disparition complète de tout être vivant alors qu’Hachem s’est contenté de disperser les constructeurs de la tour sur toute la terre. Pourquoi ces derniers ont-ils été punis d'un moindre châtiment ?

La Torah nous dévoile ici le secret, qui est un véritable enseignement de vie…

“Le Seigneur descendit sur la terre, pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils de l'homme et Il dit : voici un peuple uni, ayant tous une même langue” [2].

Rachi nous enseigne que c’est cette force de l'Union qui leur a donné le mérite de rester en vie, car l'amour du prochain est une condition sinequanone pour bénéficier de la protection divine !

Rav Yossef Chaoul Natanzon zatsal, apporte une explication au travers d'une parabole :

Un cormoran plongea sa tête dans la mer et attrapa dans son bec un poisson qu’il s'apprêtait à avaler lorsqu’il l’entendit gémir, pleurer et supplier de l'épargner : “Je t'en prie ! Ne me tue pas ! Ne détruis pas une innocente créature de Dieu !”. Mais tout en le suppliant le poisson ouvrait largement sa bouche afin d'attraper lui-même des petits poissons… L'oiseau lui dit alors : “Je vois que tu es un malin… Tu manges ton frère, et moi tu ne me laisses pas te manger !”. De la même façon, pour la génération du déluge, en réalité ils commirent des actes bien plus graves que le vol. Cependant Hachem, dans son attribut de miséricorde, eut pitié d'eux jusqu'au moment où il vit que eux-mêmes n'avaient pas pitié les uns des autres. D.ieu considéra alors qu'ils n'avaient plus droit à la miséricorde divine...

Le Chalom : condition obligatoire pour mériter la présence divine !

Y a-t-il une plus grande souffrance pour un père que de voir ses enfants se battre ? Ou au contraire une plus grande joie pour lui que de voir ses enfants s'aimer et se respecter ?

Il est écrit à la fin de la prière de la Amida que Hachem bénira son peuple par le Chalom (la paix). Le Chalom est le meilleur réceptacle pour recevoir la brakha (bénédiction). Nous demandons tellement de choses dans nos prières… Hachem, Donne nous la santé ! Donne nous la parnassa, la réussite dans l'éducation de nos enfants, dans notre mariage ! Donne nous le mérite de monter en Israël, etc.

Il faut savoir que lorsqu’on s’investit pour le Chalom, lorsqu'on fait des concessions pour le Chalom, lorsqu'on “laisse passer” pour le Chalom, alors on permet à la présence divine de résider entre nous !

Hachem est UN (en hébreu “é’had”), et Il ne peut descendre que là où “on est UN”.

Dans le Talmud, il est écrit : “Un homme et une femme méritants, la présence divine se trouve entre eux ! S'ils ne sont pas méritants, le feu les dévorera”.

Comment mériter la présence divine ? 

Le Rav Azriel Tauber, dans son livre “Pirké Ma’hchava”, compare l'homme et la femme dans leur maison aux Cohanim dans le Beth Hamikdach. Que faisaient ces derniers ? Ils découpaient les bêtes et utilisaient leurs membres pour les sacrifier sur l'autel. C’est de cette manière qu’étaient pardonnées les fautes des enfants d'Israël. 

Pour arriver à l'Union, qui est l'objectif du mariage, les conjoints doivent sacrifier leurs mauvaises Midot (traits de caractère) qui proviennent de leur “Nefesh Habéhémit” (côté animal), comme l'orgueil, l'égoïsme, la paresse… Et ils doivent faire preuve d'humilité en se penchant chacun sur son conjoint, et en développant une véritable volonté de le rendre heureux.

Le rav Dessler nous enseigne que le don emmène à l'amour. En d'autres termes pour aimer il faut donner. Mais que faut-il donner ? Est-ce que tout don contribue à la création de l'amour ?

Et bien non... il faut donner ce que l'autre a besoin de recevoir ! Et cela demande l'effort d'écouter vraiment, pas seulement avec les oreilles, mais aussi avec le cœur. Et c'est de cette manière, et seulement celle-là, que l'on s’unira et que l'on dévoilera la parcelle divine que nous détenons en nous…

Chabbath Chalom à toutes !

[1]  Chap. 6, Verset 13

[2]  Chap. 11, verset 5-6