« Tout amour qui dépend d'une condition, lorsque la condition n’est pas remplie, l'amour cesse ; mais si (l’amour) ne dépend de rien, il ne cessera jamais. » (Pirké Avot 5, 16)

En quoi le fait de conditionner l’amour est-il quelque chose de si néfaste ? Et pour quelles raisons est-il si important de ressentir l’amour inconditionnel envers nos parents, enfants, conjoints et évidemment Notre Créateur ?

Depuis l’enfance, nous avons appris que si nous faisons ou disons telle ou telle chose, ou si nous nous comportons de telle ou telle façon, nous serons aimés. Cela commence à l’âge de 6 ans dans la cour de récréation avec cette phrase malheureusement trop commune : « Donne-moi ton bracelet et je serai ta meilleure amie pour la vie », puis cela continue entre parents et enfants : « Si tu es sage pendant que maman est en rendez-vous, je serai très fière de toi et je t’achèterai la poupée que tu me réclames depuis des semaines », et généralement le scénario se répète à l’infini jusqu’à l’âge adulte où cette même jeune femme fait toujours tout pour satisfaire son entourage aux dépens de sa propre volonté, sa propre opinion ou ses propres capacités, parce qu’elle se dit : « Si je veux être aimée, il faut que je fasse, il faut que je dise, il faut que … »

Et c’est ainsi que notre société crée des robots dépourvus de vrais sentiments, frustrés et aigris. Ces personnes se rendent indéfiniment disponibles pour l’autre même quand elles ne le peuvent ou ne le souhaitent pas, car elles ne veulent pas risquer d’être privées d’amour ou du moins de cette « récompense sentimentale » qu’elles croient être de l’amour.

Il est évident que chaque relation basée sur un sentiment, quel qu’il soit, voit sa raison d’être dans un élément extérieur. La personne a pu être attirée par son future conjoint pour sa beauté, son charisme ou son élégance, mais si la relation se base uniquement sur cette raison externe, elle ne tiendra ni dans la durée ni dans l’intensité, car l’extérieur change au fil des saisons. La jeune fille quant à elle ne gardera pas sa taille de guêpe et son teint de pêche indéfiniment ; ainsi, si son mari l’a choisie uniquement pour ces deux éléments, son amour pour elle se ternira au fur et à mesure que ses jupes s’élargiront et ses rides se creuseront. Les Pirké Avot appellent cet amour « l’amour d’Amnon pour Tamar », un amour conditionnel éphémère. Amnon aimait Tamar pour sa beauté et pour rien d’autre.

Il est naturel et sain d’être attiré physiquement par son partenaire mais l’amour, le vrai, ne doit pas s’en tenir qu’à cela si nous voulons qu’il dure et qu’il résiste aux épreuves de la vie, car c’est là le but de ce sentiment. En effet, vous avez déjà dû ressentir cela vous-mêmes : lorsque nous traversons des moments difficiles, lorsque nous nous sentons moins forts, physiquement ou moralement, lorsque notre corps s’affaiblit ou notre confiance en nous s’estompe, lorsque les doutes nous envahissent, c’est précisément à ce moment-là que nous avons besoin d’une double dose d’amour et de réconfort de la part de la personne la plus proche de nous (notre parent, notre conjoint, notre enfant, etc.). Il s’agit là d’un amour inconditionnel. Même lorsqu’on n’a plus rien à donner (beauté, force, services à rendre, argent à prêter), on doit encore espérer recevoir de l’amour.

Cet amour inconditionnel est pur et fort, et qui plus est, il est possible et a déjà existé. C’est l’amour qu’il y avait entre David et Yonathan. Yonathan aimait tellement David qu’il accepta avec plaisir qu’il monte sur le trône à sa place. Imaginez-vous : cela signifiait pour lui renoncer à la royauté et à toutes les richesses, les honneurs et privilèges qui l’accompagnent et continuer d’admirer et d’aimer sincèrement la personne qui bénéficie de tout ce lot à sa place. Cela paraît inconcevable et pourtant c’est exactement ce que fit Yonathan envers David.

En tant que femmes et mamans, nous devons nous efforcer de ressentir cet amour inconditionnel envers nos conjoints, parents, et enfants. Nous ne devons pas instaurer un chantage affectif au sein de notre foyer, car cette méthode n’est pas saine, elle déçoit et blesse les personnes qui nous sont les plus chères. Je ne dois pas plus aimer mon enfant au moment où il est sage, ou plus aimer mon parent au moment où il me donne un coup de main car de cette manière, on en viendra à ne plus les aimer le jour où par manque de temps, de moyens, ou pour n’importe quelle autre raison, ils ne pourront plus combler nos attentes. Ce serait tellement triste d’en arriver à cette situation, et nous serons les premières à en souffrir !

Cet amour inconditionnel, nous devons surtout et avant tout l’éprouver envers Notre Créateur. Nous ne devons en aucun cas développer un amour « intéressé » à Son égard, ne pas L’aimer uniquement pour les enfants qu’Il m’a envoyés, les portes qu’Il m’a ouvertes ou les prières qu’Il a exaucées en ma faveur. Car qu’en sera-t-il le jour où nos requêtes ne seront pas écoutées ? Ou la vie sera plus difficile ?

Nous devons aimer Hachem quoiqu’il arrive, L’aimer de façon inconditionnelle et intemporelle. Nous pouvons L’aimer pour ce qu’Il nous donne mais nous devons surtout l’aimer pour ce qu’Il ne nous donne pas, car nous devons avoir l’intime conviction que tout ce qu’Il fait, est pour notre bien. Nous devons tout simplement L’aimer sans réfléchir, sans comprendre, sans comparer ou même mesurer. Et c’est grâce à cet amour profond et désintéressé que nous vivrons une existence paisible et heureuse.