Depuis l’arrivée de l’intelligence artificielle, une question est sur toutes les lèvres : que va-t-il advenir de mon métier ? Et pour cause, les experts estiment que, rien qu’en Israël, l’IA a déjà pénétré plus de 85 % de la société. ChatGPT, Claude et tous leurs copains facilitent notre quotidien, travaillent pour nous plus rapidement et parfois… réfléchissent même à notre place. Mais peut-être n’est-ce pas la bonne question. Peut-être devrions-nous plutôt nous demander : que va-t-il advenir de ma pensée, de ma façon de vivre, de mon indépendance d’esprit ?
Essayons donc de voir quel rapport « sain » un Juif peut entretenir avec l’intelligence artificielle…
Déjà, il serait absurde que, sous prétexte de vouloir préserver sa liberté de penser, une personne refuse catégoriquement de se servir de l’intelligence artificielle. L’IA permet de gagner un temps considérable, d’améliorer la qualité de son travail, de produire davantage… Il serait dommage de s’en priver. Le problème apparaît lorsque ChatGPT réfléchit entièrement à votre place, lorsqu’il ne reste plus aucune place à la réflexion personnelle, plus aucun effort intellectuel.
Contrairement à la culture grecque, dans le judaïsme, nous ne sommes pas « évalués » selon le résultat, mais selon les efforts fournis pour y parvenir. Autrement dit, une femme qui tient sa maison de manière irréprochable mais pour qui cela est naturel, parce qu’elle est très organisée, n’a pas davantage de mérite qu’une autre qui peine à maintenir son intérieur en ordre parce qu’elle souffre de sévères troubles de l’attention. On comprend bien que la seconde doit déployer beaucoup plus d’efforts pour parvenir à un résultat similaire.
Prenez deux enfants. Le premier a passé trois heures à réviser son contrôle de mathématiques et obtient 12. Le second n’a révisé que vingt minutes et obtient 18. Sur le papier, celui qui a 18 semble avoir le mieux réussi. En réalité, tout dépend de la quantité d’efforts déployés. Sous cet angle, c’est peut-être celui qui a obtenu 12 qui mérite les plus grands éloges.
En réalité, ChatGPT vient quelque peu bouleverser ce modèle hérité de la pensée grecque, car il produit des réponses presque parfaites. Comment, dès lors, évaluer tous ces élèves qui maîtrisent désormais parfaitement l’IA pour faire leurs devoirs ? Il va bien falloir trouver un autre critère !
Et c’est précisément là que la vision de la Torah devient encore plus pertinente. La Torah valorise nos efforts. Hachem voit ce qui est caché. Il sonde les cœurs et les reins.
Peu importe que le discours de la bar-mitsva de votre fils soit parfait parce qu’il a été rédigé par ChatGPT. Un discours écrit avec le cœur aura infiniment plus de valeur et le temps de qualité passé avec votre fils pour y parvenir également. D’ailleurs, nos Sages enseignent : « Les paroles qui sortent du cœur entrent dans le cœur. »[1]
N’avez-vous pas remarqué, d’ailleurs, que plus personne ne lit les longs messages entièrement « chatgptisés » sur les groupes WhatsApp ? Pourquoi ? Parce qu’ils sonnent terriblement faux. Ils sont impeccables… mais ils manquent d’âme.
Paradoxalement, l’intelligence artificielle nous pousse peut-être à revenir vers davantage d’authenticité. Tout est devenu tellement poli, tellement parfait, que l’imperfection retrouve soudain son charme, précisément parce qu’elle n’a pas été passée au moulin de l’intelligence artificielle. Une faute d’orthographe dans un message signifie aujourd’hui, bien souvent, que la personne a réellement pris le temps de l’écrire elle-même.
De la même manière, Hachem recherche notre sincérité et nos efforts personnels. Qu’importe que vous soyez capable de résumer parfaitement un cours d’éducation grâce à Claude. Ce qui importe bien davantage, c’est que vous fassiez l’effort de mettre cet enseignement en pratique.
Alors, pour nous, Juifs, ChatGPT ne devrait pas changer notre rapport à la vie. Au contraire, peut-être est-il l’occasion d’un formidable retour à davantage de vérité, de sincérité… et d’effort personnel.
[1]: Sefer HaYachar (ספר הישר), chap. 13 (שער י”ג)




