Yossef a été vendu en esclavage par ses frères, et, par un retournement de situation invraisemblable, se retrouve à la tête de l’Égypte treize ans plus tard. Il attend impatiemment le moment où ses frères vont venir le retrouver en Égypte. En effet, il y a une famine dans toute la région, y compris en Canaan, là où les frères de Yossef demeurent avec leur père, et l’Égypte reste le seul endroit de toute la région qui regorge de denrées alimentaires. Le jour tant espéré pour Yossef arrive et il s’arrange pour que ses frères se retrouvent face à lui dans son palais. Puis, une longue période de tension insoutenable s’ensuit, où Yossef teste la sincérité de ses frères quant à savoir s'ils regrettent leur acte (rappelons qu’ils l’avaient vendu comme esclave 22 ans auparavant). Et là, soudain, Yossef se révèle enfin à eux : “Je suis Yossef, mon père est-il encore vivant ?[1] ”.
Pour les frères de Yossef, le choc est puissant à tel point qu’ils en tombent à la renverse. Après avoir repris leurs esprits, il les rassure en leur disant qu’il comprend que ses frères avaient été mus par de nobles considérations, qu’ils pensaient que leur acte était juste, et qu’à ce titre il leur pardonne. Yossef tombe dans les bras de son frère Binyamin, qui n’avait pas pris part à cette vente effroyable et qui était son frère le plus proche, le seul fils de Ra’hel parmi tous les frères. Après cette longue étreinte chargée d’émotion, Yossef embrasse ses frères l’un après l’autre, le visage inondé de larmes.

Avant de se remettre en route pour rentrer chez eux chercher leur père et le reste de la famille, les frères rencontrent Pharaon, revêtu de beaux habits. Ces habits leur avaient été donnés en cadeau par Yossef et venaient ainsi confirmer qu’il leur avait accordé son pardon véritable. Ils quittent la terre d’Égypte, direction Canaan, avec pour mission d’annoncer à leur père Ya’acov cette nouvelle stupéfiante : Yossef est vivant !

Pendant toute la route, ils se demandent comment ils vont s’y prendre pour lui faire cette annonce. Après 22 ans de désespoir quant au sort de Yossef, il allait apprendre que son fils chéri était vivant et roi d’Égypte ! C’est en effet, certes, une bonne nouvelle, mais ils craignent de provoquer à leur père une émotion trop brutale qui lui assurerait un choc fatal, vu son âge et sa fragilité.

En arrivant sur place, Sera’h, la fille d’Acher, vient à leur rencontre. C’est une petite fille douce et très talentueuse : elle sait jouer de la harpe à merveille.

-       Bienvenue, papa, comme je suis contente de te retrouver !

-       Moi aussi, tu m’as manqué ma fille.

Puis, une idée originale traverse l’esprit d’Acher :

-       Écoute ma chérie, j’ai une mission à te confier. Mais d’abord, il faut que je te fasse part d’une nouvelle incroyable : mon frère Yossef est vivant ! Il est roi d’Égypte, il est marié avec Osnat, une jeune femme de notre famille, et il a deux enfants : Ephraïm et Menaché.

-       Ce n’est pas possible… Je suis stupéfaite : nous pensions qu’il était mort…

-       Maintenant, j’ai une idée : je voudrais que tu prennes ta harpe et que tu ailles jouer de la musique à Papi Ya’acov, comme tu sais si bien le faire. Lorsque tu joueras, tu chanteras doucement une mélodie à Papi pour lui annoncer que Yossef est vivant pour qu’il se fasse doucement à cette idée. Lorsque nous lui annoncerons la nouvelle pour de bon, il se sera inconsciemment préparé à cette idée.

Et c’est ce que fait Sera'h : sans perdre un instant, elle prend sa harpe et se dirige vers son grand-père pour lui jouer de la musique. En même temps qu’elle joue, elle chantonne doucement une chanson qui raconte l’histoire d’un enfant arraché aux siens et dont le père pensait qu’il avait été dévoré par une bête sauvage. Elle raconte que cet enfant a grandi et que pendant toute cette épreuve loin des siens, il a gardé sa Emouna (foi en D.ieu) et sa confiance en Hachem. Puis, le refrain vient : “Od Yossef ‘Haï ! Od Yossef ‘Haï ! Od Yossef ‘Haï !” : Yossef est vivant.

