c Question au Rav : Se convertir ou se laisser tuer ?

Se convertir ou se laisser tuer ?

Rédigé le Dimanche 25 Octobre 2020
La question de Rivka M.

Bonjour,

Ma question est délicate et difficile, et divisée en plusieurs parties, c'est pourquoi je demande avec tout mon respect au Rav qui répondra le plus de détails possibles, merci beaucoup.

Durant des siècles, les juifs ont été persécutés.

1) Je m'arrête à la période de l'inquisition, où on donnait le choix aux juifs de se convertir au catholicisme ou bien de mourir.

Beaucoup ont préféré le bûcher, d'autres se sont convertis, ou d'autres encore ont été marranes (baptisés et faisant semblant d'être catholiques, mais pratiquant en cachette le judaïsme).

À ma connaissance, en cas de Pikoua'h Néfech (danger de mort), on doit transgresser tous les interdits de la Torah, sauf lorsqu'il s'agit d'adultère, d'idolâtrie ou de meurtre.

D'après la Torah, Lo 'Alénou, dans un cas comme l'inquisition, qu'aurait-on dû "choisir" pour être conforme à la Halakha ? Est-ce que le catholicisme est considéré comme idolâtrie et la mort est donc le choix à prendre, ou bien faut-il préférer la vie, même si on nous oblige à vivre en chrétien ? Ou bien n'y a-t-il pas de Mitsva dans ce cas-là, car le "libre arbitre" est trop difficile ?

2) Est-ce que la réponse est la même s'il s'agit de l'islam ? Car ce n'est pas considéré comme idolâtrie (c'est également arrivé pendant la conquête de l'islam).

3) a) Lorsqu'il s'agit de se rendre à des barbares ou bien de se suicider, est-ce que la Halakha "recommande" un choix ?

Je pense au choix du suicide collectif des Zélotes juifs après le siège de Massada. Auraient-ils dû se laisser prendre (car les juifs ne sont pas certains à 100% du sort qui les attend) ?

b) Le roi Chaoul s'est suicidé, est-ce que les Rabbanim indiquent que c'est une faute ?

4) Est-ce que dans les cas 1 et 2 susmentionnés, ceux qui ont préféré la mort sont morts en Kiddouch Hachem (sanctification du nom Divin) ?

Merci à vous, Kol Touv.

La réponse de Rav Avraham GARCIA
Rav Avraham GARCIA
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Chalom Ouvrakha,

1. Toute religion confondue [catholique, chrétienne, etc.], à partir du moment où elle considère que D.ieu est quelque chose de matériel, est considérée par la Torah comme de l'idolâtrie [voir Guide des égarés tome 1, chapitres 21, 35, 50, 51, 75 et tome 2, chapitres 2 et 18, tome 3-9, Séfer Ha'ikarim Maamar 2, chapitres 5 et 14, Beth Elokim Cha'ar Hayessodot chapitre 9], car la matière peut se séparer, et ce n'est donc plus un dieu qui est "un", puisqu'il est possible de Le "diviser".

Aussi, il serait dépendant du temps, puisque matériel, et ce ne serait plus un dieu "éternel" [Rambam Yéssodé Hatorah chapitre 1-7, et dans son commentaire sur Sanhédrin chapitre 10, Emounot Védé'ot du Rav Saadia Gaon Maamar 2, chapitres 1 et 2, 'Hovot Halévavot Cha'ar Hayi'houd chapitre 7-10, Kouzari Maamar 4, chapitres 25 à 27, Nétsa'h Israël du Maharal de Prague chapitre 3, Dérèkh Hachem du Ram'hal tome 1, chapitre 1].

Aussi, diviser D.ieu en deux ou trois parties est considéré comme de l'idolâtrie, car il n'y a qu'un seul et unique D.ieu [Smak dans les Lavim 1, Séfer Hamitsvot du Rambam Mitsva 2 et Chorèch 9, et dans Hilkhot Yéssodé Hatorah chapitre 1-7 et autres]. 

