Le 16 mars 1968, au cœur de la guerre du Vietnam — conflit dans lequel les États-Unis tentaient de contenir l’expansion communiste dans la région — un drame se produit dans le village de My Lai.
Des soldats américains de la compagnie Charlie, croyant entrer dans une zone tenue par la guérilla Viêt-Cong, massacrent plusieurs centaines de civils (on évalue le nombre de morts à 500), hommes, femmes, enfants et nourrissons, dans des conditions effroyables.
L’événement ne sera pas immédiatement connu du monde, soigneusement étouffé et enfoui dans les rapports militaires des USA.
Ce n’est qu’en 1969 qu’il éclate au grand jour, lorsqu’un journaliste juif américain, Seymour Hersh, mène une enquête obstinée et révèle l’affaire à la presse.
À sa stupéfaction, les grands journaux refuseront de publier les faits, dans une volonté de protéger l'armée ; mais bientôt, paraissent des photographies insoutenables prises sur les lieux et l'Amérique en choc apprend les exactions commises par ses boys.

Dans ce sombre tableau surgit pourtant une figure inattendue. Un pilote d’hélicoptère américain, Hugh Thompson Jr., survole le village et comprend ce qui est en train de se produire.

Il pose son appareil entre les soldats et les civils terrifiés, ordonne à son équipage de braquer leurs armes sur les soldats américains si les tirs continuent, et fait évacuer des villageois vietnamiens blessés. Son geste, longtemps méconnu, sera reconnu plus tard comme un acte de courage moral exceptionnel et lui vaudra d’être décoré.

William Calley, lui, le chef de bataillon tenu responsable du massacre, invoquera pour sa défense, son obéissance aux ordres de ses supérieurs.
Le dramatique épisode de My Lai pose une question qui dépasse largement le cadre de la guerre du Vietnam : que devient l’homme lorsqu’il se trouve plongé dans la mécanique de la guerre ? La subordination aux ordres de la hiérarchie peut-elle aller jusqu’à suspendre la conscience ? Devenons-nous alors des pions, des automates sans foi ni loi, privés de toute morale ?
La Bible elle-même a déjà posé cette question.
Dans le Livre de Samuel, un épisode saisissant rapporte que le roi Saül ordonne à ses gardes d’exécuter les prêtres de Nob, qu’il accuse d’avoir aidé David.
« Les serviteurs du roi ne voulurent pas porter la main sur les prêtres de l’Éternel. »
(I Samuel 22:17)
Les soldats refuseront d’obéir, ne voulant pas devenir les instruments d’un crime, même face à l’autorité royale. Finalement, c’est Doëg l’Édomite qui acceptera d’exécuter l’ordre et massacrera les prêtres.
My Lai rappelle qu’aucun uniforme, aucune armée, aucune situation extrême n’abolit la responsabilité morale de l’individu.
Le comportement d'un homme face à une autorité hiérarchiquement plus élevée que lui, révèlera soit sa grandeur, soit… son avilissante petitesse.