Pour la première fois depuis 22 ans, Ya’acov est submergé par une émotion positive qui balaye son coeur du désespoir qui l'habitait depuis si longtemps.

Les frères viennent à la rencontre de leur père, et Yéhouda, auquel Acher avait rapporté la manière dont Sera’h avait préparé Ya’acov, lui annonce enfin la nouvelle : Yossef, que tu pleures depuis tant d’années, est vivant ! Il dirige l’Égypte et il est toujours empreint de Emouna et est resté, plus que jamais, proche de D.ieu.

Ya’acov s'évanouit en entendant la nouvelle, mais, grâce à Sera'h, a pu tenir le choc, puis se réjouit dès qu’il reprit ses esprits. Il dit : “Son prestige et sa puissance ne m’intéressent pas : je veux seulement contempler son visage et y voir son intégrité… Et je serai heureux d’avoir revu mon fils avant de mourir.”

Il voulait remercier Sera’h de lui avoir annoncé cette nouvelle de façon si douce, si pure. Ainsi, il la bénit d’une bonne et longue vie.

Cette Brakha de Ya’acov ne restera pas sans effet, puisque la Torah mentionne le nom de Sera’h parmi les Bné Israël qui vont sortir d’Égypte, 210 ans plus tard ! C’est en effet elle qui va certifier que Moïse est bien l’envoyé de D.ieu pour libérer le peuple juif de l’esclavage en Égypte, c’est elle qui va montrer à Moïse où sont les ossements de Yossef pour qu’il puisse être re-enterré en Israël. Puis, encore quelques années après, lorsque les Bné Israël feront leurs pérégrinations dans le désert, Rachi[2] nous certifie qu’elle est encore vivante !

Selon une autre tradition, Sera’h a vécu jusqu'au moment de la destruction du premier Beth Hamikdach, et elle faisait partie des exilés de Babylone. Avec beaucoup d'autres juifs, elle s'est installée en Iran, où elle est morte et a été enterrée. Selon cette tradition, sa tombe se trouve encore dans le cimetière juif perse d’Isaphan.

Dans le Talmud, Rabbi Yonathan ben Ouziel dit qu’elle est entrée vivante au Gan Eden par le mérite d’avoir annoncé une bonne nouvelle à Ya’acov.

De Sera’h, nous pouvons apprendre une chose essentielle : celui qui annonce de bonnes nouvelles à son prochain, c’est-à-dire qui prononce toujours des paroles douces et positives, mérite de grandes bénédictions. Nous avons toujours le choix dans nos sujets de conversation : on peut choisir de parler du dernier attentat qui a eu lieu dans un pays lointain ou bien annoncer que des attentats sont déjoués de façon miraculeuse en Israël chaque jour !
C’est notamment plus important lorsque l’on parle avec les personnes âgées qui sont souvent fragiles et dont l’humeur fluctue en fonction des conversations qu’ils entretiennent avec leurs proches. Dans ce sens, le Ben Ich ‘Haï dit que le respect des parents et grands-parents tient surtout au fait de leur annoncer de bonnes nouvelles et d’entretenir avec eux des sujets de conversation qui soient agréables et rassurants.

Sera’h nous transmet également un message fabuleux concernant la musique. Cet art peut être utilisé pour réconforter quelqu’un qui se sent triste. Ce n’est pas pour rien que le Roi David a utilisé la harpe, le même instrument que Sera’h, pour calmer les mélancolies de Shaoul. Et lorsque lui même fut nommé roi, s’il arrivait qu’il soit pris d’une angoisse, on lui amenait à lui aussi un joueur de harpe. Sera’h savait ainsi utiliser ses talents et en faire un moyen de ‘Hessed avec ses proches.
C’est ce qui lui a valu un Chem Tov, une bonne renommée, pendant toute sa (très) longue vie !

Que nous ayons le mérite de suivre les leçons de Sera’h : de choisir toujours de bonnes nouvelles à annoncer à nos proches et de faire profiter les autres de nos talents uniques.
Et que, par ce biais, nous méritions toutes les belles bénédictions qu’elle a reçues !



[1] Berechit (45,3)

[2] Bamidbar (26,46)