Cela s'appelle "Chitouf" [voir Sanhédrin 63a] et il est fort probable aussi que le non-juif soit inclus dans cet interdit et n'ait pas le droit de croire ou de servir un dieu matérialisé ou divisé [voir Noda Biyéhouda Tanyana Yoré Dé'a Siman 148, Pit'hé Téchouva Yoré Dé'a 147,2, ainsi que Choèl Ouméchiv Tanyana tome 1-51. Voir encore Tossefot Békhorot 2b, Tossefot Sanhedrin 63a, Ran fin du premier chapitre de 'Avoda Zara, Rama Siman 156, Torah Chléma Parachat Yitro chapitre 20, verset 3, note 124 et nombreux autres, rapportés aussi dans le livre "Margaliyot Hayam", Sanhédrin 63b].

Choisir de faire croire extérieurement que l'on se convertit, en se prosternant devant une idole etc., est aussi une forme d'idolâtrie, car on accepte ne serait-ce qu'extérieurement que tel ou tel être [ou objet] matériel est associé [Chitouf] à D.ieu, 'Hass Véchalom [voir 'Avoda Zara 12a, Sanhédrin 61b, Rachi Kritout 3b, 'Aroukh Lanèr Kritout 3b, et Pné Yéhochou'a Ketouvot 33b].

Les marranes [maranos en espagnol] auraient dû se laisser mourir, même si, dans leur cœur, ils ne croyaient pas à la 'Avoda Zara.

De plus, même si on ne se prosterne pas à une idole, si on y adhère verbalement en la reconnaissant, cela est inclus dans l'interdiction de ne pas commettre un acte d'idolâtrie [Roch 'Avoda Zara chapitre 2, Siman 4, Choul'han 'Aroukh Yoré Dé'a 157-2, et ce n'est pas l'avis du Rambam dans sa lettre "Iguérèt Mikdach Hachem" ou "Iguérèt Hachmad", page 17].

Pour ce qui touche au libre arbitre, l'homme a la force de se laisser mourir pour un idéal [vrai ou faux], et l'histoire nous l'a bien montré.

2. En ce qui concerne l'islam, le sujet fait l'objet d'une discussion entre le Ran [Sanhédrin 61b, rapporté aussi par le Tsits Eli'ézer tome 14-91-4 et tome 22-9], le Ritba et le Méiri ['Avoda Zara 57b], qui pensent qu'il y a aussi une forme d'idolâtrie dans cette religion [voir aussi Darké Téchouva Yoré Dé'a 157,2 au nom du Radbaz], alors que le Rambam [responsa 369, 382, et 448, ainsi que dans son commentaire sur Hilkhot Maakhalot Assourot chapitre 11-7] pense que, puisque l'islam croit en D.ieu, et un D.ieu unique, même s'il y a des erreurs par la suite, cela ne s'appelle pas de l'idolâtrie [voir responsa 'Ein Its'hak Siman 11].

Bien que le Talmud ['Avoda Zara 11b] ainsi que le Rachi au début de Parachat Vayéra nous affirment que les "Yichma'élim" étaient idolâtres, il semblerait bien qu'après Mohamed, leur statut ait changé et qu'ils croient désormais en un seul et unique D.ieu.

Ce sujet fait encore l'objet d'une discussion qui entraine de nombreuses répercutions halakhiques, comme par exemple sur le vin touché par un musulman, ce qui serait moins grave, car ce dernier a foi en D.ieu [voir Chi'ouré Brakha du 'Hida Yoré Dé'a Siman 123, Kaf Ha'haïm Yoré Dé'a 117,79], ou pour la vente d'un terrain en Israël [voir Yabi'a Omer tome 8 'Hochen Michpat Siman 2 et Yoré Dé'a tome 10-41], et il semblerait bien que la Halakha finale soit comme l'avis du Rambam, et c'est ce que nous pouvons déduire des propos du Beth Yossef ['Hochen Michpat 249], que l'islam n'est pas considéré comme une religion idolâtre [voir aussi sur ce sujet le Pri Tohar fin du Siman 4, le Michnat Rabbi Eli'ézer Yoré Dé'a tome 2-10, et Marit Ha'ayin du 'Hida 8, note 1 et autres].

En conclusion, pour l'islam, nous ne sommes pas contraints de nous donner la mort pour ne pas nous convertir, mais il y a certains cas qui nous obligent à faire Méssirout Néfech [se laisser tuer], même s'il ne s'agit pas d'idolâtrie, car si le persécuteur a dans son intention de nous faire oublier notre religion, comme je pense que ce fut le cas lors de la conquête de l'islam, on devra se laisse tuer !

