Parachat Béhaalotekha : « Le peuple se mit à se plaindre ; ce fut mauvais aux oreilles d’Hachem. Hachem l’entendit et Sa colère s’enflamma, le feu d’Hachem brûla sur eux et consuma les lisières du camp. » (Bamidbar 11:1)

Rachi explique, sur les mots : « mauvais aux oreilles d’Hachem » : …ils dirent : « Malheur à nous, nous sommes accablés par ce voyage – depuis trois jours, nous ne nous sommes pas reposés des difficultés du périple. »

Sur les mots, « Sa colère s’enflamma », Rachi commente : [Hachem dit :] « J’ai agi pour votre bien, pour que vous entriez dans la Terre immédiatement. » 

Quand le peuple juif quitta le Mont Sinaï, Hachem fit accélérer son voyage afin qu’il arrive plus vite en Erets Israël ; Il était, pour ainsi dire, « impatient » que la nation atteigne son objectif. Malheureusement, plusieurs fautes empêchèrent cette finalité.

L’une d’elles fut la faute des mit’onénim, qui se plaignirent de la charge du voyage. Au lieu de réaliser qu’il s’agissait d’un bienfait d’Hachem (puisqu’ils pouvaient ainsi arriver en Terre Sainte plus tôt), ils se lamentèrent de la difficulté d’un périple sans halte. Ceci irrita Hachem profondément ; non seulement, ils furent ingrats pour cette bonté, mais ils se concentrèrent sur un aspect négatif et s’en plaignirent.

Ce n'est pas la seule fois où le peuple juif est critiqué pour son manque de reconnaissance. Juste après l’incident des mit’onénim, on nous parle du asafsouf (la populace) qui protesta contre la manne. Puis, une fois de plus, dans parachat ‘Houkat, ils dénigrèrent la manne, l’appelant « lékhem hakelokel » (nourriture peu consistante) [1].

La guemara nous informe que ces plaintes sont une preuve de la pire ingratitude : Hachem leur prodigua des bienfaits en leur envoyant l’extraordinaire manne et, non seulement ils ne L’ont pas remercié, mais ils se lamentèrent d’un aspect du cadeau qu’ils perçurent de façon négative ! La guemara nous dit ensuite qu’ils héritèrent ce défaut d’Adam HaRichon. Quand il fauta et consomma du fruit interdit, Hachem lui demanda ce qui s’était passé, lui offrant ainsi une opportunité d’avouer son erreur. Il répondit : « La femme que Tu m’as associée, m’a donné du fruit et j’ai mangé. » [2] La guemara souligne ici l’ingratitude d’Adam.

Rachi explique qu’Adam rejeta sa faute sur Hachem, parce qu’Il lui avait donné une femme qui l’incita à manger du fruit. La création de ‘Hava était en réalité un grand cadeau de la part d’Hachem, Qui lui avait envoyé la compagne qu’il désirait. [3]

Nous avons montré la gravité du regard négatif porté sur l’intervention d’Hachem auprès de Son peuple. Cela nous paraît évident dans des cas où Hachem prodigua des bienfaits tels que la manne, mais en vérité, même les circonstances pénibles sont des bontés d’Hachem, et, à plusieurs reprises, nous pouvons voir que ces événements sont effectivement positifs [4].

L’histoire suivante illustre parfaitement cette idée. Quand il était enfant, Rav Sherer [5] tomba malade. On lui diagnostiqua une angine, qui était, à l’époque — avant la production des antibiotiques — bien plus grave que de nos jours. L’infection pouvait empirer et se transformer en un rhumatisme articulaire aigu, qui risquait de causer des problèmes cardiaques, ou encore d’être mortel. Le médecin lui prescrivit un médicament très onéreux. Sa mère, Mme Batya Sherer rassembla tout l’argent qu’elle put trouver dans la maison afin de pouvoir payer ce médicament vital, mais ne savait pas si la somme allait suffire.

Elle se précipita néanmoins vers la pharmacie ; le propriétaire n’y était pas et Mme Sherer supplia son assistant d’exécuter l’ordonnance. Le jeune homme accepta et prépara le médicament en échange de toute la somme apportée par Mme Sherer.

Cette dernière prit le médicament avec gratitude et rentra hâtivement chez elle. Dans la précipitation, elle trébucha et vit, horrifiée, le flacon lui glisser des mains et se casser. Elle rattrapa le sachet du médicament, pour récupérer ne serait-ce que quelques gouttes du précieux élixir, mais la quasi-totalité du flacon s’était renversée. Il ne lui restait ni argent, ni médicament ! Elle courut à la pharmacie, le sachet et le flacon cassé en main. Le pharmacien était alors de retour et entendit les sanglots de Mme Sherer, qui proposa de faire le ménage de la pharmacie, pour payer une seconde dose de sirop. Il accepta, et alla dans l’arrière-boutique pour remplir à nouveau le flacon. Il revint livide et dit : « Des anges protecteurs veillent sur votre fils. »

À l’odeur qui se dégagea du sachet, il comprit que l’ordonnance originale n’avait pas été préparée correctement ; elle avait reçu un médicament qui aurait pu s’avérer fatal pour l’enfant. Ébranlé par la tragédie qui aurait pu se produire, il donna à Mme Sherer le sirop approprié, et lui rendit même l’argent qu’elle avait donné en premier lieu.

Elle raconta cette histoire à maintes reprises en précisant : « Quand j’ai trébuché et que j’ai vu le flacon se briser, je me sentis défaillir. Mais ce que je croyais être un véritable désastre était en fait la plus grande bénédiction de la part du Maître du monde. » [6]

Nous méritons parfois de voir l’heureuse fin de ce que nous croyions être catastrophique, mais ce n’est pas toujours le cas. Quoi qu’il en soit, il nous incombe de nous concentrer sur les aspects positifs et de travailler sur notre gratitude.

 


[1]              Bamidbar, 21:5.

[2]              Beréchit, 3:6.

[3]              Avoda Zara, 5 a-b.

[4]              Inutile de préciser que nous n’avons souvent pas le mérite de voir les incidences positives, dans ce bas monde. Ce n’est que dans le Monde futur que tout deviendra clair. Il nous faut alors accepter que nous ne puissions pas comprendre intellectuellement tout ce qui nous arrive, mais savoir que tout est en réalité, pour le bien.

[5]              Rav Sherer devint le dirigeant du mouvement Agouda.

[6]              Yonathan Rosenblum, Rabbi Sherer, pp. 45-46.