Eliyahou Hanavi est l’un des plus grands prophètes du peuple juif. Sa qualité la plus exceptionnelle est son zèle (Kanaout) pour Hachem, et c’est également le domaine dans lequel Hachem lui enseigne d’importantes leçons dans la manière d’appliquer ce zèle.

Eliyahou a vécu à l’époque du roi pervers A’hav, qui a égaré le peuple et l’a conduit à livrer un culte idolâtre. Le peuple suivait la Torah, mais tout en adorant en parallèle l’idole du Baal. Eliyahou mit au défi les prophètes du Baal au Mont Carmel. Il leur demanda d’offrir un taureau à leurs idoles, tandis que de son côté, il offrirait un taureau à Hachem. Il réussit à prouver la fausseté du Baal et à détruire les prêtres du Baal. Cet épisode apporta dans son sillage un immense Kiddouch Hachem (sanctification du Nom divin) et tout le peuple déclara que « Hachem est le véritable D.ieu », une phrase puissante au point que nous la récitons chaque année à l’apogée de la prière de Néïla à Yom Kippour.[1] Il semble qu’à ce stade, A’hav lui-même avait réalisé cette vérité.

Or, en apprenant ces événements, l’épouse perverse d’A’hav, Izével, envoya un message à Eliyahou lui déclarant que le jour suivant, elle pourrait le mettre à mort. Les commentateurs expliquent que certes, A’hav avait été profondément affecté par l’épisode du Mont Carmel, mais l’effet se dissiperait rapidement, et A’hav et tout le peuple reprendraient rapidement leur conduite pécheresse.

Lorsque cela se produira, le mit-elle en garde, la vie d’Eliyahou sera en péril, en raison de son opposition au Baal. Eliyahou reconnaît qu’elle dit la vérité et désespéré, il s’enfuit et désire mourir. Hachem lui apparaît et lui demande pourquoi il s’est enfui, et il répond qu’il a manifesté du zèle pour Hachem, mais que le peuple, en revanche, a abandonné l’alliance avec D.ieu et lui, Eliyahou, se retrouve seul. Hachem lui demande alors de se réfugier sous une montagne. Un vent fort souffle, mais Hachem ne se trouve pas dans le vent ; puis un bruit intense résonne, mais Hachem n’est pas présent dans ce bruit, puis un feu passe et Hachem ne Se trouve pas dans le feu, et enfin, on entend une petite voix délicate et Hachem Se fait entendre dans cette voix. Eliyahou affirme à nouveau son zèle pour Hachem et l’abandon de l’alliance par le peuple. Hachem lui prescrit alors d’oindre ‘Hazael comme roi d’Aram et Yéhou comme roi d’Israël. Il ordonne ensuite à Eliyahou d’oindre Elicha qui deviendra prophète à sa place[2].

Tout ce dialogue nécessite une explication : parmi les nombreuses questions, on trouve celle-ci : quel était le sens du vent, du bruit, du feu et de la petite voix ? Deuxièmement, il semble répétitif qu’Eliyahou ait affirmé que le peuple avait abandonné son alliance avec Hachem à la fois avant et après l’incident avec le feu, le bruit et le vent. Enfin, pourquoi Hachem a-t-Il ordonné à Eliyahou de nommer Elicha à sa place ?

Les commentateurs[3] expliquent qu’à travers leurs fautes, le peuple juif avait totalement abandonné l’alliance de respect de la Torah et avait échoué dans son rôle à titre de peuple de Hachem. Eliyahou voulut par conséquent mourir, pensant n’avoir pas réussi à instaurer un changement véritable en eux. Hachem envoya du feu, du bruit et du vent dénués de la Présence divine, pour faire allusion à la méthode d’Eliyahou de traiter le peuple juif et son attitude envers eux, qui était une approche sévère. Hachem fit savoir que ce n’était pas la manière par laquelle Il souhaitait que Ses prophètes traitent le peuple, d’où l’allusion que Hachem ne se trouvait pas dans le feu, le bruit ou le vent. Hachem voulait qu’Eliyahou les traite avec bienveillance et leur prodigue des enseignements de manière délicate, d’où l’idée que Hachem Se trouvait dans cette petite voix délicate.

Mais Eliyahou n’intériorisa pas ce message et considéra à nouveau le peuple juif d’une manière stricte, affirmant qu’ils avaient abandonné leur alliance avec Hachem. Or, il a fait erreur, car en dépit de leurs fautes, Hachem savait qu’au fond d’eux, le peuple n’avait pas abandonné l’alliance et restait connecté à un niveau fondamental. Mais comme Eliyahou ne percevait pas cette réalité, Hachem déclara qu’il ne pouvait plus exercer le rôle de prophète qui communique avec le peuple, et Elicha prendrait sa place. Ceci explique la tradition bien connue selon laquelle Eliyahou est présent à chaque Brit-Mila. Nos Sages expliquent que lorsqu’Eliyahou a déclaré être zélé pour Hachem, et que le peuple avait abandonné son alliance, Hachem lui répondit qu’il se trompait. Pour le prouver et à titre de « sanction », il devrait assister à chaque circoncision pour constater que même si le peuple touchait le fond, ils adhéraient néanmoins à la Brit-Mila.[4]

Nulle coïncidence qu’une Brit-Mila demeure l’une des Mitsvot les plus observées, même parmi les Juifs laïcs. Ceci indique qu’à un niveau profond, l’âme juive aspire à créer une relation avec Hachem et que la Brit n’a pas été abandonnée.

L’exemple d’Eliyahou nous renseigne sur la grandeur du zèle pour Hachem, mais dans le même temps, l’approche correcte envers les mécréants n’est pas le zèle, mais plutôt la douceur. Et nous devons toujours nous évertuer à trouver le bien dans chaque Juif.

 

[1] Le récit complet de ce récit se trouve dans Mélakhim I, chapitre 18.

[2] Mélakhim I, chapitre 19.

[3] Voir Michbétsot Zahav, Mélakhim I, pp.709-714.

[4] Zohar, Lekh Lékha, Première partie 1, 93a, Pirké Derabbi Eliézer, chapitre 29.