Mesdames, le moment que vous attendiez toutes impatiemment est enfin arrivé ! Cirer les murs, curer les toilettes, scruter chaque petite miette que votre enfant aurait eu le malheur d’égarer… que de plaisirs ! Mais vous êtes-vous déjà demandé quel était le sens de ce ménage et récurage ? En effet, il va sans dire que la fête de Pessa’h regorge d’une profondeur et d’un sens incommensurables. Examinons-les de plus près.

D’abord, ce n’est pas pour rien que la fête de Pessa’h est considérée comme la naissance du peuple juif, soit celui de son avènement et de sa consolidation. La sortie d’Égypte et le don de la Torah qui s’ensuit symbolisent l’alliance éternelle faite entre Hachem et Son peuple ; nous sommes les ambassadeurs et ambassadrices de D.ieu Lui-même… vous imaginez ?!

Ensuite, la fête de Pessa’h n’est autre que l’opportunité ultime pour cerner et éradiquer notre égo, élément qui constitue la plus grande entrave à notre relation avec le Maître du monde ainsi qu’avec notre entourage. En effet, le mot ‘Hamets en hébreu - qui comprend toutes les formes de levain de blé, d’orge, d’avoine, d’épeautre et de seigle - comporte les lettres ‘Hèt, Mem et Tsadik. Le ‘Hèt est entièrement fermé sur le dessus, ce qui est apparenté à l’égo. À l’inverse, le mot Matsa est constitué des mêmes lettres, sauf qu’au lieu d’un ‘Hèt, l’on y trouve un , qui comporte une ouverture. Pessa’h, c’est l’ouverture à soi et à Hachem. C’est parvenir à éradiquer son égo… pensez qu’à chaque miette de pain que vous traquez, c’est en fait votre sentiment de supériorité que vous cherchez à combattre. Pour toutes les fois où vous avez refusé de pardonner à votre belle-mère, ou bien que votre copine vous a dit un mot de travers, ou encore que vous avez empêché la voisine de palier d’agrandir son appartement, et j’en passe…

Finalement, le dernier point central de Pessa’h repose sur l’interrelation entre la liberté et la Guéoula (délivrance). Le soir du Séder, nous buvons quatre coupes de vin. Le commentaire sur les premiers versets de la Haggada nous révèle que les deux premières symbolisent la liberté, et les deux dernières, la Guéoula. Mais qu’est-ce que la liberté ? Le dictionnaire propose les définitions suivantes : « Absence de contraintes » ou bien « état d’un individu qui n’est pas soumis à la servitude ». Ces dernières sont certainement partiellement vraies, mais nous, les juifs, avons le vrai dictionnaire : la Torah. Et cette dernière nous révèle que la vraie liberté, c’est d’être le serviteur d’Hachem, la Seule et Unique source de vérité dans ce monde. Afin d’atteindre cette vraie liberté, à nous de faire le point sur tous les éléments de notre vie desquels nous sommes esclaves : téléphones, timidité, colère, impatience… tous sont différents pour chacun !

Ainsi, il est évident qu’une fois que nous avons atteint cette liberté, soit celle d’être les serviteurs d’Hachem et de respecter Sa Torah comme il se doit, alors la Guéoula viendra ! C’est pour dire à quel point liberté et Guéoula sont intimement liées ! La fête de Pessa’h affirme la transition entre esclavage et liberté, entre asservissement et destruction de nos « menottes » spirituelles. Si Roch Hachana requiert une introspection sur les fautes commises au courant de l’année, Pessa’h demande une remise en question sur toutes les formes d’esclavages auxquelles nous sommes assujettis. À nous de reconnaître lesquelles nous concernent, et d’y travailler !

En somme, souvenez-vous bien que lorsque vous êtes à la recherche de chaque miette de pain, vous permettez à votre Nechama de prendre le dessus sur votre égo ! La fête de Pessa’h célèbre notre liberté et l’avènement prochain de la Guéoula, et liberté et Guéoula sont intimement liées, puisqu’une fois que nous nous sommes défaits de toutes ces chaînes spirituelles, nous serons prêts à accueillir la rédemption tant attendue. Alors mesdames, si vous voulez que Machia’h vienne, défaites-vous de toutes ces contraintes spirituelles que vous vous imposez à vous-mêmes ! Libérez-vous ! ‘Hag Saméa’h.