Quand l’Éternel se révèle à Moché Rabbénou, pour la première fois, au buisson ardent, Moché demande à l’Éternel quel est Son Nom. L’Éternel répond : « Je serai Celui que Je serai » (Chémot 4, 14). La Transcendance s’inscrit au-delà du temps, puisqu’elle est éternelle. La première expression signifie qu’Il sera avec Israël dans toutes leurs souffrances. À Moché qui objecte qu’il ne faut pas parler au peuple de souffrances ultérieures, l’Éternel répond : « Je serai toujours avec Israël » (ibid.). Dans cette deuxième réponse à Moché, le verbe exprimant l’EXISTENCE divine n’est utilisé qu’une seule fois. Ici se situe la rencontre entre l’ABSOLU et le relatif. L'Éternité du Tout-Puissant ne peut être comprise par la créature, qui, par hypothèse, s’inscrit dans l’éphémère. Aussi, l’Éternel répète une seconde fois le verbe exprimant l’existence, car ce n’est que DANS le temps que l’homme peut comprendre Celui qui se situe au-delà du temps. « Je suis au-delà du temps, mais J’aiderai toujours le peuple d’Israël dans la création ». Telle est la signification profonde de ce dialogue du créé avec le Créateur. L’être éternel est révélé en deux mots qui présentent Son existence, mais Son existence dans le monde n’est révélée qu’une fois, pour que l’éphémère comprenne l’Éternel, le permanent.
Ainsi faut-il comprendre le dialogue de Moché avec l’Éternel. Le Tout-Puissant révèle à Moché le rôle du peuple d’Israël quand Il définit à Moché la façon dont il doit se présenter à Israël : « le D.ieu d’Avraham, le D.ieu d’Its’hak, le D.ieu de Ya'akov m’a envoyé vers vous ». La révélation aux patriarches, le passé, garantit l’intervention divine, à chaque époque, dans le passé comme dans l’avenir. Pour Moché Rabbénou, l’homme qui a eu la proximité la plus claire avec le Créateur, ce fut, d’abord difficile de comprendre le Maître du monde. Le créé est multiple, il lui est difficile de comprendre l’UN.
Ici, se situe la distinction entre Israël et les nations. Les nations sont le multiple, Israël doit être le reflet de l’unité. Cette opposition entre le pluriel et le singulier explique toute l’histoire d’Israël : la haine, la jalousie, le désir d’assimilation sont dus au désir de détruire le reflet de l’unité. Ce fut la tentation de Babel, et, à chaque époque, le rôle d’Israël est de connaître et aussi de refléter Celui qui EST. La révélation au Sinaï a commencé avec la scène du buisson ardent. Les nations, comme le multiple, grandissent, apparaissent éternelles, mais leur survie s’inscrit dans l’éphémère. Relisons l’histoire de l’humanité, et c’est ainsi que l’on doit comprendre l’errance des nations dans le temps.
Ce n’est pas par insuffisance ou par incrédulité que Moché n’a pas compris la première révélation, et c’est pour cette raison que l’existence divine (le verbe ÊTRE en hébreu) se cache derrière la multiplicité. Pharaon dit à Moché : « Le NOM de ton D.ieu n’apparaît pas dans ma liste de divinités ». C’est précisément parce que le multiple n’est pas transcendant, et que seule l’unité du Créateur permet de comprendre l’Histoire. C’est la deuxième phrase dite à Moché Rabbénou : « Je SERAI toujours avec Israël, dans toutes ses souffrances », c’est-à-dire dans l’hostilité permanente du pluriel au singulier. Ainsi faut-il comprendre l’Histoire, illustrée par la scène du Sinaï.





