Nos Sages enseignent que lorsque Hachem vint donner la Torah aux Bné Israël, une chose tout à fait inédite se produisit dans le monde : quelque chose qui n’était jamais arrivé auparavant et qui ne se reproduisit plus jamais. Le monde s’arrêta, au point qu’il n’y eut plus aucun bruit d’animaux ni de quoi que ce soit d’autre. La Guémara[1] enseigne que la population mondiale resta stupéfaite par ce phénomène et personne ne put comprendre ce qui se passait. Alors, les Nations se rassemblèrent autour de leur prophète, Bila’am, et lui demandèrent s’il y allait avoir une inondation ou une autre calamité qui détruirait le monde.
Bila’am les rassura en leur disant que Hachem avait promis de ne jamais envoyer un autre déluge ni une catastrophe naturelle qui détruirait le monde entier. Les Nations insistèrent et demandèrent ce qui se passait. Bila’am leur dit : « Le Maître du monde possède un grand trésor qu’Il a gardé caché dans Son coffre-fort pendant 974 générations, avant la Création du monde. Il se prépare à présent à donner ce grand trésor à Son peuple. Voilà ce qui se passe ! C’est un événement mémorable, comme il est écrit : “Hachem donne la force à Son peuple…”[2] » Les Nations répondirent immédiatement, concluant ainsi le verset : « … Hachem bénit Son peuple par la paix. »
Cette Guémara prouve que les Nations réagirent positivement à la nouvelle du don de la Torah. Elle semble montrer que Bila’am lui-même vit cet événement de manière positive. Cependant, une autre Guémara[3] raconte une histoire très différente. Elle affirme que le nom « Sinaï », le lieu où la Torah fut transmise, fait allusion au mot « Sin'a » – la haine. Cela nous enseigne que lorsque la Torah fut donnée au mont Sinaï, la haine vint au monde. Le Rambam[4] explique que les Nations haïrent les Juifs à cause du don de la Torah. Cette réaction semble très différente de celle rapportée dans la traité de Zéva’him. De plus, Bila’am semblait lui-même éprouver une forte haine envers le peuple juif, vu les récits de la Torah quant à ses efforts pour maudire le peuple juif. Dans ce cas, pourquoi la Guémara de Zéva’him affirme-t-elle qu’il était élogieux vis-à-vis du peuple juif ?
Initialement, lorsque les Nations entendirent que les Bné Israël avaient reçu la Torah, elles estimèrent que cela n’avait rien à voir avec elles et que cela n’influencerait pas leur mode de vie ou leur comportement. Les non-juifs furent donc ravis de louer les Juifs pour avoir accepté la Torah. Cependant, par la suite, ils réalisèrent que le don de la Torah avait un effet sur le monde entier et que le peuple juif était censé être une Lumière pour les nations, un phare pour le monothéisme et un guide d’éthique pour une conduite morale (conformément aux sept Mitsvot noa'hides). De plus, le but sous-jacent du peuple juif était de mener le monde jusqu’à la Fin des Temps et de permettre une existence purement spirituelle et cela les effrayait grandement et menaçait leur style de vie hédoniste. C’est le sens de la Guémara (traité Chabbath) affirmant que les Nations détestent les Juifs – elles sont menacées par le style de vie moral que la Torah exige et provoque, et ne veulent pas renoncer à leurs habitudes.
C’est la raison pour laquelle Bila’am changea radicalement d’attitude après avoir réalisé que le don de la Torah et l’entrée du peuple juif en Erets Israël auraient un effet sur le monde entier et sur le mode de vie des gens.
Le Chem Michmouel[5] discute longuement de ce sujet. Il cite le commentaire du 'Hidouché Harim sur le verset de Téhilim : « Les cieux appartiennent à Hachem et la Terre, Il l’a donnée à l’homme. »[6] Le 'Hidouché Harim enseigne que ce verset révèle le but de la Création. Il indique que l’homme est censé utiliser la terre et la transformer en « Ciel », par l’accomplissement des Mitsvot. Il ne suffit pas de vivre une existence totalement spirituelle, mais il faut vivre dans la matérialité en élevant le monde physique. Quand le peuple juif parviendra à atteindre ce but ultime, le but de la Création sera rempli et l’on pourra accéder à la Fin des Temps. Quand cela se produira, les Nations seront profondément affectées par ce changement, car elles seront forcées de rejeter toutes formes de vie immorale et de s’efforcer d’élever leur existence physique.
Le Chem Michmouel précise que Bila’am et son partenaire Balak craignaient cela plus que tout, et c’est pourquoi ils firent tout leur possible pour empêcher le peuple juif d’entrer en Erets Israël. Ils savaient que si celui-ci entrait en Terre sainte, il vivrait une existence beaucoup plus physique que dans le désert (où tous leurs besoins étaient satisfaits par des moyens surnaturels, leur permettant de se vouer complètement à leur ‘Avodat Hachem). En entrant dans le Pays, les Bné Israël étaient censés vivre une existence physique, gagner leur vie, et pourtant, élever le monde physique les entourant, à travers les Mitsvot liées à la terre. Bila’am et Balak craignaient qu’en entrant en Erets Israël, le peuple juif atteigne le but ultime de la Création et que les non-juifs soient obligés de changer radicalement de mode de vie.
Cela dérangeait profondément Bila’am et Balak : jusqu’alors, le concept de spiritualité existait, mais il était totalement coupé de l’existence physique.
Ainsi, tant que le don de la Torah paraissait n’avoir aucun lien avec la vie des non-juifs, ceux-ci étaient bien contents de louer le peuple juif. Mais ils ne s’imaginaient pas que tous les miracles de la sortie d’Égypte et du don de la Torah devraient les mener à réévaluer leurs objectifs dans la vie. Un seul non-juif sut comprendre les implications de la sortie d’Égypte et du don de la Torah – ce fut Yitro. Contrairement à tous les autres, il n’exprima pas simplement son admiration et son émerveillement, mais il observa et contempla les implications de ces événements dans sa vie personnelle et changea en conséquence.
La leçon tirée de ce développement est pertinente pour nous tous. Nous sommes souvent confrontés à des événements qui nous arrivent ou qui arrivent à d’autres personnes et nous pouvons réagir avec bonheur ou admiration. Mais réalisons-nous ce qu’ils signifient et impliquent dans notre vie, le message que Hachem cherche à nous communiquer pour nous faire changer ?
Puissions-nous tous mériter d’imiter Yitro et d’éviter l’erreur des Nations et de Bila’am.
[1] Zéva'him 116a.
[2] Téhilim 29,11.
[3] Chabbath 89a.
[4] Iguéret Téman.
[5] Chem Michmouel, Balak, année 670, p. 328.
[6] Téhilim 115,1





