Dans la paracha Ki-Tetsé (22, 7), il est écrit : "לְמַעַן יִיטַב לָךְ וְהַאֲרַכְתָּ יָמִים" (Afin que tu sois heureux et que tes jours se prolongent).

Le Talmud interprète cette promesse ainsi : « Afin que tu sois heureux » – dans le Monde qui n’est que bonheur ; « Et que tes jours se prolongent » – dans le Monde éternel, c’est-à-dire le Monde futur (Kidouchin 39b).

On raconte une histoire relative à la récompense du Monde futur, concernant Rabbi Avraham Yéhochoua Heshel d’Apta, l’auteur du Ohev Israël. Un homme, dont la fille était en âge de se marier, vint trouver un jour le saint Rabbi. Il lui expliqua que dans le temps, il avait été un important commerçant, mais la roue de la fortune avait tourné pour lui et il se trouvait à présent fort démuni. Il venait donc solliciter le maître pour un conseil susceptible de l’aider à sortir de ce mauvais pas, et le prier d’implorer le Créateur en sa faveur.

Rabbi Avraham lui demanda quelle était la somme dont il avait besoin pour marier sa fille, et l’autre répondit qu’il lui fallait mille roubles. Le Rabbi lui déclara alors : « Va en paix ! Prends simplement ce conseil : la toute première marchandise qu’on te proposera d’acheter, saisis-la, et D.ieu t’enverra la réussite ! » L’homme, ne comprenant pas comment il pourrait faire la moindre transaction sans argent, garda cependant le silence et s’en remit à la promesse du maître.

« Qu’as-tu donc à regarder ? Sur la route du retour, il s’arrêta dans une auberge, où des marchands de pierres précieuses étaient attablés. Notre homme s’approcha de leur table et commença à observer les magnifiques diamants qui y étaient soigneusement posés. L’un des commerçants lui lança :

« Qu’as-tu donc à regarder ainsi ? Serais-tu intéressé par un diamant ?

— En effet, répondit son interlocuteur.

— Et de quelle somme disposes-tu ?

— Je possède en tout et pour tout un rouble ! répondit l’autre naïvement. »

A cette réponse, toute la compagnie éclata de rire. Le marchand de pierres précieuses reprit :

« Si tu veux, j’ai une marchandise que je peux te céder pour un rouble. Il s’agit de ma part dans le Monde futur. Je suis prêt à te céder toute ma récompense de l’au-delà pour un rouble.

— J’accepte, répondit le pauvre homme, mais à condition que nous consignions cette vente par écrit, en bonne et due forme. »

Le marchand, tout en continuant à pouffer, accepta cette condition. Encouragé par ses compères qui ne valaient guère mieux que lui, il écrivit sur une feuille de papier qu’il cédait toute sa part du Monde futur à Untel, pour le prix d’un rouble. L’échange fut fait, et aussitôt après, notre homme sortit un ouvrage talmudique et s’assit dans un coin de la pièce pour étudier.

Pendant ce temps, les commerçants continuaient à se moquer de cet ingénu, qui avait dépensé son dernier sou pour une chose dont nul ne connaît l’existence. Alors qu’ils riaient encore, la femme du « vendeur » entra dans l’auberge et demanda à son mari la raison de cette hilarité. Celui-ci lui raconta l’affaire en détail, mais sa femme réagit vivement : « Qui sait ? Peut-être avais-tu encore droit à une petite part dans le Monde futur ? Or, tu viens de t’en débarrasser et tu es à présent totalement démuni de récompense ! Je refuse de continuer à vivre avec un homme sans avenir spirituel. Allons immédiatement chez le Rav, je veux demander le divorce ! »

Le marchand, surpris par cette réaction, s’efforça de rasséréner sa femme, en lui expliquant qu’il ne s’agissait que d’une plaisanterie. Mais celle-ci semblait inflexible : « Je refuse de vivre avec un homme qui n’a pas de Monde futur ! » Se voyant acculé, le marchand partit à la recherche de son « acheteur » et lorsqu’il le trouva dans son coin, il lui dit :

« Tu sais aussi bien que moi que cette vente n’était qu’une plaisanterie. Alors voilà, je te rends ton rouble et tu déchires ce contrat.

— Absolument pas ! réfuta l’autre. Les affaires sont les affaires et je n’ai nullement pris celle-ci à la plaisanterie.

— Très bien, articula le vendeur en s’efforçant de garder son calme, alors je propose de te racheter ma part au Monde futur, et je t’offre en sus une dizaine de roubles.

— Je ne consens à annuler notre vente qu’en échange de mille roubles !

— De quoi parles-tu ! s’exclama le marchand de diamants. Tu voudrais une pareille somme en échange d’un simple bout de papier ? »

Mais par derrière, sa femme lui souffla : « Même s’il exige cinq mille roubles pour te rendre ton Monde futur, j’exige que tu les paies ! »

« Très bien, reprit le mari, je suis prêt à t’offrir cent roubles contre ce papier !

— Sache, répondit l’inflexible acheteur, que je ne suis pas un sot, comme toi et tes amis l’ont insinué. Je possédais moi-même une affaire florissante, mais j’ai récemment fait faillite. C’est sur les conseils de mon maître, le Rabbi d’Apta, que j’ai accepté la première transaction qui me serait proposée, car j’ai besoin de mille roubles pour marier ma fille. Par conséquent, je ne te céderai pas ce papier pour un seul sou de moins ! »

Le commerçant continua ses marchandages, proposant deux-cents, trois-cents puis cinq-cents roubles pour annuler le contrat, mais son rival répétait sans ciller : « Mille roubles, et pas un sou de moins ! »

En réalisant qu’il avait affaire à un têtu, le marchand de diamants finit par céder, et déboursa la somme de mille roubles en échange de son contrat. L’épouse, heureuse d’apprendre que son mari avait finalement récupéré sa part du Monde futur, se tourna vers le disciple du Rabbi d’Apta et le pria de lui présenter son maître.

Celui-ci accepta et lorsque la femme du marchand fut introduite dans la pièce du Rabbi, elle lui dit : « Je suis évidemment très heureuse d’avoir pu aider ce pauvre Juif à marier sa fille, mais j’aimerais tout de même poser une question au maître : la part du Monde futur de mon mari vaut-elle réellement mille roubles ? »

Rabbi Avraham lui répondit en ces termes : « Je vais vous dire l’exacte vérité : au moment de la première transaction, lorsque votre mari a vendu son Monde futur, celui-ci ne valait même pas le rouble qu’il a reçu en échange ! Toutefois, avec la seconde transaction, lors de laquelle il a aidé un Juif à marier sa fille et a accompli la mitsva de hakhnassat Kala, sa part de Monde futur a soudain décuplé et a acquis une valeur nettement plus importante que ces mille roubles… »