Cela fait déjà 3 semaines que nous sommes en confinement : écoles et crèches fermées, travail à la maison, synagogues fermées, déplacements restreints au strict minimum.

Nous passons d’un petit-déj donné à la rapide à nos bambins le matin et 1 dîner, à 3 repas en bonne et due forme… Ensuite le mari à la maison H24 c’est inédit ça ! Nous sommes d’ordinaire deux êtres différents, vaquant chacun a ses occupations durant la journée et prenant plaisir aux retrouvailles du soir.  Le reste, c’est comme d’habitude : les courses, la maison... et ajouté à cela, l’ambiance « école a la maison » pour maintenir les apprentissages de nos enfants.

Et chaque jour, il y a aussi les mauvaises nouvelles qui fusent, sur les personnes malades ou celles qui nous ont déjà quittés… C’est DUR tellement dur ! Pour ma part, suite au décès de Rav ‘Hamou Zatsal je suis encore à ce jour inconsolable. Qui sera la pour moi quand j’en aurai besoin ? Et pour la guérison des malades, et hâter la délivrance, on nous demande de prendre sur nous des Mitsvot supplémentaires, des changements bénéfiques….

Je n’arrive pas. Je n’en peux plus. Je suis à bout. Physiquement et émotionnellement.

Comment ne pas se laisser abattre? Ne pas culpabiliser de ne pas faire "plus" ? Quand dans nos cœurs nos sentiments se bousculent, s’entrechoquent, se font échos et résonnent jusqu’à nous assourdir...Comment surmonter et tenir ?

"Crier" son ressenti à Hachem !

Comme une épouse qui, après des années de mariage, se sent si proche de son mari qu’elle n’hésite jamais à lui faire savoir ce qui la dérange, ce qu’elle aimerait, ce qui lui ferait plaisir. Elle se livre entièrement à lui dans sa détresse, signe de la solidité de leur lien et de l’amour qui les lie.

Ce cri à Hachem n’est pas un cri de plainte, de colère ou de victime. Mais un cri d’amour ! Exprimons à Hachem nos sentiments de peine, stress, tristesse, angoisse, peur.

Demandons-lui stooooooooop, c’est trooooop. Et là est ma prière pour les malades, pour tous !

Choisir d’ETRE. Et d'être heureuse !

Etre heureuse le matin quand on ouvre les yeux, de sourire avec toutes les émotions qui nous traversent, voir le soleil et sentir sa chaleur, observer les nuages, entendre le chant des oiseaux. Essayer d’écouter ses enfants VRAIMENT, d’être une maman près de qui ils ressentent la sécurité envers et contre tout. Essayer de ne pas s’accrocher à la moindre erreur de son mari. Ressentir la solennité de l’époque que nous traversons mais en étant "humain", à l'écoute de soi-même, celle que D.ieu a créée. Et prendre sur soi des choses accessibles.

Personnellement, j’ai intégré à ma journée la lecture de Téhilim, et la récitation mot à mot des bénédictions et du Acher Yatsar, qui sont liés au fonctionnement du corps (l'alimentation, la santé) et à la vie ! Cette vie, si précieuse, et dont la valeur prend soudain tellement de sens...

Mais par-dessus tout, j’essaie de VIVRE, d’être VIVANTE, d’être EN VIE et d’en être heureuse ! J’essaie de m’habiller, me maquiller le matin, faire du sport, prendre des moments seule pour me détendre, téléphoner, lire mes messages, écouter un cours, de la musique, appeler ma famille. Tout cela afin de rester une « personne », car comme l’enseigne le Rabbi de Sassov : « Un homme qui n’a pas au moins « une heure pour lui » chaque jour, n’est pas un homme ». Entendez-vous ?  1 heure par jour…

Aujourd’hui, demain, dans cette période difficile, prenez soin de vous, pour pouvoir ensuite donner. A votre entourage. A Hachem.

Et bien ça, c’est mon acte à moi de générosité, d’énergie, de don envers notre Peuple afin que cette épidémie cesse. C’est aussi mon changement, je l’appelle comme ça. D’être gaie dans la difficulté, d’instiller la joie de vivre autour de moi et de faire perdurer l’espoir et l’amour de près et de loin !

Afin que je dise avec foi et joie à la question « Comment vas-tu ? » : Grâce à D.ieu, je vais bien !

Je respire, je vis. J’aime la vie, j’aime chaque jour, je prie, je parle. Et seulement de cette manière, j’aimerai autour de moi mon mari, mes enfants, ma famille, mes amies. Seulement ainsi je serai une « productrice » efficace : affective, énergique, souriante, à même de consoler, câliner, entendre, apaiser, veiller, prier et aimer.

« Aime ton prochain comme toi-même » nous dit la Torah. Cela commence par s’aimer soi-même…

Alors soyez vous-même pendant cette période ! Ne vous oubliez pas. Parlez à votre Créateur. Soyez vous-même en version puissance 10, 100 ou 1000 pour les autres et pour tout le Peuple d’Israël, pour être une de celles sur qui nos Sages disent : « Par le mérite des femmes pieuses nos ancêtres ont été délivrés d’Egypte, et par le mérite des femmes pieuses ils seront libérés dans le futur ».

Beaucoup de courage à toutes, et que l’on entende que de bonnes nouvelles !

Témoignage reçu de Déborah Cohen