Et cela peut aller très loin, car, même si des non-juifs nous demanderaient de changer la couleur de nos lacets [voir Sanhédrin 74b], nous devrions donner notre vie pour ne rien changer dans notre mode de vie !

C'est donc, qu'en général, on devra se laisser tuer ou même se donner la mort pour ne pas se convertir, même a l'islam, car, en général, le but est de faire changer une communauté de religion [il y a une différence entre 10 personnes qui sont contraintes et moins de 10].

Apparemment, il y a sur ce sujet une contradiction dans les propos du Rambam dans sa lettre "Iguérèt Mékadèch Hachem" page 17, rapportée dans le Rivach Siman 11, qui nous dit que l'acceptation verbale que "Alla est le D.ieu unique et Mohamed son prophète" n'oblige pas la personne à se laisser tuer, car, le fait qu'Alla soit un, nous sommes d'accord, mais que Mohamed est son prophète, bien que ce soit une erreur aux yeux du judaïsme, cela ne s'appelle pas de l'idolâtrie. Par contre, de ses mêmes propos dans le Séfer Hamitsvot 9 et Lo Ta'assé 63, nous déduisons qu'il faut se donner la mort en cas de contraintes générales. Le Tsits Eli'ézer [tome 22-9] nous explique longuement que, même selon le Rambam, il y a une sanctification de D.ieu en se laissant mourir pour sa foi juive [sujet à débattre].

3. a) Il est strictement interdit de mettre fin à ses jours, même pour éviter une souffrance terrible [je vous invite à écouter le débat que j'avais eu avec mon grand ami de longue date, le Rav Israël Méir Cremisi, dans "Rabbin dans la cité", au sujet de l'euthanasie].

Par contre, si, à cause des souffrances, on craint de succomber et de commettre un acte d'idolâtrie, il y a une discussion parmi les Richonim, à savoir si on peut mettre fin à ses jours dans ce cas ou pas [voir Beth Yossef Yoré Dé'a 157 dans son Bédèk Habayit et Tossefot Parachat Noa'h chapitre 9-6 et autres].

Et de la majorité des Richonim, il semblerait bien que la personne ait le droit de se donner la mort pour ne pas enfreindre cet interdit [Ramban dans son livre Torat Haadam page 27c, Roch Mo'èd Katan chapitre 3-94, Ritba 'Avoda Zara page 18a, Rav Ména'hem Rekanaty Siman 69], et on peut sous-entendre que tel est l'avis du Choul'han 'Aroukh lui-même [Yoré Dé'a 345-3].

b) Si nous disons que cela est permis, Chaoul a donc bien agi, mais les Richonim qui pensent que c'est interdit ont effectivement désapprouvé [c'est difficile à dire !] l'attitude de Chaoul.

Aussi, il est possible que ce soit pour cette raison que Chaoul n'ait pas eu de Hespèd [oraison funèbre] en son honneur [voir Yébamot 78b et Midrach Chmouel 23].

4. Comme nous venons de l'expliquer, ceux qui se sont donnés la mort pour ne pas commettre un interdit de la Torah ['Avoda Zara] sont morts en faisant Kiddouch Hachem.

Au passage, c'est non seulement ce qui s'est passé pendant l'inquisition, mais c'est aussi, quelques années plus tard, ce qui s'est passé au Portugal. Les parents, en entendant les soldats arriver, ont jeté leurs propres enfants par les fenêtres, après leur avoir fait dire le "Chéma' Israël", pour ne pas qu'ils deviennent idolâtres.

C'est aussi certainement ce qui a dû se passer à Massada, car il n'y a aucune Mitsva de donner sa vie pour l'honneur ou la patrie, etc., et ils ont dû donner leur vie pour ne pas enfreindre l'interdit de 'Avoda Zara [et peut-être Guilouy 'Arayot ou Chfi'hout Damim], pas pour autre chose ou d'autres raisons.

Je prie Hachem de nous épargner de ces malheurs, et que le mérite de ceux qui ont eu le courage de donner leur vie pour Hachem et Sa Torah nous protège, Amen.

En espérant avoir réussi à répondre à vos questions.

Kol Touv.

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